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Il faut que tu comprennes…

Il faut que tu comprennes que si auparavant on m’avait dit que l’anorexie ferait un jour partie de ma vie, j’aurais ri fort.

Dans ma famille, on est des bons mangeurs. Mon père était chef cuisinier et ce n’est pas pour rien que dans les partys de la famille élargie, on se fait toujours offrir une autre part de dessert. Enfant, j’avais un poids santé  et je me rappelle m’être toujours aimée et trouvée hot, peu importe de quoi j’avais l’air. Vers 12-13 ans, je suis devenue plus élancée, poussée de croissance oblige, et je bouffais encore deux parts de dessert et tout ce dont j’avais envie. Vers 15 ans, mon corps a commencé à prendre ses courbes de femmes et ça m’agaçait un peu. C’est aussi à cet âge que j’ai commencé à découvrir ce qui allait devenir mon pire ennemi : les sentiments.

Il faut que tu comprennes que les troubles alimentaires cachent d’autres problèmes que celui de la dépréciation de son apparence.

Je suis tombée amoureuse. Perte de contrôle total sur ce que je ressentais. Moi qui ne m’en faisais jamais avec la vie et qui trouvais que rien n’était grave, je n’étais plus capable de tasser ce maudit feeling que j’avais quand je voyais ma personne préférée. C’était comme si une vague se jetait sur moi et que je me noyais dedans chaque fois. Il n’y avait aucune issue. J’étais prise. Je me détestais de ressentir ce que je ressentais. Ça a duré 1 an. L’amour n’a finalement pas fonctionné et ça avait créé d’autres émotions que je n’aimais pas. Pour ajouter à mon malheur, cet été de mes 15 ans, mon métabolisme avait ralenti un peu et, grande surprise, à l’automne, lorsque je suis venue pour essayer mon uniforme déjà choisi au printemps, pas même une fesse n’entrait dans les pantalons. La panique s’est installée. J’essayais alors de chercher tous les moyens possibles sur internet pour perdre du poids le plus rapidement possible. Je me détestais encore plus.

Il faut que tu comprennes que les troubles alimentaires s’installent lentement dans le cerveau et qu’on ne se lève pas un matin en décidant d’attraper la maladie.

L’automne avait pointé le bout de son nez quand j’ai commencé à faire plus de sport et à couper certaines composantes de mon alimentation. J’avais maintenant 16 ans. Les 5 premières livres perdues étaient une grande victoire pour moi et, dans ma tête, je devais continuer. Juste après, 10 autres livres sont tombées aussi vite que les feuilles des arbres pour laisser place à la neige et au temps des Fêtes. Il ne fallait pas que j’arrête. Je n’avais pas encore atteint mon objectif. Objectif irréel que je n’avais même pas établi. Je mangeais encore, mais réduisais toujours mes portions en me restreignant et mettant cela sur le compte de « bonnes habitudes santé », ce qui était faux.

Il faut que tu comprennes que l’anorexie est un petit démon, un insecte mangeur d’image et d’idées positives qui s’installe dans le subconscient et qui le contrôle.

Pour moi, l’anorexie a toujours été le fait de ne RIEN manger du tout. Ce qui n’est pas vrai. Je croyais alors que je n’avais pas de problème parce que je mangeais. Or, mes portions étaient très petites et ne pouvaient pas supporter toutes les activités que je faisais. Je n’avais plus de force et je voyais souvent des points blancs lorsque je me levais d’une position assise. Mes idées étaient moins claires et mon énergie, à terre. L’anorexie n’est pas seulement une question d’apparence physique d’une personne atteinte (maigreur), mais une question de « changement dans les comportements et les habitudes » et « des sensations de mal-être et de culpabilité » lorsqu’elle mange. Malgré les inconvénients physiques, j’aimais pourtant l’image que je projetais dans le miroir. La maladie brouillait ma vision sur la tristesse qui se trouvait sur la glace.

Il faut que tu comprennes que l’anorexie nous sépare des gens que l’on aime.

Après le temps des Fêtes, j’étais de pire en pire. Je contrôlais de plus en plus ma nourriture, et plus je la contrôlais, plus j’avais aussi un contrôle sur les émotions que j’avais. J’étais très irritable et de plus en plus seule. Mes amies ne me reconnaissaient plus et s’éloignaient de moi, ne sachant pas comment agir à mes côtés. J’étais plutôt seule. Tout ce que j’avais dans la tête, ce n’était pas de profiter des beaux derniers moments de mon secondaire 5, c’était plutôt de calculer chaque minute, d’imaginer mes maigres repas, de prévoir les événements qui me confronteraient à manger. Il ne fallait pas que je déroge de mon « plan ». Avoir des amies ainsi que de me « lâcher lousse » m’auraient apporté un sentiment que j’essayais fortement de repousser. Je repoussais toute forme d’amour parce que je ne voulais pas que ça m’atteigne. J’étais devenue invisible par mon poids trop faible et je m’étais munie d’un cœur de pierre. Disparaître, c’était inconsciemment mon but.

Le contrôle total de ma nourriture et de mon poids était pour moi une façon inconsciente de contrôler toutes les facettes de ma vie, ma vie sur laquelle j’avais l’impression de ne plus avoir de pouvoir.

Il faut que tu comprennes que si tu connais une personne atteinte d’anorexie tu ne dois pas la forcer à manger, loin de là. Tu dois être patient et présent pour cette personne qui est souvent très triste et très préoccupée.

Mes parents me disaient souvent de manger plus, mais cela m’agaçait vraiment beaucoup. Par contre, ça remettait mes pratiques en doute. J’ai fini par apprendre sur un site internet, par curiosité, que j’étais malade en lisant les symptômes et ça m’a fait un choc. Comment j’avais pu me rendre là? Comment c’était possible que je n’aie rien vu? Je suis allée voir un médecin qui m’a référée à une nutritionniste et, avec elle, j’ai pu retrouver ma personne peu à peu, celle qui se trouvait toujours hot peu importe ce qu’elle a l’air.

Ça fait maintenant 2 ans et demi que je ne suis plus malade. En y repensant, je suis fière de m’être relevée. Je suis fière aussi d’avoir admis devant mes parents et mon entourage que je n’allais pas bien. J’ai pu renouer avec mes amis et ça m’a montré que de me donner le droit de ressentir l’amour, c’est une des plus belles choses et ça fait le plus grand bien.

Ligne d’aide et site internet qui peuvent aider à redécouvrir le meilleur de soi-même :

Autre référence : anebquebec.com

Photo de couverture : Pexels

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