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Ça va faire deux fins de semaine de suite que je passe dans mon coin de pays. Je viens de Montmagny, une petite ville sur la rive sud et j’ai passé la plus grande partie de ma vie là-bas. Y’a des gens qui sont ben fiers d’où ils viennent. J’ai des amis qui redescendent le plus souvent possible, chaque fin de semaine. Mais moi, j’ai jamais ressenti un tel sentiment d’appartenance. C’est peut-être parce que j’avais l’impression de ne pas pouvoir être complètement moi-même là-bas. Ça fait peur de grandir, encore plus de grandir en sentant que tout le monde te connaît et que tout le monde te regarde.

Ça va faire deux fins de semaine de suite que je passe là d’où je viens et pour la première fois depuis longtemps, j’étais content d’y être. J’ai réalisé que ça faisait exactement deux ans que j’ai quitté ma campagne pour la ville. J’avais tellement hâte de partir. Ma vie me semblait tellement banale, tellement immobile. J’ai toujours côtoyé les mêmes personnes ou presque, j’ai toujours été aux mêmes partys dans les mêmes sous-sols pour toujours finir dans les mêmes restos. J’ai passé mon secondaire là-bas, mon cégep aussi d’ailleurs, et à la fin de ma dernière année, j’avais l’impression d’avoir fait le tour, plus d’une fois, et plus rien ne me surprenait ou m’impressionnait.

J’avais besoin de respirer un autre air pis je savais que la ville allait me donner ça. Donc une fois ici, à Québec, j’ai pris le temps de me perdre, d’errer un peu, de marcher partout sans savoir où j’étais, qui j’étais ni où j’allais. Mais c’est correct de faire ça, je pense. Dans le vidéoclip d’une de mes chansons préférées, on dit : Lose yourself, find yourself then find others. Je pense pas pouvoir mieux dire.

Je suis à un point où j’ai l’impression de tourner en rond à nouveau. J’ai encore l’impression d’avoir marché toutes les rues ou presque, d’avoir vu ce que j’avais à voir et d’avoir pris ce que j’avais à prendre. J’ai l’impression d’avoir trop de repères, d’avoir pris la ville pour acquis. On dirait que je ne prends plus le temps de prendre le temps, parce qu’en ville, il y a tellement de gens qu’on s’en fout du regard des autres, qu’on s’en fout des autres, tout court : t’es là pour toi-même et ça doit être suffisant. J’ai l’impression que la ville est tellement grande que t’as en masse d’espace pour respirer, mais qu’en même temps, tout bouge tellement que c’est étouffant par moment.

Chez mes parents, j’étais nostalgique comme jamais je ne l’ai été. Je n’avais pas réalisé à quel point je m’ennuyais du calme plat, du silence sourd dans les rues dès qu’il est dépassé minuit. J’étais en voiture et je passais devant mon école et devant tous les endroits où j’ai été et où je souhaitais être ailleurs, pis je me trouve vraiment con de pas avoir apprécié autant la platitude de ma vie à l’époque. Quand je savais pas c’était quoi payer un loyer ou quand mon cœur était pas brisé ou quand j’avais actuellement espoir dans le monde dans lequel je vis.

Dans le fond, peut-être que c’est ça, être humain. Peut-être que c’est errer un peu partout en tentant de se trouver, en tentant de trouver quelque chose de plus, simplement pour réaliser que ça existe pas, pis peut-être qu’on va éventuellement s’ennuyer de tous les endroits où on ne veut pas être en ce moment. Mais pour le moment, je suis ici, à me sentir exactement comme je me sentais il y a deux ans, pis je sais pas ce que je fais, ni où je m’en vais et je pense que je suis en paix avec ça. Pis, si jamais je ne le suis pas, j’ose espérer que je vais finir par l’être.

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