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Ces commentaires sur ton poids…

Connais-tu Mickaël Bergeron? Moi non plus, je ne le connaissais pas, jusqu’à ce que je vois passer l’un de ses statuts Facebook sur mon fil d’actualités. Pour alimenter un projet de livre, il a demandé à ses ami-es gros-ses de partager avec lui des situations ou des commentaires qu’elles et ils ont eu à gérer à cause de leurs poids. En quelques heures, il a reçu des centaines de commentaires. Je les ai tous lus. Ça va du classique :

– OH MY GOD, t’es enceinte!!!
– Euh, non, j’suis juste grosse.

à l’histoire d’une femme qui a fait le deuil de sa collègue de travail, morte d’un cancer généralisé. Son médecin traitant affirmait que la masse qu’elle avait devait être une boule de graisse.

(Juste là-dessus, je me permets d’ouvrir une parenthèse : combien d’années d’études ça prend avant d’avoir le privilège de porter le titre de médecin? Genre une vingtaine? Parce que quand je remets ma vie et ma santé entre les mains d’une personne qui a fait 20-25 ans d’études, je m’attends à obtenir une réponse plus étayée scientifiquement que « ça doit être » une boule de graisse. Mais t’sais, c’est peut-être juste moi qui est trop exigeante. Sûrement que ce médecin-là pratique encore et qu’il tue encore des patientes cancéreuses qui ont le malheur d’être trop grosses. Mais bon, c’est un autre débat. Fin de la parenthèse.)

Les événements racontés avaient un point en commun : ils étaient tous banalement violents. Au début, tu reçois ça, tu te dis que c’est pas si pire, que tu peux gérer. Mais ça te rentre dans la tête, ça veut plus en sortir et ça te convainc que ton poids est dérangeant pour le reste du monde moderne.

Ton père qui te pogne la peau des côtes pendant que tu manges un sundae. « Fais attention! C’est là que ça va se ramasser si t’en manges trop! »

Ton grand-père qui, alors que tu as perdu du poids, te regarde en disant : « Eh que je t’aime. Je t’aimais avant, mais je t’aime encore plus maintenant. »

Ton regard de chevreuil en détresse et ta p’tite envie de pleurer quand tu vas rejoindre ton amie pour dîner et que tu constates que tu ne réussiras pas à faire entrer ton corps dans l’espace entre la table et la chaise.

La conversation que tu surprends à propos de ton amie : « Quand on regarde son alimentation, on comprend son poids! » (Parce que c’est bien connu, les gens minces mangent du kale; les gros mangent des poutines extra sauce.)

La fois où tu as été volontaire pour accueillir la nouvelle cohorte étudiante et que tu es allée voir la responsable pour lui rendre le t-shirt médium pour femme qu’elle t’a envoyé spontanément. Tu es repartie de là avec un t-shirt XL pour homme.

La fois où ta mère t’a dit, pour essayer de te remonter le moral : « Toi t’es pas large, t’es épaisse. »

On pourrait croire que les « non gros-ses » ont le privilège de vivre en paix… mais non.

La fois où tu as raconté sur Facebook que tu revenais d’un rendez-vous avec ta nouvelle nutritionniste pour essayer de prendre du poids. Tu as tout le temps froid, tu es toujours fatiguée, tu manques d’énergie et tu as envie d’améliorer ta qualité de vie, mais on te reproche d’être un peu conne, parce que franchement, qui a envie de prendre du poids?!

La fois où on t’a dit que personne n’aime ça, les paquets d’os. Si t’as envie de te faire un chum, va falloir te remplumer un peu.

Ce que je comprends de tout ça, c’est que le 21e siècle n’est pas très flexible sur l’image corporelle. On se fiche bien de ta taille, de ta masse musculaire, de ton équilibre ou de si tu te sens bien ou pas.

Aujourd’hui, j’ai envie de dire : fuck off. Tu es parfait-e. Pis à partir de maintenant, les commentaires sur le poids, c’est non. Juste… non.

Crédit photo : Jennifer Burk, Unsplash

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