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Les Carrés jaunes : face à l’oppression

Dans cet article, je vous parle du mouvement des Carrés jaunes. Je profite de la rentrée scolaire pour aborder le sujet parce que je sais que la lutte n’est pas terminée et j’attends avec impatience qu’on s’y remette. J’en parle parce que je trouve que c’est un mouvement trop souvent jugé durement, réduit à quelque chose de superficiel. Pourtant, il n’a rien de superficiel. À mes yeux, il englobe tellement de choses. Il est au centre même de plusieurs problèmes de notre société actuelle, il me semble faire partie intégrante de la lutte féministe.

D’abord, voici les objectifs recentrés du mouvement abordés dans une publication faite sur la page Facebook « Les Carrés Jaunes » :

  • Adapter le code vestimentaire de façon à ce qu’il soit appliqué de la même façon pour les garçons, les filles et toutes personnes s’identifiant comme tels.
  • Lutter contre la culture du viol et l’hypersexualisation.
  • Instaurer des cours d’éducation sexuelle dans les écoles secondaires.

L’hypersexualisation

Voilà un sujet visé par les Carrés jaunes sur lequel je nous trouve parfois incohérents. On parle d’hypersexualisation sociale, de sexualisation précoce, de banalisation sexuelle, de surenchère sexuelle, etc. Une des définitions qui me semble plutôt juste est : « L’hypersexualisation consiste à donner un caractère sexuel à un comportement ou à un produit qui n’en a pas en soi. […] Elle se caractérise par un usage excessif de stratégies axées sur le corps dans le but de séduire et apparaît comme un modèle de sexualité réducteur, diffusé par les industries à travers les médias, qui s’inspire des stéréotypes véhiculés par la pornographie : homme dominateur, femme-objet séductrice et soumise. » (Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs, 2011). Au bout du compte, on accuse souvent les médias, entre autres les vidéoclips de certains(es) chanteurs(euses) populaires, pour l’hypersexualisation de la société dans laquelle on vit.

J’ai envie de dire : « Et que fait-on lorsqu’on dit à des jeunes filles de 7 ans ou à des adolescentes de 15 ans qu’elles ne peuvent pas aller à l’école les épaules découvertes ou quand on leur dit qu’elles ne peuvent pas aller à l’école en short si celui-ci ne couvre pas au moins la moitié de leurs cuisses? » Est-ce qu’on ne participe pas alors nous-mêmes à l’hypersexualisation du corps des femmes et des jeunes filles? Moi-même, en dehors des milieux scolaires, lorsque je vois une fille de 10 ans porter un t-shirt découvrant le ventre, ma première réaction est de trouver ça exagéré. Puis, je me dis que je suis en train de sexualiser le corps d’une pré-adolescente, d’une enfant. Je voudrais qu’elle se cache parce que, moi, j’ai décidé que de se découvrir le ventre c’était sexuel, j’ai décidé que son ventre de jeune fille me dérangeait. Qui suis-je pour décider de cela? Qui suis-je pour dire à cette jeune fille qui va probablement bientôt, en pleine adolescence, commencer à ne plus aimer son corps? Que son corps actuel se doit d’être caché en société, que son corps dérange? Je ne suis personne. Je crois que ce genre de première pensée se doit d’être réévaluée. On n’est pas obligé de réagir en fonction de ce qu’on est conditionné à penser.

Certains commentaires laissés sur les réseaux sociaux se rattachant au mouvement des Carrés jaunes me font réaliser à quel point on a encore plus besoin de ce mouvement que je ne le croyais. Quand je vois des parents dire que leurs filles porteront un soutien-gorge à l’école jusqu’à leurs 18 ans et qu’ils sont convaincus qu’elles continueront de le faire par la suite par respect pour les autres, ça me retourne le cœur. Je dois me cacher, vivre dans l’inconfort, renoncer à mes propres désirs, qui soit dit en passant ne risquent pas de nuire à l’existence de qui que ce soit PAR RESPECT POUR LES AUTRES? On veut vraiment enseigner ça aux femmes de demain, qu’elles doivent cacher leur corps par respect pour les autres, parce que leur corps appartient à la catégorie des choses qui doivent être cachées, parce que leur corps dérange?

Culture du viol

On veut vraiment participer ainsi à la culture du viol (banaliser le viol, excuser l’agresseur, justifier le viol en accusant la victime)? En exigeant que nos filles se cachent en public, dans leur lieu d’étude, ne justifions-nous pas le fait que le non-respect de ces exigences puisse provoquer chez les autres des comportements désobligeants? N’enseignons-nous pas à nos garçons que les filles se doivent de respecter certaines règles vestimentaires pour être présentables, convenantes, pour mériter le respect, le droit à l’éducation? Ne revenons-nous pas des décennies en arrière alors que l’éducation était principalement réservée aux hommes en remettant en doute le droit des jeunes filles à l’éducation cette fois selon leur manière de se vêtir?

On ne devrait pas enseigner à nos filles que leur corps doit être caché, on devrait plutôt enseigner aux filles et aux garçons que leur corps n’est pas un objet sexuel. On est victime de ce qu’on véhicule, des pensées ancrées en nous. Au lieu de les déconstruire, on les laisse perdurer, nous nuire encore. Je ne veux pas que, comme moi, les prochaines générations de jeunes filles courent les boutiques pour se trouver des robes, des shorts, des camisoles «pour l’école», qu’elles aient peur qu’on leur refuse le droit de passer un examen si elles ne se changent pas en période de canicule.

Finalement, on pourrait croire à un caprice d’adolescentes. On pourrait dire que des adolescentes, pour plusieurs privilégiées, se devraient de profiter de la chance qu’elles ont au lieu de se plaindre. Mais ce serait tellement réducteur, triste! C’est de se mettre des œillères que de penser qu’au Québec l’égalité homme-femme est atteinte. Il reste du chemin à faire et où pourrait-on mieux continuer ce progrès que là où tout commence, là où l’esprit s’éveille? Il me semble que s’il y a un milieu qui devrait refuser ces injustices, c’est bien le milieu de l’éducation.

 

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