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T’as le droit d’être heureuse (et d’en parler), chumme

Janvier 2018

Je suis en train de vagabonder dans la slush grise hivernale du DIX30, à boutte de toute. En train de me maudire de travailler encore au sein d’une agence de communication où les patrons ont le même capital sympathie que Voldemort et où l’ambiance est du gros merdier. En train de me dire qu’il faudrait peut-être que je remédie au fait que mon entrejambe est le Sahara depuis trop longtemps. En train d’angoisser sur le fait que je vais devoir retourner au travail le lendemain matin. Je me promène en me disant que je mérite mieux. Qu’il faudrait don’ que je fasse quelque chose pour m’extirper de mon état professionnel pas gros glorieux et de ma chasteté (très) involontaire.

Puis je passe devant le Indigo. Je ne sais pas trop pourquoi, mais quelque chose m’appelle. Je ne suis pas ésotérique, je ne recharge pas des cristaux au clair de lune et je ne brûle pas de la sauge pour chasser d’une pièce les esprits malveillants de tous les trous de cul qui ont marqué ma jeune existence. Mais ce jour-là, quelque chose de plus fort que moi me disait « heille la guédaille, va donc dans la boutique, quelque chose t’attend ».

Quinze minutes plus tard, je sortais de là avec le livre You Are A Badass de Jen Sincero. Ce jour-là, je ne le savais pas encore, mais ma vie allait changer.

Été 2018

Je suis en train de siroter un latte dans un café en compagnie d’amies. Tour à tour, on se met à jour sur nos vies respectives. L’une d’entre elles est écoeurée de sa job. L’autre nous raconte ses pépins de couple. Une raconte comment elle ne roule pas sur l’or. L’autre renchérit sur le fait qu’elle doit perdre du poids.

« Pis toi, Gen? »

Je les regarde.

« Ben, moi ça va bien. Super bien, même. »

Je raconte rapidement que je viens de décrocher de nouveaux contrats en tant que travailleuse autonome. Que ma nouvelle petite compagnie en pâtisserie m’a amenée à faire des biscuits pour Fat Joe et Snoop Dogg. Que je vais partir pour Londres dans peu de temps, et y voir ce gars incroyable que j’ai rencontré il y a deux mois en Suède, lors d’un voyage coup-de-tête.

Mais au bout de cinq minutes, je me fais couper.

« Est-ce que ça te dérange qu’on parle de tes affaires une autre fois? J’ai pas eu une journée nice, ça me met down ce que tu dis. »

Je me suis fermé le clapet, un peu flabergastée.

Parce que cette même situation m’était arrivée à quelques reprises par le passé.

Depuis ma lecture du livre de Jen Sincero, ma vie a fait volte-face sur tous les fronts. J’ai eu les couilles de quitter mon emploi de merde, de devenir pigiste, de lancer officiellement une petite entreprise, de voyager en Amérique du Sud et en Europe, d’ouvrir mon cœur à quelqu’un, de renouer avec l’écriture.

Et ça va fucking bien. Je suis vraiment, vraiment heureuse.

Mais l’affaire, c’est que le bonheur semble tabou. Dans les derniers mois, chaque fois qu’un changement d’importance s’opérait dans ma vie, chaque fois que je signais un nouveau client, chaque fois que l’argent rentrait et que j’osais en glisser un mot, je me retrouvais en bout de ligne gênée d’en parler. On dirait que d’affirmer sa joie de vivre et ses bons coups se conjugue automatiquement aux yeux des autres à de la vantardise. On dirait que c’est don’ plus facile de chialer ou de trouver des excuses pour justifier son manque de couilles sur certains fronts. On dirait que c’est plus facile de juger ceux qui connaissent du succès ou de s’en moquer. On dirait que c’est mal vu, avoir de l’ambition et de l’affirmer. Et ça me gosse profondément.

Gang, est-ce qu’on peut faire comme Beyoncé et Jay-Z un instant? Est-ce qu’on peut être individuellement awesome, et indestructibles lorsqu’on s’épaule ensemble et qu’on décide de partir en tournée mondiale, mettons? Au lieu de basher la fille qui semble avoir la vie parfaite sur Instagram, est-ce qu’on peut plutôt se concentrer sur nos p’tits nombrils en nous disant : « Heille, nous aussi, on est capables d’avoir cette vie-là. Pis on va y parvenir. »

Est-ce qu’on peut plutôt assumer à quel point nous sommes toutes des badass et assumer notre droit d’être heureuses et d’en parler?

T’as le droit de t’aimer, ma chumme. T’as le droit de trouver que t’es chix aujourd’hui. T’as le droit de dire que t’es don’ heureuse d’être contente, comme le dirait si bien Marina Orsini. Et t’as le droit de le montrer à la terre entière, tel un Simba présenté à son peuple par Rafiki.

(P.S. Et si t’as besoin d’un coup de main pour te rendre à ce stade de self-love, j’te jure chumme, cours immédiatement à la librairie pour te procurer You Are A Badass. Changement de vie garanti.)

Crédit photo couverture : Geneviève Higgins-Desbiens

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