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L’importance de la culture commune

Je me souviens encore très bien du jour où j’ai pris pleinement conscience de mon identité québécoise. C’était à l’Île-du-Prince-Édouard, en contexte d’immersion anglaise, dans une soirée spécialement dédiée au Québec. Lorsque le rythme caractéristique de la chanson Dégénérations a empli la salle, il est arrivé un moment d’une grande intensité. Mes compatriotes et moi chantions tous en cœur cette chanson qui nous est familière depuis notre tendre enfance, heureux de retrouver un morceau de notre chez-nous dans la province d’Anne et la maison aux pignons verts. Je ne me suis jamais sentie autant Québécoise qu’à ce moment-là. La musique a permis de nous rassembler, au-delà de nos différences personnelles, pour montrer un visage uni face au reste du monde. C’est le pouvoir de la culture : elle agit comme facteur de cohésion sociale, en nourrissant le « nous » qui lie les membres d’une même nation.

Avec le changement qui s’opère présentement dans notre façon de consommer la culture, nous nous devons de nous adapter pour que les classiques, tout comme les nouvelles œuvres, continuent d’être connus par tous. Les Spotify et Netflix de ce monde sont des outils géniaux, car ils nous donnent accès à un impressionnant contenu international à faible coût. Ils ont toutefois pour effet d’individualiser notre consommation culturelle. Il est évidemment normal et sain qu’il y ait une diversité dans tout ce qui est vu et écouté, puisque nous avons tous des goûts différents. Le but serait par contre que tous connaissent minimalement leur culture, pour que nous ayons des référents communs. Or, si une personne utilise exclusivement ces nouvelles plateformes et n’a pas l’habitude de jeter un coup d’œil sur ce qui est produit localement, elle ne se fera presque jamais proposer des chansons, livres ou films québécois. Appliqué à plus grande échelle, ce phénomène risquerait ultimement de nuire à la diffusion auprès de tous de nos produits culturels, qui, rappelons-le, nous rendent distincts et uniques par rapport au reste de la planète.

Nous devrions, en tant que société, trouver un équilibre entre ce que nous consommons individuellement et collectivement. Puisqu’il serait dérisoire et contre-productif de nous priver de tous les avantages que nous procure la technologie, il faut voir à d’autres solutions. C’est là, je crois, où l’éducation a un rôle important à jouer. Le programme scolaire pourrait davantage faire place à la représentation d’œuvres québécoises, ce qui aurait pour avantage d’assurer à tous un cursus culturel de base, commun à l’ensemble des étudiants. En outre, nous pourrions continuer à utiliser les médias plus traditionnels, qui nous ont permis par le passé de faire de belles découvertes. Des émissions comme Star Académie, Belle et Bum ou Formule Diaz restent selon moi le genre d’initiative que nous devrions soutenir.

Bref, la culture constitue un formidable ciment collectif nous permettant de forger notre identité en tant que groupe. Des avenues possibles existent pour préserver cette richesse tout en relevant les défis qu’apportent les nouvelles technologies. La balle est dans notre camp, puisque les élections provinciales arrivent à grand pas. C’est le moment tout indiqué pour regarder ce que les différents partis ont à offrir en termes de politiques culturelles et éducationnelles.

Crédit : Francis Gagnon

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