Menu

Se donner le droit de décrocher

C’était en 2016. Un novembre relativement froid et moche à Montréal.

Mais chaud, douillet et parfait en Arizona.

Cela faisait quelques heures qu’au volant de ma voiture de location, je zigzaguais ici et là sur des sentiers sinueux, situés au beau milieu d’un nulle part désertique à couper le souffle. Que je me surprenais à dire fort, seule derrière mon volant, des onomatopées (et p’tits sacres) pour témoigner de la beauté environnante.

Les minutes filaient rapidement, mais lentement aussi. Les rayons du soleil caressaient à travers les fenêtres mes cuisses mises à nu, prêtes à accueillir chaque rayon UV qui saurait leur conférer un teint un-ti peu moins laiteux.

Les vieux classiques moyennement glorieux de ma jeunesse émanaient des haut-parleurs. Christina Aguilera se décrivait comme un génie dans une bouteille, N*SYNC disait au revoir à je-ne-sais-trop-qui, les Spice Girls donnaient des conseils sur comment devenir leur petit ami.

J’étais bien. Seule, un petit point sur la carte du monde, dans ce coin de pays, loin de tous mes tracas de Montréal.

Puis, un petit son.

Mon cellulaire. Une notification qui apparaît sur l’écran. Un courriel. De mon patron.

Un courriel qui me demandait de poser une action concrète pour un projet. Une action qui, bien franchement, ne nécessitait pas de poser des gestes dans l’immédiat. Mais qui, selon ledit patron, méritait mon attention – et une réponse – maintenant. Alors que j’étais en vacances. Alors que je profitais d’un moment de répit, après tant de temps à me dévouer corps et âme pour mon emploi.

J’ai poussé un petit cri. Un petit cri d’exaspération.

Je me suis accotée sur le bord de la route, alors que je me trouvais au cœur de Zion, l’immensité se dévoilant autour de moi. Alors que la nature se montrait sous son plus beau jour, au point de faire contracter mes entrailles.

J’ai arrêté le moteur un instant. J’ai pris mon cellulaire. J’ai ouvert mes réglages, puis j’ai fermé mon réseau cellulaire et mes données d’itinérance.

Puis j’ai recommencé à respirer normalement.

Je n’allais pas me laisser distraire dans ma quiétude. Je n’allais pas laisser mon patron dicter mes moments de répit. Je n’allais pas m’en vouloir de ne pas répondre à un courriel. Je n’allais pas m’en vouloir de ne pas travailler 13h par jour. Je n’allais pas me maudire de penser à moi, de me laisser décrocher, de me laisser vivre, tout simplement. Je n’allais pas m’empêcher d’admirer ce que la nature nous a offert.

J’ai redémarré la voiture. Les Backstreet Boys ont commencé à me bercer les oreilles, en me racontant quelle était la forme de leur cœur.

J’ai continué mon chemin tantôt à travers le désert, tantôt à travers les montagnes, tantôt à travers les canyons.

J’ai continué mon chemin, et je me suis promis que j’allais toujours honorer mon besoin de répit. Je me suis donné le droit de décrocher lorsque j’en ai besoin. Et je me suis promis que jamais je ne devais me sentir mal de m’écouter.

Crédit photo : Geneviève Higgins-Desbiens

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de