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La biphobie

Je navigue sur Facebook, à la recherche de contenu pour me faire réfléchir en attendant mon avion. Mon vœu est exaucé : la lettre d’Amnistie internationale « Your comments about my sexuality are not O.K. » apparaît sur mon fil.

Ce cri revendicateur décrit certaines réalités liées à la biphobie et invite à soutenir la communauté LGBTQ2IA+. Je te vois déjà froncer les sourcils : « La biphobie? » Eh oui, la biphobie! Trop nombreuses sont les personnes qui croient que la biphobie n’est qu’une sous-catégorie de l’homophobie, qu’elle ne mérite pas un nom particulier, au même titre que l’homophobie et la transphobie. Trop croient que l’oppression envers les personnes bisexuelles est la même que celle que subissent les personnes homosexuelles.

La lettre d’Amnistie internationale met en lumière certaines distinctions. D’abord, les personnes bisexuelles sont victimes de jugements tant de la part de la communauté LGBTQ2IA+ que des personnes hétérosexuelles cisgenres – précisons que le mot « cisgenre » est accepté en anglais (Oxford English Dictionary, 2015), mais pas en français (Larousse, 2018).

En effet, il semblerait que l’étiquette « bisexuel.le » ne soit pas assez précise, puisque plusieurs soutiennent que « c’est une phase », que la personne est homosexuelle lorsqu’elle a des relations avec des personnes du même genre, puis hétérosexuelle lorsqu’elle a des relations avec des personnes d’un autre genre, qu’elle « expérimente ». On ajoute aussi pour les filles qu’elles « cherchent à attirer les garçons » en s’affirmant bisexuelles, alors que l’on conçoit très difficilement qu’un garçon puisse être attiré par plus d’un genre. Des commentaires comme « Ah, tu as un copain? Tu n’es plus lesbienne alors! » et « Mais là, c’est quoi, ton orientation sexuelle? Tu aimes les garçons, les filles, ou tu te questionnes? » ne sont que deux exemples de ce que j’ai pu entendre.

J’ai reçu plusieurs commentaires qui me laissent croire que trop de gens ne comprennent pas la bisexualité. Je n’aime déjà pas les étiquettes, mais si même les autres personnes qui sont englobées dans la grande catégorie des « minorités sexuelles » critiquent les personnes bisexuelles, c’est qu’on a du chemin à faire. Car oui, les commentaires mentionnés précédemment peuvent être lancés par des personnes hétérosexuelles, homosexuelles, transgenres, asexuées, etc. Alors, commençons par le début.

L’orientation bisexuelle décrit la caractéristique d’une personne qui est attirée physiquement, mentalement et/ou émotionnellement par des personnes de plus d’un genre, si l’on veut catégoriser. Les définitions des catégories varient : certains individus se fieront à celle que j’ai fournie, d’autres n’incluront pas l’attirance physique et/ou mentale. Si l’on voit, comme moi, l’orientation sexuelle et l’identité de genre comme un continuum, on peut saisir que chaque personne se situe quelque part entre hétérosexuelle, asexuée et homosexuelle.

Ainsi, l’orientation sexuelle n’est pas noire ou blanche; elle n’est pas qu’hétérosexualité ou homosexualité. Elle est aussi tout ce qu’il y a entre les deux, de même que ce qui n’y est pas.

Il faut alors comprendre que ce n’est pas la proportion de relations hétérosexuelles ou homosexuelles qui définit l’orientation sexuelle d’une personne, mais bien son attirance. Il est possible qu’une personne préfère les relations homosexuelles. Cela ne signifie pas qu’elle sera toujours avec des personnes du même genre ou qu’elle n’est pas bisexuelle. Cela signifie simplement qu’elle a une préférence. J’adore le sucre, mais il arrive que je n’en aie pas envie pendant un temps, me tournant plutôt vers le salé ou l’amer. Une personne n’est pas moins bisexuelle parce qu’elle n’a eu que des relations avec des personnes s’identifiant au même genre. Une personne bisexuelle peut même n’avoir jamais eu de relation sexuelle ou sentimentale avec des personnes appartenant à un genre spécifique. C’est l’attirance, et non les actions, qui définit l’orientation sexuelle.

