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T’es trop beau pour moi

« Y’est ben trop beau pour moi ce gars-là. » Hey, le nombre de fois où je me suis dit ça!

Le nombre de fois où j’ai pas osé, où je suis restée dans mon coin, où je suis pas allée me présenter, où j’ai rien dit, où j’ai essayé d’avoir l’air d’avoir tellement de fun dans mon coin pour que tu me trouves belle ou pétillante ou intrigante si jamais tu regardais par hasard dans ma direction.

Le nombre de fois où je me suis imaginé tout un scénario dans lequel je te fonce dedans par accident, pis là nos regards se croisent et c’est le coup de foudre, les feux d’artifices, l’amour avec un a majuscule, les poignées de confettis pis les cupcakes assortis.

Le nombre de fois où je me suis imaginé ce scénario-là finir en histoire d’amour sans fin, à se tripper dessus jusqu’à la fin de l’humanité amen.

Sans jamais oser. Pourquoi? Parce que je te trouve beau? C’est ça ma bonne raison? Mon grand génie? Ma médaille du Gouverneur général de la logique relationnelle et amoureuse?

Je suis qui, moi, pour décider que toi, t’es plus beau que moi?

C’est SÛR que je dirai jamais que je suis plus belle que qui que ce soit. J’ai de la misère à pas envoyer au bûcher les photos que je vois de moi et je réponds toujours des « ben non » francs et automatiques quand on complimente mon apparence physique – et ça c’est quand je dis pas « OK mais elle, OK mais lui, avoue que eux, eux sont beeeennnn plussss beaaauux ».

Mais je dis ça quand même : « Ce gars-là est trop beau pour moi. »

Et je pense ça quand même : « Ce gars-là est trop beau pour moi. »

Et qu’est-ce que ça me donne, à part devenir une version poule mouillée de moi-même pis vouloir disparaître dans mes shorts?

Rien. Absolument rien. Sweet fuck all de rien du fin fond du monde.

C’est con parce que la dernière fois que j’ai abordé, ou plutôt bredouillé un gars que je trouvais trop bien pour moi, ben on a fini par s’envoyer des blagues sur Messenger pis se confier nos petites insécurités d’enfants, pis je me suis rendu compte que j’étais pas mal plus drôle que lui (j’me trouve laitte en bikini, mais j’ai un bon sens de la repartie, à chacun ses fiertés) et qu’il était ben normal comme tout le monde normal, au final, ce gars-là.

Et plus je lui parlais, plus son auréole de demi dieu diminuait et plus je pouvais voir l’humain, le Hercule après les vraies batailles de la fin au lieu du Hercule frais chier tête d’affiche effigie de verres à liqueur et sandales grecques (ré-écoutez Hercule en bonhomme les chums, vous manquez de quoi!).

Le gars était juste un gars, vraiment vraiment beau Leonardo DiCaprio/James Franco beau, mais juste un gars pareil. Un gars comme tout le monde, pis un gars même pas le bon gars pour moi à part de t’ça.

Fait que au final, j’ai perdu tellement de temps pis d’énergie pis d’angoisses pis de sueurs froides niaiseuses derrière le cou à « m’imaginer » au lieu de « rencontrer ».

Alors je dis, rencontrons-nous.

Osons.

Soyons humains et plein de défauts et décoiffés et décoiffants et rebelles et surprenants.

Soyons nous, impressionnants par ce qui s’est construit en dedans, parce qu’on construira jamais grand-chose de très utile si on met toujours tous nos efforts sur la façade.

Soyons donc exactement ce que le scénario n’avait pas prévu.

(Comme ça peut-être qu’Hollywood fera faillite et plus jamais on aura cette maudite conception de demi dieu de beauté de télé de cool de caca crotte.)

(Fin de ce manifeste, bonne nuit.)

Source photo de couverture: Pixabay

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