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Vouloir être partout, tout le temps

Quand j’étais petite et que j’apprenais que mes amies étaient allées jouer au parc sans moi, je devenais verte de jalousie. J’avais l’impression qu’elles en avaient profité pour parler dans mon dos, alors qu’elles ne faisaient fort probablement que boire de la Slush Puppie bleue en tournant trop vite dans le tourniquet, ou en se scratchant les genoux dans la glissoire en métal.

Tsé, des enfants!

Quand j’étais ado et que mes amis allaient à un party où je ne pouvais pas aller, je braillais, criais parfois, m’enfermais dans ma chambre et maudissais ma destinée. J’étais certaine que mon crush du moment allait frencher toutes les autres filles, que les gens allaient réaliser que j’étais pas cool pantoute finalement, que j’allais perdre ma gang, que j’allais devoir changer de table à la cafétéria, que ma vie telle que je la connaissais était finie.

Tsé, des ados!

Finalement, y’en a eu en masse des partys d’ados où boire tout croche était de mise et je suis pas mal sûre que mon corps de 32 ans me remercie de ne pas être allée à plus.

Mais même adulte, cette manie m’a suivie (les crises en moins) :

JE VEUX ÊTRE PARTOUT, TOUT LE TEMPS!
J’ai toujours peur de manquer un événement, un rassemblement, une occasion.
Peur de faire le mauvais choix.
Peur de manquer du rire, du fun, des insides jokes en pleine confection!
Peur de décevoir quelqu’un par mon absence.
Peur que les gens m’oublient.

Bon, c’est pas si conscient que ça, mais c’est là pareil, latent, comme une idée floue derrière la tête qui part pas.

Des fois, je suis tellement incapable de choisir entre deux plans, deux options, que je fige. Je perds tellement de temps à me questionner, à angoisser et à décider que, le moment venu, il est trop tard. J’ai manqué mon bus, la pièce/le show/le film est déjà commencé, le souper est fini.

J’ai hésité, j’ai tout manqué.

D’autres fois, je me sens un peu Wonder Woman pis je décide de tout faire. C’est rarement une bonne idée. Je passe ma soirée à rusher, à pédaler ma vie ou à courir dans les marches du métro, à arborer une petite moustache de sueur parce qu’il fait chaud pis que je me suis trop dépêchée, à m’excuser d’être en retard et, au final, à plus ou moins apprécier les différents instants passés.

L’affaire, c’est que plus je vieillis, plus je perds de ma vitalité (allô, j’ai 91 ans). J’ai de plus en plus envie de rester chez nous, de prendre ça relax, de me faire des batchs de bouffe, de regarder Netflix, de travailler mes trucs, tranquille. Pis ça, c’est vraiment parfait quand j’ai pas d’autres plans, quand c’est l’hiver et que tout le monde reste chez soi parce qu’il fait moche dehors, mais quand je sais qu’il y a un autre événement auquel je pourrais assister, ben je culpabilise. Big time.

Y’a toujours une amie que je vois pas assez souvent.
Y’a toujours une occasion unique qui ne reviendra pas de sitôt.
Y’a toujours un engagement, pris il y a longtemps, que j’avais oublié, mais que je dois honorer, maintenant que je m’en souviens.
Y’a toujours un événement de réseautage-que-je-me-dis-que-ce-serait-mieux-que-j’y-aille-parce-qu’on-sait-pas-peut-être-que-quelqu’un-va-me-parler-de-quelqu’un-d’autre-ou-de-quelque-chose-qui-va-me-mener-à-un-possible-éventuel-contrat.
Mais souvent, ce qui se passe, c’est que je bois trop de vin cheap gratuit et que je repars en titubant sans nouveau contrat, mais avec un p’tit mal de cœur.

Vouloir être partout, mais pas avoir l’énergie de tout faire. First world problem, vous me direz? Ben… vous avez raison! Au final, je suis juste ben occupée et entourée! So what si j’hésite un peu, prends du temps à faire un choix ou si je suis légèrement à la course.

La terre n’arrêtera pas de tourner.
Les gens ne vont pas arrêter de m’aimer si je reste chez nous de temps en temps.

Des jokes vont être racontées.
Des Slush Puppie bleues vont être bues.
Des genoux vont être scratchés.
De beaux moments vont être créés.
Je ne peux pas toujours y assister.
Je n’ai pas le don d’ubiquité.

(Mais j’aimerais ça en simonac!)

Source photo couverture

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