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MES HISTOIRES MALAISIENNES : Les îles Perhentian

Il y a déjà deux mois, je décidais de partir en voyage sur un coup de tête, comme se prennent de toute façon chacune de mes grandes décisions : sous l’impulsion d’un désir ardent. Un mois plus tard, j’avançais dans le ciel à une vitesse fulgurante, défiant les forces de la nature. À travers le hublot, mes petits yeux émerveillés plongeaient leur regard enchanté vers la grandeur vertigineuse des territoires qui changeaient d’appellations plus vite que la durée confuse de mes siestes. Je fusais vers la Malaisie et Singapour, à la découverte de l’Asie pour la première fois.

malaisie

Vingt heures de vol plus tard, après deux jours de voyagement, le visage décapité mais tellement excité, j’atterris à Singapour. À peine descendue de l’avion que l’humidité suffocante de l’air ambiant se mettait déjà à fabriquer de petites perles lustrées sur mon front, un ornement coquet qui ne me quitta plus du voyage. En ce qui concerne la chaleur tropicale de l’endroit, je dirais qu’on s’habitue, et qu’on finit par en maigrir gouttelette par gouttelette, ce qui me semble surprenant compte tenu de la quantité phénoménale de nourriture ingurgitée par jour. OK, je suis une gourmande, certes, mais vous auriez tous fait pareil puisque la cuisine traditionnelle malaisienne est un vrai délice, des saveurs de l’ordre du divin que je vous dis. Le secret de cette excellence culinaire réside dans la riche variété des plats, qui depuis des centaines d’années sont façonnés par les nombreuses cultures et groupes ethniques qui se fusionnent et cohabitent dans la paix en Malaisie; tels que les arabes (la Malaisie étant un pays musulman et très ouvert d’esprit), les Indiens, les Chinois, les Thaïlandais, les Indonésiens, les aborigènes Orang Asli, et j’en passe. Les possibilités gastronomiques malaisiennes sont aussi vastes que la grandeur de leur cœur, c’est-à-dire véritablement immense. Pour vous, voyageurs qui souhaitent goûter l’expérience culinaire unique de la Malaisie, je vous présente brièvement ici-bas les mets et aliments qui m’ont particulièrement plu durant mon séjour:

Nasi Lemak (déjeuner classique malais) : riz à la noix de coco, anchois séchés, rondelles de concombres, piments, cacahouètes rôtis et œufs, souvent accompagnés d’une cuisse de poulet, le tout servi dans une feuille de bananier.

Roti Canai : crêpe feuilletée et plate cuisinée à la main accompagnée d’une sauce au curry.

Mee Goreng Mamak : nouilles jaunes sautées dans l’huile et l’ail, agrémentées d’un choix de viande (poulet, crevettes, bœuf, porc), de piment, d’œufs, de chou et divers autres légumes.

Durian : gros fruit épineux et à l’odeur répugnante (tellement puant qu’il est interdit dans les transports en commun) mais ô combien savoureux !!!

Poulet Tandoori (le meilleur du monde se trouve au Pak Putra Tandoori & Naan restaurant, à Malacca) : poulet coupé en morceaux et mariné dans un mélange rouge-orangé d’épices; curry, gingembre, cumin, piment de Cayenne.

Grâce à sa mosaïque kaléidoscopique étonnante de paysages naturels, de fleurs, d’insectes chatoyants, de saveurs épicées, de langues et de temples religieux majestueux, la Malaisie cosmopolite n’a cessé de m’emplir de surprises et de gratitude, les choses à voir y sont innombrables.

Mais pour commencer, laissez-moi vous immerger au cœur d’un des endroits les plus exceptionnels de la Malaisie péninsulaire : Les îles Perhentian.

plage

Le périple des îles Perhentian s’est initié tumultueusement par la traversée des flots déferlants qui faussaient le chemin tracé et embrumaient le ciel avec autant d’agitation, comme si les nuages malléables se miraient dans la mer tout en reproduisant, par réflexion et soucis de symétrie, son comportement déchaîné. À bord d’un petit bateau privé jaune, le capitaine Snorkel et son acolyte taquin nous emmenaient tels des fanfarons, inexpérimentés mais confiants, le rire attaché à l’hameçon de leur témérité, jusqu’à notre île déserte. Ce n’était pas pour rien qu’il naviguait avec son masque de plongé, ni pour rien qu’on le surnommait Snorkel. La mer méridionale de Chine nous crachait l’eau qui débordait de sa ligne d’horizon, on s’en sortit ruisselantes et à bout de souffle, mais on était heureuses de figurer enfin dans un tableau aussi excitant et périlleux. Parce que nous vivons d’aventure et d’eau salée. Ce fut notre première baignade.

