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Je souffre de parurésie

Pour préciser, c’est l’impossibilité ou une grande difficulté pour un individu d’uriner en présence d’autres personnes. (Oui oui, je parle de pipi.) Chez les gars comme chez les filles.

Depuis que je suis tout jeune, j’ai beau avoir bu 4 litres d’eau, si y a quelqu’un qui m’entend ou qui se trouve dans « ma bulle urinaire » (ark pour le terme, mais c’est carrément ça), j’suis foutu. Je le fais pareil là, mais ça peut prendre 3 changements complets de gens à mes côtés dans une toilette publique avant d’y arriver.

Je suis conscient que plusieurs personnes ne doivent même pas savoir que ça existe. Surtout lorsque j’entends des gars qui entrent dans une cabine publique se laisser aller en moins de deux secondes d’un solide jet « flow-max-style » dans la cuvette.

« Mais va dans une cabine fermée, Pat, ça va être moins pire! », ce à quoi je répondrai poliment : « Nope. » Crois pas que je n’ai pas essayé. Même en sachant qu’il y a des gens derrière la porte d’une toilette, chez des amis disons, qui pourraient entendre, y a une fermeture psychologique des valves qui se fait.

Pipi VS céramique, porcelaine ou inox sont quand même bruyants quand t’essaies de pas viser l’eau au fond, parce que ÇA, ça fait du bruit! Pis c’est pas vrai que je vais commencer à me retenir… pis il n’y a pas d’assez de beaux modèles de couches-culottes anyway. (T’inquiètes pas chérie, c’est pas pour tout d’suite. ;))

Et là, jour après jour, on apprend à vivre avec cette obsession, cette anxiété, cette maladie (pour certains), ou seulement un cas comme le mien que je considère : un simple blocage. Ça ne change rien à ma vie. Je ne fais rien de différent. Mais pour en avoir discuté avec plusieurs personnes beaucoup plus atteintes que moi, ça peut être une vie complètement chamboulée qui en découle – pour ne pas faire de mauvais jeu de mot.

Pis un moment donné, y a de ces p’tites décisions qui n’en sont pas vraiment pis que tu fais maintes et maintes fois sans y penser pis qu’y arrive eeee rien.

Pis là, arrive ce jour où tu fais ce geste que t’as fait des milliers de fois et que tu sais que tu ne referas plus. Jamais. Au cas où tu revives ça.

Comme celui très anodin d’aujourd’hui.

J’ai eu envie au travail (jusqu’ici t’sais, grosse anecdote).

Je suis allé à la salle de bain qui comporte 3 urinoirs. J’étais seul à mon entrée. J’ai « choisi » Jonathan l’urinoir du milieu. Jusqu’ici, rien pour écrire un best-seller.

Erreur.

Tout ça s’est passé en quelques minutes trop longues, tant qu’à moi.

Dix secondes après moi, un homme entre. Pas que ça m’intéresse de comptabiliser quel genre d’homme vient aux toilettes en même temps que moi, mais je le soupçonne d’être un homme d’un certain âge avancé avec les cheveux turbo blancs. Il s’installe à ma droite en fredonnant bruyamment. Blocage 1.

Je dis « soupçonne » car c’est ce qu’il me semble être ce que je peux apercevoir dans l’angle mort de mon œil droit. Parce que se virer la tête à 90 degrés quand tu pisses peut sembler assez bizarre, voire crissement déviant ou pervers (ou les deux), pis j’suis pas assez dans un état « pipi- friendly » pour créer ce genre de lien là. Surtout que c’est Vive le vent qu’il « hmmm hmmm » à quelques pouces de mon oreille. Je ne bouge pas, en me disant que ça s’peut, des grosses envies. Blocage 2.

Vient ensuite, en s’installant à ma gauche, quelques secondes après, un autre gars que je surnommerai affectueusement le « colleur-bruyant ». Le gars s’appuie le coude sur le mien déjà en place sans autre activité quelconque depuis un (TROP LONG) moment déjà. Il s’installe confortablement en faisant un bruit de bouche pour chaque geste qu’il fait. Détache sa ceinture, bruit d’essoufflement. Dézippe son zipper, bruit de sifflement. Sors son… non, ok, là il n’y a pas eu de bruit, heureusement. Blocage 3.

Je songe à battre en retraite.

Ma vessie s’est transformée en Gloria Gaynor pendant un moment et fredonnait I will survive. Pauvre elle, she was petrified.

Je me décolle donc le coude du « colleur-bruyant ». Il le recolle. Je le redécolle et j’essaie de me tasser vers la droite avec le lousse qu’il me reste, vers le p’tit chanteur du trône royal qui est rendu à « qui s’en va sifflant, soufflant, dans les grands sapins verts… », si je connais bien mes cantiques.

C’est assez. Je peux pu endurer ça. Pensez pas que ça me gêne ou que ça m’intimide davantage là… Mais sachez que je fais quand même le move de la secousse finale qui mène au retrait de l’urinoir!!

Je me suis lavé les mains (et le coude) et je suis sorti avec l’envie plus grande qu’avant d’entrer. La parurésie est pas mal plus fréquente que vous le croyez. Je me suis déjà senti comme un enfant de 2 ans qui est à l’étape du petit pot avant de devoir affronter l’immense Monsieur Toilette.

Si tu ne retiens que l’image de moi qui raconte une anecdote de pisse mais pas que ce syndrome peut être très complexe et invivable, alors j’aurai échoué. Pis sache que j’en ris et que je fais moi-même des jokes là-dessus. Je ne suis qu’un cas très léger, alors pouvez-vous imaginer ce que ça doit être pour quelqu’un qui s’empêche même de boire en public?

Pour tous ces gens qui s’empêchent de vivre en fonction de cette phobie. Pour tous ces gens où le simple fait d’avoir des loisirs, de faire de nouvelles rencontres ou de se faire inviter à un souper est un cauchemar. Quitter un groupe en forêt en prétextant un appel urgent à faire et s’éloigner suffisamment à l’abri des oreilles. Bref, devoir mentir constamment pour éviter d’expliquer…

J’aimerais faire une différence à ce niveau, celle aussi simpliste que d’en parler et de faire en sorte qu’au moins une personne se sente moins seule. Je voulais le faire et depuis longtemps. Donc, tout comme lorsque je suis sorti de la salle de bain cette journée-là, disons que ce n’est pas « l’envie » qui manquait…

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