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L’autodestruction : Lettre à ma tête, et peut-être à la tienne

Salut,

Je sais qu’on n’est plus amies depuis un bon moment toi et moi. En fait, je ne sais pas si on l’a déjà été, si on a déjà eu une relation saine. Je ne me souviens plus, je ne me souviens plus de ce que ça fait.

Je pense qu’il faut que je règle mes comptes avec toi. Je ne veux plus être malheureuse parce que ma tête et moi on se fait la guerre. Il faut que j’arrête un peu de me taper sur les doigts. Je dois apprendre à me tenir par la main. Pour ça, j’ai besoin qu’on soit amies. Je ne peux pas passer ma vie à me battre avec toi. Tu es ma tête, personne ne peut me protéger de toi. Tu es invisible, tu es à l’intérieur de moi, on est la même personne. C’est sans doute ça le pire, alors que je devrais te diriger, je te laisse avoir l’emprise sur moi, le contrôle, je te donne le mauvais rôle.

Je t’avoue que, des fois, j’ai l’impression que la pire place où je pourrais être dans le monde, c’est dans ma tête. Je sais que je ne suis pas la seule à avoir ce genre de réflexion, mais ça ne devrait pas. Parfois, j’ai le cœur qui étouffe tellement tu me fais du mal. Tu me détruis, tu te détruis, je m’autodétruis.

Tout ça a commencé d’une manière tellement stupide. Ça a débuté par mon physique, par l’extérieur. J’avais 12 ans, j’entrais au secondaire. C’était l’époque où avoir confiance en moi et avoir une bonne estime de moi, ce n’était pas un combat de tous les jours, c’était avant que les orages commencent. Le moment de ma vie où aller à la salle de bain entre filles a commencé à vouloir impérativement dire : crier ses complexes pour ne pas qu’on pense que tu te trouves belle et dire aux autres qu’elles sont mieux que toi pour avoir l’air fine. J’ai joué la « game », même si je ne comprenais pas trop pourquoi je devais le faire. J’étais pas pire pour dire ce qu’il fallait, j’ai vite compris. À coup d’au moins trois rendez-vous à la salle de bain par jour, tu commences à le dire pas mal souvent que t’es laide et que les autres sont mieux. Puis, tu te réveilles un matin et ce que tu te dis est devenu ce que tu penses, c’est-à-dire ta réalité : t’es laide et tu ne peux plus t’empêcher de te comparer aux autres. La seule chose qui pouvait me rendre belle, c’était que les autres me trouvent belle, donc je criais mon aversion envers mon corps en espérant trop fort qu’on me contredise.

Ensuite, j’ai compris qu’on pouvait faire la même chose avec l’intérieur. Je me suis mise à me dire des choses que je n’aurais jamais oser dire à quelqu’un d’autre. D’ailleurs, c’est un bon repère ça : si ce que tu te dis à toi-même est trop méchant pour que tu le dises à quelqu’un d’autre, tu ne devrais probablement pas te le dire non plus. C’est que, à force de me trouver laide et stupide, je suis devenue un peu enragée et triste. En fait, à force de s’autodétruire, on devient triste tout le temps, parce que c’est comme un parasite toujours là dans notre tête, en permanence. Moi, je transformais cette tristesse-là en rage. Il paraît que, lorsqu’on est triste ou en colère et qu’on brise volontairement des objets, c’est pour se prouver qu’on n’est pas faible, qu’on peut détruire. Je pense que c’était ça ma relation avec l’autodestruction, je me tapais dessus constamment parce que ça me faisait sentir forte, en contrôle de la situation. Je pensais que ça me soulageait.

Bon, je m’égare. Dans le fond, ma tête, je voulais juste te dire que le monde toxique que tu crées à l’intérieur de moi, il se reflète rapidement à l’extérieur. Quand tu es rempli de haine, ce qui se reflète en dehors ça peut difficilement être autre chose que de la haine, à moins que tu sois particulièrement bon pour faire semblant, mais je ne te le suggère pas, ça aggrave les choses de mentir, de prétendre, ça épuise.

Notre dialogue intérieur définit tellement tout ce que nous sommes. On ne peut pas être heureux avec un dialogue intérieur constamment négatif et destructeur. En changeant les mots qu’on se dit à nous-mêmes, on peut changer tout un monde, notre monde. Si j’ai fini par croire les choses laides que je me disais, ça veut dire que je peux faire la même chose avec les belles. Je peux recommencer à m’en dire, autant que possible, de plus en plus. Puis, un jour, graduellement, grâce mes efforts, je vais gagner. Je vais me réveiller et je vais m’aimer pour de vrai. C’est tellement facile de retomber dans nos vieilles habitudes, mais c’est puissant la confiance en soi et l’estime de soi. Si je dois travailler un peu tous les jours pour elles, c’est la moindre des choses.

À toi, ma tête, je suis désolée qu’on se soit fait du mal. Je te promets que cette fois-là, c’est la bonne. On va se tenir, on ne recule plus. J’ai hâte de me souvenir ce que ça fait d’être ton amie. Ça va être beau.

Crédit photo de couverture : Claude Baillargeon

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