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Je voulais être « dedans la télévision »

Depuis ma tendre enfance que je caresse le rêve d’être une artiste. Déjà toute jeune, j’aimais clamer à qui voulait bien l’entendre (probablement mes parents) qu’un jour, j’allais être « dedans la télévision ». J’ai même eu la chance plusieurs années plus tard de m’entendre le dire, en écoutant une cassette où je m’étais enregistrée, à inventer des épisodes de Passe-Partout, de Bibi et Geneviève, et où j’ai réellement pu m’entendre dire qu’un jour, je serais « dedans la télévision ». Pas littéralement on s’entend, puisque j’ai constaté plus tard les effets néfastes d’être « dedans la télévision », dans le fameux film d’horreur The Ring. Clairement il était temps qu’elle en sorte un peu, cette pauvre Samara Morgan, maganée comme elle était!

À l’adolescence, j’étais relativement douée dans les arts plastiques, et particulièrement gênée en théâtre et en art dramatique. Je croyais cependant qu’à force de  m’exposer à des situations où je devais performer devant un groupe ou de faire partie carrément d’une troupe sur scène, j’arriverais à casser cette gêne, mon éternelle anxiété. Ou à tout le moins, à rendre l’expérience un peu plus confortable. Mais ça n’a pas fonctionné et mon rêve d’être « dedans la télévision » s’est éteint peu à peu. (Heureusement, mes chances de revirer comme Samara ont aussi grandement diminué!)

Je vais ensuite vous abréger le reste de mon parcours en allant comme suit :

2002 : Lamentable demie session au CEGEP, toujours inachevée à ce jour, d’ailleurs…

2003 : Engagée chez Mcdo (et j’y suis restée quand même 4 ans!)

2005 : Ben écœurée de manger des Big Mac…

2007 : Fière détentrice d’un diplôme d’études professionnelles m’assurant une sécurité d’acier à travers le 9 à 5 habituel de bureau et des avantages sociaux qui font rêver!!! (Mais non, je ne rêve pas réellement à mes avantages sociaux la nuit.) Dans la même année, j’ai non seulement trouvé un emploi dans mon domaine, mais j’ai également perdu les 10 livres que j’avais gagnées à la base en mangeant trop de Big Mac! Une grande année fructueuse!

2018 : LE NÉANT!!!

En fait, j’effectue toujours un travail de bureau et j’ai quand même exploré ma créativité en dehors du 9 à 5, à travers les années, mais de concilier travail de bureau/écriture ne semble plus me suffire à ce moment de ma vie. J’ai le feeling que les heures passées au bureau écrasent mon énergie pour l’écriture. (Moi qui ai l’énergie d’une perpétuelle mononucléosée à la base, c’est déjà bon que j’arrive à pondre ces quelques lignes et à en faire un texte, après mes journées au bureau!)

Cependant, certaines appréhensions m’angoissent face à l’idée de quitter mon sécurisant boulot en le remplaçant par une « vie d’artiste ». J’appréhende le fait que je pourrais me laisser empêtrer par le café et l’alcool, en croyant fermement que ces deux liquides seraient mes muses pour l’écriture. Rien pour s’aider le reflux gastrique, on va se l’dire! D’avoir l’impression que je perdrais toutes mes dents, car je pourrais bien me retrouver sans assurance dentaire. (Parce que c’est connu qu’aussitôt que t’arrêtes d’avoir des assurances, les dents te tombent une par une…) Que je serais obligée de déménager à Montréal (en-tout-cas y’a plus de choses qui se passent là qu’à St-Jérôme). De devoir me départir de ma voiture qui m’occasionnerait trop de dépenses et de me retrouver avec 11 autres colocs dans un 5 et demi douteux, parce que c’est tout ce que mon budget me permettrait, anyway. (Donc, en résumé, c’est comme si je catégorisais les artistes comme étant une gang d’édentés qui vivent dans une commune, alcooliques, caféinomanes, et victimes de beaucoup de reflux gastriques, n’ayant comme moyen de transport que leurs souliers.)

Eh bien non! Ce n’est qu’un raisonnement farfelu principalement à mon égard. En réalité, les artistes ont la première place sur le podium de mon admiration. (Comment ne peux-tu pas admirer quelqu’un qui vit avec acharnement de ses passions?!) Et sur la première place du podium se trouve un autre podium, où on y retrouve les humoristes en première position. Ce métier parfois sous-estimé par les gens qui, après avoir entendu 2-3 blagues coquinement salées de la bouche d’une collègue dans un 5 à 7 arrosé, concluent par : « T’es drôle, tu d’vrais t’en aller humoriste! » Comme si c’était si facile…

En même temps, on m’a déjà fait le compliment, et ça reste quand même flatteur. Toutefois, quand on me dit : « Tes statuts Facebook sont drôles, tu devrais être humoriste! », j’ai parfois envie de répondre : « Merci pour le conseil, tu devrais être conseiller en orientation! » (Bon clairement après cette blague, je vous ai sûrement convaincu de mes talents humoristiques…) Mais bon, at some point, faut aussi reconnaître ses forces, ses faiblesses, être objectif envers soi-même, mais surtout, ne pas laisser nos passions s’éteindre…

En tout cas, j’en connais deux qui seraient bien fiers de me savoir humoriste : mes parents. Parce que dans les soupers de famille, pendant que certains parlent fièrement des études universitaires de leur progéniture, mes parents, eux, arborent fièrement des photos de la seule fois où j’ai osé aller me faire prendre en photo après un show d’humour, avec des humoristes. On pouvait voir dans les yeux de mes parents, la même lueur de fierté que si je venais de terminer un baccalauréat! (Parce que c’est aussi connu que quand on frôle l’épaule d’un humoriste sur une selfie, on en devient automatiquement un(e), c’est contagieux d’même!) Not.

En conclusion, chers parents, sachez que j’apprécie tous vos commentaires, vos encouragements, et votre p’tite lueur de fierté dans vos yeux. Il en est de même à tout mon entourage d’ailleurs, sachez que j’en suis flattée (même si j’argumente et/ou que je deviens rouge de gêne et que j’ai envie de fondre par terre lorsque vous me faites de beaux commentaires, que vous me complimentez). Je ne suis pas certaine que ma timidité me mènera vraiment « dedans la télévision » et MON DIEU que ça me prendrait un bon 10 ans de thérapie pour me casser l’anxiété à la seule idée de peut-être un jour essayer un peu d’être humoriste… Mais sinon, je vais continuer de m’épanouir à travers l’écriture, et qui sait… 😉

Crédit photo : Sven Scheuermeier, Unsplash

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