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Le catcalling, c’est quoi?

« Eille, fais-moi donc un beau sourire ! »
« Méchant beau décolleté »
« Hey beauté ! »
« T’es chaude »
« Viens t’asseoir sur moi »

Ces commentaires salaces sont malheureusement très courants et ils représentent pour bien des gens des sortes de compliments qui seraient supposés flatter et amuser les femmes qui les reçoivent… Vraiment? Personnellement, j’y vois plutôt un désir d’affirmation de son propre pouvoir d’appropriation sur le corps d’autrui. En l’occurrence ici, le corps des femmes.

Mais qu’est-ce que le Catcalling?

Bonne question.
Le catcalling est un phénomène particulier de harcèlement de rue qui touche majoritairement — pour éviter de tomber dans l’absolu déterminisme — les femmes. Il s’agit de comportements et de commentaires adressés à un individu, au sein de l’espace public et semi-public, qui visent à interpeller verbalement et/ou physiquement cette personne, en lui envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Tels que les sifflements, les regards lubriques, les gestes vulgaires, les compliments non désirés ou non souhaités, puis se faire suivre par un/des inconnu.s, se faire bloquer le chemin, se faire toucher, se faire prendre une fesse ou un sein par « inadvertance » ou de manière complètement assumée.

Bien entendu, le harcèlement de rue ne touche pas uniquement les individus s’identifiant au genre féminin et certains individus s’identifiant au genre masculin peuvent aussi être victimes de harcèlements de rue… Mais ce type de harcèlement touche systématiquement les femmes. En d’autres mots, il s’agit d’un problème qui touche le groupe des femmes dans sa totalité et dans sa généralité soit, que toutes les femmes, à un moment ou un autre au cours de leur vie, vont être victimes de harcèlement de rue.

Je suis certaine que vous pouvez vous remémorer un moment ou vous avez été victime ou témoin.te de harcèlement de rue.

Ce n’est pas déjà problématique en soi que d’affirmer que le harcèlement de rue est un problème qui sévit sur plus de la moitié de la population?

« Oui, mais ce ne sont que des compliments, c’est rendu qu’on peut pu rien vous dire à vous! »

Oui, mais non. Juste non. Non.
On va s’entendre sur un point ici, le catcalling n’a jamais été et ne sera jamais une forme de séduction socialement acceptable. C’est sans doute là que réside le nœud du problème, faire comprendre à ceux qui émettent ce type de commentaires et/ou gestes que ce ne sont pas que des mots/gestes anodins, mais qu’il se cache derrière chacun de ces mots et chacun de ces gestes la flagrante démonstration d’un rapport de force au sein de la société. Ce ne sont pas des compliments, il n’y a rien de drôle ou d’amusant dans ce type de comportement et ce n’est en rien un jeu de séduction. D’ailleurs, si c’était de la séduction notre visible désintérêt serait rapidement compris et irait mettre un terme à l’interaction en court.

C’est dans la répétition et la violence de ces interactions unidirectionnelles que se crée un environnement hostile pour les femmes, et ce, quant à leur sécurité, leur dignité et leur liberté en tant qu’individu. Pourquoi devrions-nous être craintives lorsque nous nous promenons seules la nuit? Pourquoi en venons-nous à analyser chaque individu qui croise notre chemin pour tenter de déceler s’il s’agit d’un potentiel danger? Pourquoi nous est-il déjà toutes arrivé de penser à une manière de nous défendre au moment où l’on croisait la route d’un groupe d’hommes? Pourquoi en arrivons-nous à éviter de croiser le regard d’inconnus? Nous marchons avec nos clés dans les mains, nous évitons certaines rues, nous évitons de nous habiller comme nous en avons envie, nous changeons de trottoir, de démarche.

Pour nous protéger.
C’est dû à de tels comportements que la majorité des femmes se promènent des écouteurs aux oreilles sans nécessairement écouter de musique, ne serait-ce que pour faire semblant de ne pas vous entendre et d’éviter le danger que pourrait apporter une confrontation. Parce que parfois ça dégénère et ça se transforme en quelque chose d’horrible.

Une objectification du corps des femmes?

La violence, qu’elle soit verbale ou physique, n’est qu’un moyen parmi tant d’autres de soumettre un groupe d’individus au silence, de réfuter leur crédibilité et d’imposer son contrôle sur l’existence des membres de ce groupe. Le catcalling et les abus physiques sont des formes de prise de possession du corps des femmes dans l’espace public puisque les hommes qui interpellent les femmes dans la rue ne font que signifier haut et fort qu’ils ont un droit sur le corps des femmes. Un droit de poser un commentaire, de toucher… ils croient tellement avoir un droit acquis sur le corps des femmes qu’ils vont régulièrement aller jusqu’à les insulter si elles ne se montrent pas flattées par cette attention non sollicitée.

Sauf que le corps des femmes n’est pas mis à la disposition des hommes pour leur admiration. Nous ne sortons pas dans l’espace public pour que notre corps soit scruté, observé, pointé, touché, et dénigré.

Il n’y a aucune raison valable pour exclure qui que ce soit de la décente base des droits humains et il n’y a aucune raison valable pour faire du harcèlement de rue.

Le respect n’a jamais été et ne sera jamais un concept genré.
Le respect est un concept humain.

© photo de couverture : Émilie Helik-Deschênes

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