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Se sentir petite

Je suis dans un événement semi-mondain montréalais.
Un lancement.
Un party de première ou de dernière.
Un 5@7 de réseautage.
Un vernissage.
Ça parle fort par-dessus la musique, trendy évidemment.
Partout autour de moi, juste du beau monde. Des gens confiants, exubérants, luminescents.
Des jeunes filles de 20 ans qui ont clairement plus de style que moi. Qui sont plus pluggées que moi. Rendues plus loin que moi. Plus grandes que moi. Des géantes. Je suis lilliputienne.
On dirait qu’un follow spot les suit en permanence.
Moi je cale mon verre de vin en coulisse.

Et je me sens petite.

***

J’ai choisi d’écrire. Beaucoup d’appelés, très peu d’élus. Ça, je l’sais.

Dernièrement, un moment de découragement. Mon chum me fait un p’tit pep talk. Il me parle de je ne sais plus quel humoriste ou comédien américain qui disait que le seul et unique conseil pour les artistes qui veulent réussir réside en ces mots : DON’T QUIT.
Y’a pas plusieurs solutions : DON’T QUIT STI.

Le lendemain, j’écris « DON’T QUIT » sur un post-it et je le colle sur la webcam de mon PC.

Un peu parce que j’ai vu Black Mirror pis que anyway, j’utilise pas ma webcam.

Beaucoup parce qu’il est à la hauteur des yeux, qu’il se mélange avec mon en-tête Word, que sa couleur jaune flash aide à ce que son message s’incruste dans ma tête. J’ai souvent envie de l’arracher, mais je me dis que dessous, il va y avoir des traces de colle. Que c’est mieux de le garder. Dans ma face. En permanence.

DON’T QUIT.
ÉCRIS.
CRISS.

J’ai l’impression d’être sur une liste d’attente.
On m’appellera peut-être. Je serai prête.
L’impression d’être dans le line up d’un club très sélect. Un long line up qui fait plusieurs coins de rue. C’est l’hiver, on gèle. On est plusieurs. On s’est tous chixé, mais on n’est pas sûr de pouvoir rentrer. Je grelote, plus d’impatience que de froid.
Je fais du surplace. Piétine avec ardeur, en me disant que bientôt je serai dedans.

Mais je me sens petite dans mon suit de neige métaphorique trop grand pour moi.

Je regarde mon Facebook. Les gens qui peuplent mon Facebook. Je me compare. On s’entoure de gens qui nous ressemblent, qu’ils disent. Des gens du même domaine, qui ont sensiblement les mêmes opinions, le même genre de parcours, le même genre d’aspirations. On reste dans notre bulle. C’est confortable et confrontant en même temps. Des carrières qui décollent. Des contrats décrochés. Des livres publiés. Des pièces jouées. Des artistes pluriels, brillants. Des gens qui écrivent comme des dieux, même s’ils ne veulent pas être auteurs pantoute. Des gens qui peuvent tout faire, qui ont le mot « polyvalence » étampé dans l’front.

Moi j’écris. Je ne sais rien faire d’autre.
DON’T QUIT.
La jalousie, c’est laid. Je ne veux pas envier. Je ne veux pas être ça. Ma place est là. Je peux la prendre. Mais je me sens petite. Mes mini-bras ne se rendent pas.
DON’T QUIT OSTI.
Des larmes coulent sur mon clavier.
DON’T QUIT TABARNAK.
Je ne m’en suis pas rendu compte. Mes doigts glissent un peu.

Et je me sens petite.

Petite à la porte d’une élite.
Une élite dorée dans un grand dôme de verre.
Les paroles de Jean Leloup résonnent en boucle dans ma tête.

« Nous allions vers le dôme et là où nous allions
ne se trouvent que les gens qui ont tout espéré.
Le dôme est immense au cœur de la forêt
et on dit qu’il éclaire à des milles à la ronde »

À l’intérieur, ça a l’air agréable, tempéré, feutré.
Les gens rient.
Je cogne et recogne. Doucement, mais en continu.
Ça fait un bruit sourd, que je suis la seule à entendre.
Parfois, la porte du dôme s’entrouvre légèrement.
Une draft de bonheur qui me monte à la tête.
Je prends une sniff et j’attends mon tour. J’attends mon cue.

Un jour je ne serai plus petite.
Mon post-it me fixe…

DONT’ QUIT.

 

Source photo couverture

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