La deuxième baignade, on l’avait prévu. Ces îles sont l’endroit tout indiqué pour faire de la plongée, et j’ai rapidement compris pourquoi. La vie marine est un des joyaux de la Malaisie, les coraux sont gigantesques et leur couleurs vives invraisemblables. Il n’y a pas de sentiments égalant celui de nager telle une sirène entre les coraux, enveloppée par des bancs de poissons aux motifs maya qui filent paisiblement dans les eaux claires et turquoises, espionnant de près les tortues de mer qui clignent des paupières comme une invitation à les suivre dans les fascinantes abysses. Je réussis à les côtoyer pendant quelques instants de bonheur fébrile et à les frôler amicalement, mais ce moment fut fugace et je perdis finalement leur trace merveilleuse, n’ayant pas l’agilité adaptée de ces créatures marines. Dommage que je ne sois pas une vraie sirène.

Mais les créatures n’avaient pas terminé de me surprendre. Les îles Perhentian, formées de deux îles; Besar (grande) et Kecil (petite), situées au nord-est de la péninsule malaise, regorgent d’une jungle foisonnante et dense dans laquelle une variété impressionnante de bêtes et de bestioles s’y amusent, s’y baladent, s’y suspendent sur les lianes en orbite des arbres et s’y pirouettent retraçant des courbes elliptiques étourdissantes. Nous abordions tout juste la randonnée en forêt menant à une nouvelle plage, une thébaïde de l’éden, tandis que des singes sauvages nous guettaient, une impression troublante de regards démoniaques virés en notre direction s’accentuait. Nous avancions aveuglement, faisant fi du danger imminent, dans la tentative désespérée de s’éloigner des auras maléfiques. En réalité, ce n’étaient que de petits carotteurs mesquins qui chérissaient l’idée de nous dépouiller de notre nourriture transportée, j’adore les singes de Malaisie.

Mais ce qui n’a pas été dit, c’est qu’après une heure et demie de marche, nous étions complètement perdues au fin fond de la jungle, les bouteilles d’eau vidées et les collations épuisées. Le trajet indiqué sur le GPS de mon cellulaire (sur l’application maps.me : un véritable indispensable en voyage pour éviter les détresses, la plupart du temps) n’existait pas, ou avait jadis existé mais était dorénavant englouti sous les masses de racines coriaces et les pousses qui se multipliaient exponentiellement, ce qui rendait la tâche de déceler la voie complètement impossible. Pendant trois heures, nous avons tourné en rond, arpenté des roches dangereusement glissantes qui cachaient derrière elles de sombres précipices, plié nos membres intrépides d’une façon nouvelle pour parvenir à se faufiler entre les fouillis de lianes qui devenaient envahissantes, rencontré par une surprise effarante la trajectoire d’une famille de varans étonnés (énormes lézards, je dirais même dragons-reptiles) qui se demandaient ce qu’on pouvait bien fabriquer là, pour finalement crié à l’aide et même envisager d’appeler les secours, situation tout à fait navrante que je me plais aujourd’hui à raconter d’un élan débordant d’enthousiasme. Animées d’une force instinctive de conservation, notre détermination à nous retrouver redoublait d’ardeur à un tel point où nous en oubliions nos maux superficiels, et c’est de cette manière que quelques heures plus tard nous regagnions le chemin du retour et, une fois sorties du bois, nous constatâmes les plaies ouvertes et sanguinolentes sur nos bras et nos jambes, probablement causées par les plantes épineuses et toutes autres branches à pointes tranchantes.

Quoi qu’il en soit, malgré mes tendances aventureuses, ces îles bordées de sable blanc, d’imposants palmiers protecteurs et de plages désertiques où se balance l’effleurement limpide d’une eau magiquement bleue m’ont soulevée aussi loin que le seuil du portail de la relaxation complète, transportée par la somnolence des vagues et la douceur du vent salé.

Posée dans mon hamac ballotant et plongée dans une lecture captivante, je prends une pause nécessaire pour regarder la beauté féérique autour de moi et constater à quel point je suis reconnaissante d’avoir cette liberté de voyager en des endroits aussi irréels. Je me dis que je m’ennuie déjà d’ici, et que j’ai déjà hâte de revenir enfiler mes pieds dansants dans le sable chaud, au cœur de mon paradis malaisien.

À une autre fois peut-être, mes chères îles Perhentian. Je ne garde que de bons souvenirs enflammés et de beaux sourires enivrants. Je dois vous quitter pour aller retrouver mon copain, car de lui aussi je me suis ennuyée. Un tout-petit-peu. Ou plus que ça.

Charlotte Gagnon

P.-S. Pour toutes questions concernant le magnifique pays, ou toutes idées folles refoulées, écrivez-moi sans gêne, je serai heureuse et curieuse d’en discuter avec chacun de vous.

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