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Apprendre à partir

J’avais peur, avant de partir.

Je suis partie, une fois avant. Le cœur léger, l’insouciance absente, parce que c’était le début de quelque chose, et que, quand c’est jeune, ça ne meurt pas. Ainsi va la vie… non? Mais les nuages sont apparus dans mon ciel de vacances et ce qui était censé être l’aventure d’une vie s’est transformé en une distance qui fêle des cœurs.

Après la tempête, j’ai eu peur de partir à nouveau. On veut explorer, grandir, voir le monde pour ce qu’il est, pour comprendre ce qu’on ignore encore des places où on n’a pas vécu. On rêve de partir loin pour apprendre à se connaître, mais on a peur de partir, parce que c’est effrayant de ne pas savoir si ce qu’on laisse derrière sera là à notre retour. On bâtit nos vies, on consacre du temps et de l’amour à se créer un quotidien. C’est épeurant de se dire qu’on pourrait le perdre.

Il y a les beaux mots avant de partir, les promesses de ne pas s’oublier, de continuer à s’aimer, mais quand on a été meurtri par des promesses non-tenues, on commence à douter de leur bien-fondé. Les intentions sont là, mais c’est bien vide, des intentions, si les actions ne suivent pas.

Puis, on part, parce qu’il le faut, parce que la vraie relation, celle qui nous rend plus nous-mêmes et pas moins, celle qui nous permet de nous épanouir, c’est la relation qui accepte qu’on parte, qui nous encourage même. La relation qui sait que c’est temporaire, que c’est le voyage qui est éphémère et pas l’amour.

Voyager, ça permet de vivre des situations qui nous rendent inconfortables ou euphoriques, tristes ou reconnaissantes ; toutes ces expériences qui font qu’on peut revenir en ayant une plus grande conscience de soi. C’est un passage obligé pour apprendre à se connaître, pour grandir, mais il faut le faire en ayant confiance que ce qu’on laisse derrière sont des fondations solides.

Il ne faut pas se leurrer : c’est un test, partir. C’est la distance, c’est le manque de mots, l’envie de confort et des bras de l’autre dans les moments où on se demande ce qu’on fait si loin de chez soi. C’est la connexion wifi qui échoue et les messages trop courts, le Skype qui s’interrompt et les journées sans nouvelles. Mais c’est aussi plus que ça. Ce sont des photos de coucher de soleil où l’autre nous a manqué, des réalisations, des découvertes, de l’ennui sain ; le genre d’ennui qui donne si hâte au retour. C’est l’amour fort, même en la présence de rien d’autre que la certitude que cet amour est vrai ; parce que si, justement, cette fondation est profondément ancrée, on se rend compte à quel point l’autre est un pilier, un abri dans la tempête, brillant même par son absence, aidant, même à distance.

C’est pourquoi il faut partir, et ce, sans crainte, sans regarder derrière, en sachant que notre amour est un arbre et que nous en sommes les oiseaux. Les racines sont profondes et on y revient pour fonder notre nid, en sachant que tous les ciels du monde ne valent pas notre chez-soi.

Mais ça, on ne peut  le savoir que lorsqu’on a exploré.

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