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L’hypersensibilité : un monde invisible

Aujourd’hui, je te parle de ce que je connais de l’hypersensibilité. Je ne suis pas une professionnelle en la matière, mais j’ai fait des recherches depuis un moment et je me base aussi sur ma propre expérience.

Je suis née hypersensible et j’aurais aimé le savoir plus tôt dans ma vie. Je suis jeune, mais j’aurais aimé ne pas passer mon adolescence à m’en vouloir et à me sentir responsable de quelque chose qui a toujours fait partie de moi. J’en parle ici, en espérant écourter peut-être pour certains ce moment de leur vie où, dans l’ignorance de ce qu’ils sont, les hypersensibles se tapent sur la tête et tentent d’être différents de ce qu’ils sont réellement. J’écris avec, en tête, le souvenir du jour où, à 17 ans, j’ai appris qu’on pouvait être « hypersensible » et que, probablement, je l’étais; ça et la rage que j’ai ressentie envers moi et tous ceux qui m’avaient fait sentir que quelque chose clochait chez moi. J’en parle, aussi, pour ceux qui côtoient des hypersensibles : c’est souvent difficile à comprendre, mais une fois qu’on en est conscient, ça change bien des choses. L’environnement ainsi que la manière dont l’hypersensibilité d’une personne est abordée ont un impact important sur l’évolution et l’intensité de celle-ci tout au long de sa vie.

L’hypersensibilité se développerait dans l’utérus et n’est pas une pathologie. Bien qu’elle fasse parfois sentir la personne seule au monde, c’est en fait un trait de caractère que possèderait 20 % de la population. Elle ne se résume pas seulement à une sensibilité plus intense que celle éprouvée par la majorité des gens. Ce n’est pas non plus quelque chose dont on puisse se débarrasser. J’ai longtemps pensé que le mieux était d’apprendre à contrôler cette caractéristique, mais je crois maintenant que le processus repose davantage sur l’acceptation. C’est en l’acceptant que nous parvenons à faire un meilleur usage de ce trait de caractère que nous n’avons pas choisi.

Les caractéristiques d’une personne hypersensible

D’abord, on associe l’hypersensibilité à une très grande empathie. Une manière d’exprimer la chose que j’aime particulièrement est que nous sommes plus « perméables » à notre environnement. En fait, nous sommes comme des éponges, nous absorbons toutes les émotions qui nous entourent et ressentons la douleur des autres. Pour ma part, ça fait en sorte que j’ai souvent l’impression que c’est le chaos à l’intérieur de moi, que mes émotions s’entremêlent à celles de ceux qui m’entourent pour former une tornade qui me tient constamment sur le qui-vive. Chez moi et chez les hypersensibles en général, ça peut causer une certaine fatigue chronique provoquée par le poids de toutes ces émotions qu’on doit porter tous les jours. J’ai souvent pensé que j’étais malade à cause de la fatigue que je ressentais, alors que c’était mon trop-plein d’émotions qui drainait mon énergie.

Pour en revenir à l’empathie, c’est une très belle qualité, le seul bémol est qu’à cause d’elle les hypersensibles deviennent trop souvent des proies faciles pour quiconque voudrait exploiter leur gentillesse et, pour certains, leur recherche de la perfection. Aussi, pour diverses raisons, les hypersensibles peuvent avoir un très fort besoin d’approbation extérieure et dépendre énormément de l’opinion des autres, la critique les déstabilise, leur estime d’eux-mêmes tient à un fil. De plus, à cause de l’empathie sans doute, je peux moi-même en témoigner, on a souvent le bouton « culpabilité » très facile. Quand je n’agis pas de manière « juste », je suis littéralement rongée par la culpabilité. Pour ça, comme pour d’autres situations, les hypersensibles ont de la difficulté à passer à autre chose, ils ruminent souvent les événements passés.

Les effets de l’hypersensibilité

On peut faire plein de belles choses de notre hypersensibilité. D’ailleurs, on est facilement triste, mais aussi facilement heureux. Malheureusement, ce trait de caractère a des désavantages; ceux à cause desquels j’aurais aimé comprendre plus tôt ce que j’étais et ceux dont je voudrais parler à quelqu’un qui côtoie une personne hypersensible. Les hypersensibles sont reconnus pour leur irritabilité, causée entre autres par ce trop-plein d’émotions qui met leur patience à rude épreuve, et ce, à l’insu des autres qui parfois ne comprennent pas leurs réactions démesurées. Ce sont des êtres constamment à vif émotionnellement et physiquement. Des pensées tournent dans leur tête les rendant parfois agressifs, en colère, refermés sur eux-mêmes. Il peut être ardu de prévoir leurs réactions. Physiquement, ils peuvent réagir fortement à des stimuli qui sembleraient plutôt superficiels à d’autres : le bruit, la lumière, un frottement sur leur peau… Par exemple, je me souviens que tout au long de mon secondaire, dans l’autobus scolaire, sentir le frottement du bras ou de la jambe de la personne à côté de moi me mettait dans tous mes états sans que je comprenne pourquoi. Ma réaction me faisait presque peur, la peau me démangeait, la rage montait en moi sans raison. Maintenant, parce que je sais ce qui se passe, je parviens à rationaliser ce genre d’évènement.

Pour toutes ces raisons, les gens hypersensibles peuvent souvent se sentir plus introvertis, même s’ils sont de nature extravertie. Ils ont besoin de faire le vide en eux, de comprendre ce qu’ils ressentent, de s’éloigner des stimuli pour un moment.

J’en aurais encore beaucoup à dire. Il y a tellement d’autres choses. Vous pouvez d’ailleurs m’écrire sur le sujet si ça vous tente. Je finirais en vous disant que l’hypersensibilité est un monde en soi et que de le découvrir signifie parfois devenir une meilleure version de nous-mêmes, que nous soyons hypersensibles ou non.

Crédit photo de couverture : Claude Baillargeon

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