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La piscine ou l’enfer des complexé.e.s

Je suis une ex-grosse. Pas dans le sens qu’en 2016 j’ai pris 10 livres que j’ai perdues trois mois après. Plus dans le sens que j’ai été la toutoune de service de mes 9 à mes 21 ans. Genre, on a déjà dit de moi : « j’y toucherais pas avec un bâton »; et dans ma famille on passait du « T’es bâtie comme un frigidaire » à « Tu devrais pas manger du Nutella, c’est pas bon pour ce que t’as ». C’pas fin et ça marque, surtout quand t’es en train de construire ton identité d’humain sexué. J’ai développé une relation pas top saine avec mon image, la nourriture et mon estime en général.

Fast foward au début de l’âge adulte où une peine d’amour (la première t’sais, ouch) a servi de déclencheur à des comportements destructeurs, à une petite dépression et à des crises de panique identifiées comme telles pour la première fois. J’ai perdu 50 livres. Je me suis dit « toujours ça de gagné, dans le fond ». Ç’aurait été mieux façon saine alimentation et entraînement, mais bon. Quand tu t’es vue grosse si longtemps, et que t’as jamais réussi à te owner (parce que seigneur que c’est beau, une femme qui marche la tête haute, qui assume son dedans comme son dehors pis qui s’excuse pas d’être qui elle est #bodypositivity), c’est pas évident de voir autre chose dans le miroir. Je suis restée prise avec un reflet distordu et un peu parano, « Le dude qui me regarde en souriant, il est pas en train de flirter, il rit de mon bourrelet de dessus de brassière. J’aurais pas dû mettre une camisole » parano.

Re fast foward à cette année où je fabrique un bébé. Mon corps c’est ré-élargi, mais mon cerveau le vit différemment. Mon bébé, je l’ai voulu, et c’est ce corps transformé qui va me permettre de l’avoir dans quelques semaines (trois; tu peux me féliciter, je suis pas mal fière). Crois-le ou non, c’est avec mes 30 livres de bedaine, de gras de cuisse et de joues en plus que j’ai acheté mon premier bikini à vie. À 30 ans, MON PREMIER BIKINI. Avec les chaleurs des derniers jours, ma bedaine et moi, on s’endurait plus et on est allées s’exhiber à la piscine extérieure de mon quartier (J’ai mis un petit short par-dessus, je suis pas guérie, guérie). Comme j’étais toute seule, j’ai eu le temps d’observer les gens.

Conclusion : La vie est une esti de cours d’école, les gens sont méchants pis je trouve ça grave. À côté de moi, une jeune femme bien en chair se faisait bronzer en bikini. Quatre petits ados pas subtils se sont mis à faire des commentaires « eh boy, est pas gênée », « pour vrai j’ESPÈRE qu’elle est enceinte », « arrk », « ricanements de petits criss » (là mon hamster était comme « shit, moi ? » et je me suis mise à me flatter la bedaine pour bien expliciter mon état). Je sais pas si la fille s’en est rendu compte, mais après quelques minutes elle était presque entièrement enroulée dans sa serviette. Je me suis approchée des maudits avec la chienne qu’ils se retournent contre moi et je leur ai dit qu’ils étaient vraiment méchants et déplacés. Ils ont disparu dans les cinq minutes. Fiou ! Dans la demi-heure suivante, une gang de jeunes femmes (des adultes, là, genre 25 ans et plus, dont une ENCEINTE) bitchaient les maillots et les corps d’autres femmes en train de profiter du soleil. J’ai pas été aussi brave qu’avec les ados, mais je les ai fixées jusqu’à ce qu’elles comprennent que je les entendais. Même effet, les ricanements et les faces de dégoût ont cessé.

On a beau en parler et en reparler, on est pas encore rendu.e.s à normaliser la diversité des corps humains, encore moins ceux des femmes. On peut-tu, s’il vous plaît, bâtard, survivre à la canicule (pis à la vie en général) sans être exposé.es à une évaluation physique d’étrangers en mal de pouvoir? Si t’es pas capable de voir des gens différents de toi, un bout de cellulite ou un sein qui se tient sous le poumon, reste chez vous pis prend une douche. Si ce qui se passe dans ta tête est laid de même, peux-tu au moins éviter de nous polluer avec tes opinions de marde pis garder ça pour toi ? Il y a des gens à qui ça prend tout leur petit change pour sortir de chez eux vêtus d’autre chose qu’un suit de ski-doo, est-ce qu’on peut ne pas leur confirmer que l’univers préfèrerait qu’ils se cachent ?

À toutes mes complexées, grosses, maigres, sans seins, à gros seins, avec vergetures, cellulite, alouette, le monde à besoin de vous voir occuper l’espace. Vous avez le droit d’exister, d’être vues et de profiter du seul corps que vous avez. À tous mes petits criss, gros tatas et autres mean girls, c’est vous la laideur dans tout ça. Fermez-la donc, vous devriez avoir honte. Aux braves qui trouvent ces comportements inadmissibles, dites ou faites quelque chose. Je suis pas mal certaine que ça doit être humiliant de se faire dire qu’on se comporte tout croche par un inconnu. Aux moins, braves, intervenez quand vos proches et ami.e.s sont plus épais.ses que vous pensiez.  Fuck les bullies, dans les cours d’école pis à la piscine publique.

 

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