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Les retrouvailles du secondaire

Cet hiver, j’ai reçu une invitation pour mes retrouvailles de dix ans post-secondaire. Aye, dix ans. Ça fait DIX ANS que j’ai fini le secondaire! Outch! Ça m’a donné un p’tit coup de vieux, je dois t’avouer. Ça ramène des souvenirs, juste de voir les gens commenter sur le groupe Facebook des retrouvailles. Y’a des gens dont j’avais oublié l’existence ou qui sont passés un peu inaperçus. Y’en a d’autre qui m’avaient certainement laissé un petit goût amer. Y’en a quelques-uns que j’aimais bien, malgré mon petit côté maladroit/awkward/pas full hot avec les relations sociales. Au secondaire, je n’étais pas nécessairement populaire et je n’étais pas impliquée dans rien. J’avais ma team de basket comme amies, pis c’était ben en masse. À vrai dire, je ne me tenais pas vraiment avec la gang de mon programme. C’est pourquoi la plupart de ceux qui participaient aux retrouvailles, je ne les avais pas revus depuis dix ans. Même pas croisés.

J’avais certaines appréhensions concernant la soirée. Même que j’ai failli choker la semaine avant. C’est un ami qui m’a convaincue que je devais y aller. Je pense que j’avais un peu peur d’être jugée, de pas savoir quoi dire, mais en même temps, j’étais fière de montrer où j’étais rendue, ce que j’étais maintenant versus la petite ado weird qui savait pas trop qui elle était. C’est fou comme on évolue en dix ans. Je crois que la plus grande période de changement s’effectue justement à cet âge-là, entre 17 et 30 ans. On se connait plus soi-même, on s’affirme plus, on apprend à s’aimer tel qu’on est, on laisse de côté certains complexes qu’on avait à l’adolescence, on forge notre caractère, notre personnalité à nous. Mais surtout, on s’épanouit. On se rend compte que tout ce qu’on a vécu à l’adolescence, surtout les bouts rough, ben ça fait partie du passé, et ça n’a plus la même importance quand on vieillit.

Bref, le jour « J » arrive. Je ne suis pas prête. J’ai aucune idée de ce à quoi m’attendre. Comme je ne côtoie plus aucune de ces personnes, j’arrive seule. Je me suis chixée, mais pas trop. J’ai dû changer cinq fois de outfit, parce que je ne trouvais pas de tenue adéquate. Ah, le jugement des autres, comme ça nous trotte dans la tête des fois. À mon arrivée, j’ai ressenti une vague de nostalgie. On était à peu près une vingtaine. J’ai jasé avec tout le monde. Je leur ai demandé où ils étaient rendus, ce qu’ils faisaient. Beaucoup avaient voyagé, complété des études supérieures ou avaient leur petite famille. Ce qui m’a le plus marquée, c’est à quel point tout le monde avait l’air heureux; ils avaient tous l’air d’être à l’endroit dans leur vie où ils étaient exactement censés être. À un moment de la soirée (bien arrosée), on a regardé une vidéo spécialement préparée pour l’occasion par l’organisatrice de l’évènement. Et c’était MA-LA-DE. Elle nous avait filmés quand on était en secondaire cinq, pour son projet personnel de fin d’année. Dans la vidéo, on devait répondre à la question « où te vois-tu dans dix ans? ». Sérieux, wow. WOW! Les réponses qu’on a entendues! De se revoir à l’âge de 16-17 ans, tout jeunes et naïfs, ça faisait drôle. J’aurais eu dont ben des choses à lui dire, à ma « moi » du passé. C’est drôle parce que la réponse à la question la plus populaire était d’avoir terminé ses études, d’avoir une famille et une maison. Je n’avais aucun souvenir de la mienne. Quand ç’a été rendu à moi, je me demandais en titi qu’est-ce que j’avais dit comme niaiserie. Pis là, je l’ai vue, la version ado de moi-même, avec son look hippie, son regard rêveur qui regarde vers le futur et qui essaie de voir où elle sera dans dix ans : « Je sais pas… dans dix ans, en fait, je me vois faire quelque chose que j’aime ». C’est tout ce que j’ai répondu, avant d’ajouter : « Ah pis j’aimerais ça enseigner ici », chose que je fais présentement, à l’endroit même où j’ai gradué. J’étais tellement fière de ma réponse. C’est comme si la moi ado avait déjà tout compris le sens de la vie. C’est comme si elle avait déjà une certaine sagesse dont j’avais oublié l’existence. J’avais déjà compris, à cette époque-là, que l’importance de la vie n’était pas la destination, mais plutôt le chemin parcouru qui nous mènerait éventuellement à accomplir des choses significatives pour nous-même, et que de posséder tout ce qu’on voulait il y a dix ans ne nous rendrait pas nécessairement plus heureux aujourd’hui. Parce qu’on change, on évolue, et c’est correct comme ça. Bien sûr, il ne faut pas mettre de côté ses rêves et c’est bien de se fixer des objectifs, mais c’est aussi important d’apprécier chaque instant du chemin qu’on parcoure au long de la vie et d’apprendre de ceux-ci. Parce que dix ans, ça passe vite en titi.

Tout cela pour dire que mes retrouvailles du secondaire m’ont donné l’impression d’avoir finalement bouclé la boucle, d’avoir fait la paix avec la p’tite ado troublée qui se cherchait un peu trop, pour apprécier plus la femme que je suis devenue. J’ai passé une agréable soirée, en compagnie de gens sympathiques et intéressants, bien différents des souvenirs que j’avais d’eux.

Pis toi, as-tu hâte à tes retrouvailles?

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