Dans un autre ordre d’idées, les personnes bisexuelles entendent souvent des critiques quant à leur capacité de fidélité dans une relation, à leur attirance pour tout être humain et à leur manque de capacité de contrôler leurs envies sexuelles. Revenons à la définition de la bisexualité. La personne bisexuelle peut avoir une attirance pour des personnes de chaque genre. Peut. Cela signifie qu’il est possible qu’une fille, un garçon ou une personne non binaire l’attire. Cela ne signifie pas que cette personne a besoin de tous les genres pour être comblée dans une relation. Cela signifie qu’elle en apprécie plus d’un. J’ai la dent sucrée, mais j’aime aussi le salé. En outre, une personne bisexuelle n’est pas attirée par tout ce qui bouge, tout comme une personne homosexuelle n’est pas attirée par toutes les personnes du même genre qu’elle et qu’une personne hétérosexuelle n’est pas attirée par toutes les personnes d’un genre différent du sien. J’ai la dent sucrée, mais je n’aime pas le gâteau au fromage, ni le flan, ni la barbe à papa. De surcroît, les personnes bisexuelles n’ont pas plus de difficulté que les autres à contrôler leurs envies sexuelles. Ce n’est pas parce qu’il y a une plus grande variété dans le menu que l’on mange nécessairement plus.

Concernant la fameuse phase, les étiquettes collées, décollées et recollées par monsieur, madame, tout le monde, il serait important de comprendre la complexité de l’orientation sexuelle. Même en 2018 au Québec, s’identifier à une « minorité sexuelle » est plus difficile que faire partie de la norme. Ça demande notamment réflexion, introspection, analyse, écoute, ouverture, acceptation, identification, courage, intégrité, amour-propre. Ça ne se décide pas; ça s’apprend, ça se comprend, ça s’exprime. Et quand je dis « ça s’apprend », je veux dire que l’on apprend à s’aimer ainsi, à accepter cette distinction qui fait partie de soi. C’est souvent un processus et un cheminement bien complexes.

Ça me fait toujours rire d’entendre des personnes décider pour une autre de son orientation sexuelle. « C’est sûr qu’il est gai; t’as vu comment il parle? Et ses cheveux! » « Ça sert à rien de la cruiser; elle est lesbienne, elle s’habille en gars et a les cheveux courts. » « Ouais, il s’affiche enfin comme gai; il est en couple avec le même homme depuis 2 ans. » « C’était juste une phase, elle est hétérosexuelle; elle n’a couché qu’avec une fille. » Les premiers commentaires relèvent de préjugés basés sur des comportements associés à un genre spécifique, alors que l’identité de genre et l’orientation sexuelle ne sont pas nécessairement liées. Les derniers commentaires sont contredits par les faits expliqués précédemment au sujet des personnes bisexuelles. Seule la personne elle-même peut savoir avec certitude ce qui l’attire ou non.

Bref, la bisexualité n’est pas une phase, elle n’explique pas l’infidélité ou une attirance pour tout être humain, elle n’est pas une façon d’attirer l’attention ou une période d’incertitude. Elle ne peut être identifiée que par la personne elle-même et elle ne te donne pas le droit de donner ton opinion à son sujet.

Quoi faire alors? Que dire? Rien. Écoute. Attends. Si tu as des questions, demande-toi si tu les poserais à une personne hétérosexuelle. Si tu n’oserais pas demander à ton amie hétérosexuelle si elle utilise un strap-on avec son copain, ne le demande pas à ton amie homosexuelle. Si tu ne parlerais jamais de sodomie avec tes chums, ne demande pas à ton pote gai s’il est top ou bottom. Si tu crois dur comme fer à la fidélité dans un couple et tiens pour acquis que pas mal tout le monde pense comme toi, ne demande pas à ton amie bisexuelle si elle croit à la non-exclusivité. C’est simple : traite les personnes ayant une orientation sexuelle minoritaire comme tu le ferais avec n’importe qui. La stigmatisation des « minorités sexuelles » et l’attribution de certains comportements à des orientations sexuelles ou à des identités de genre, c’est désuet, c’est irrespectueux et c’est une insulte à ton intelligence.

J’espère que tu ne me trouves pas trop dictatrice – voire que « dictateur » n’existe pas au féminin en français! – avec mes conseils. Mon but est d’informer, d’illustrer une réalité et, oui, de recommander certaines approches qui bénéficieront à tout le monde.

Par Camille Péloquin

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