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Nous deux, c’est terminé

On se connaît depuis déjà 13 ans. 13 ans, t’imagines? C’est peu pour ceux qui s’aiment vraiment. C’est énorme pour une fille qui aime comme moi.

« Attache-toi pas. » ont été tes derniers mots à la fin de notre première soirée. De par tes gestes, même sans mauvaise volonté, t’auras tenu parole toutes ces années. T’en es conscient ou t’as oublié comment?

Je t’ai cru, toi et ton air détaché. T’allais pas tomber.

« On prend not’ temps, ok? »

« C’est mieux comme ça. », auront été les seuls mots qui sont sortis de ma bouche. Si tu savais comment ils n’étaient pas assumés. Ce fut le pire mensonge que j’aurai prononcé.

Pour ma part, on m’a souvent rappelé la règle du « On ». On ne s’attache pas…

Je m’en souviens comme si c’était hier. Difficile d’oublier quand il ne passe pas une semaine sans que je me le sois rappelé. C’est fou comme je t’ai aimé. L’as-tu vu? L’as-tu moindrement perçu?

Dès les premiers instants, j’aurai tout donné. Comment aurais-je pu faire autrement? Donner tout mon moi, même lors de toutes ces fois où je me suis retenue. Retenue pour ne pas te faire peur, sans rien attendre en retour. Retenue pour ne pas que tu t’enfuies. Retenue bien malgré moi pour te retenir toi. Je t’aurais laissé aller seulement si tu me l’avais demandé, pour ne pas que tu te sentes attaché. Pour ne pas t’affoler. Si tu m’y avais obligée.

Et ça se termine comme ça? J’aurais jamais cru.

J’ai le sentiment que c’est maintenant. Que c’est la fin. Que c’est trop tard…

Ça nous a frappés de plein fouet et je suis inconsciemment la seule qui a mal. Du moins je crois bien…

Tu te souviens de ce moment? Du jour 1? C’était y a 13 ans. Oui je sais, j’aime bien les compter, ces années.

« Ce gars t’offre un verre. », m’a-t-il dit en te pointant.

Tu m’as saluée de la tête comme on salue quelqu’un que l’on croit connaître mais qu’on ne replace pas. Je t’ai remercié froidement du bout des lèvres, le cœur rempli de chaleur. Ça marche bien, ta façon d’aborder une inconnue? Combien ont flanché avant moi? Pour ma part, c’est une technique ratée à tout coup. À tout coup jusqu’ici. Toi qui es de l’autre côté du bar, tu entends mon cœur battre jusque-là, jusqu’à toi? Reste-là. Ne viens pas. Je t’en prie. Je sens que je vais pas résister.

Ce soir-là, je t’ai compris sans t’entendre. Tu m’as prise sans m’étendre.

J’étais foutue sans que ton toucher n’ait opéré.

J’allais pas m’attacher. On fait comment pour ça déjà?

J’ai menti mais j’ai joué. Joué un jeu avec des règles que t’as toi-même inventées. J’ai joué à apprendre à te connaître. J’ai joué à attendre toutes ces soirées que tu me textes. J’ai joué jusqu’à tout miser.

Et au final, t’auras gagné. Gagné mon cœur, gagné mon âme. Et puis moi?

T’auras été présent dans tes absences. C’est ce qui arrive quand on s’implique dans tout mais jamais complètement dans rien.

Combien de fois t’ai-je répété « T’es ici avec moi mais t’es pas tout à fait là! »?

Alors voilà, on y est. Ici, maintenant.

Tu ne m’entends pas, mais je suis encore là à l’intérieur de moi. J’en suis à te raconter tout ça, sans bruit aucun.

Ici où l’on se quitte lentement. Toi que j’entends me parler mais que je n’écoute pas, que je n’écoute plus. Pourquoi me demandes-tu de rester alors que t’as tout fait pour que je parte? Face à face, je t’ai si souvent donné mon attention alors que tu étais ailleurs. Je ne t’aurais jamais abandonné, toi, le détaché.

Laisse-moi partir maintenant. Il est trop tard. Cesse de crier, j’ai déjà suffisamment mal. Mal de chagrin, mal de douleurs, mal à mon âme, mal à mon corps tout entier.

Fallait m’aimer au bon moment. T’as jamais su comment. Je t’en veux pas, j’entends déjà tout ce que je devais en ce moment pour régler ça avec tes mots et ton regard inondé.

On se connaît déjà depuis un bon moment. Ce sera beaucoup plus pour toi avec le temps. Ce fut peu pour toi qui te rends enfin compte que tu m’aimes vraiment.

Vais-je te manquer? J’crois bien, à te regarder.

Ce soir, pendant que mon corps se meurt, tu perds mon âme. Cette âme qui t’appartenait plus qu’à moi-même.

Te pardonneras-tu un jour, dans un excès de rage, d’avoir brûlé ce feu? De ne pas t’être arrêté à temps? T’as la colère facile, mais, cette fois-ci, ce ne sera pas moi qui te pardonnerai. Ça devra passer par toi. T’as pas réussi à t’abandonner pendant toutes ces années alors que moi j’étais là à me questionner. Ce sera LA fois fatale où c’est arrivé parmi des dizaines de fois. T’avais promis que ça n’arriverait plus. Tu te souviens?

Tu ne t’es pas arrêté. Tu t’entends présentement me crier que tu m’aimes? Trop fort, trop tard.

Tu ne t’es pas arrêté. Ces mots que sont « Je t’aime » que tu prononces sans arrêt entre deux souffles de tristesse alors que je suis là dans tes bras à bientôt te rendre mon dernier.

Tu ne t’es pas arrêté. Ce cri que j’aurais aimé entendre avant, de la même force, mais la force-tendresse pas la force-tristesse.

Tu ne t’es pas arrêté. TU NE T’ES PAS SOUCIÉ!!! T’as voulu m’apeurer? J’t’ai fait quoi? Il est maintenant trop tard pour t’attacher. T’es de ceux qui tirent lorsque l’autre fuit. J’entends encore tes paroles me déchirer le cœur alors qu’on se faisait percuter.

Tu voulais démontrer quoi avec ce geste? Avec tous ces mots?

T’avais qu’à être là au bon moment, à prendre soin de moi. Je suis restée même sans tout ça.

J’étais déjà accrochée aux premiers mots que ce barman aura prononcés. Dès le premier regard que tu m’as lancé. Pour tout ce temps passé ensemble, il aura fallu cette collision pour y mettre fin. C’est fou comment j’m’en veux quand même un peu. Alors que tu me tiens toujours jusqu’à l’arrivée des secours et malgré l’incrédulité du moment, tu y crois maintenant que nous deux, c’est terminé? Eh bien ce l’est.

Crois-moi. Il est maintenant trop tard pour tous ces mots et ces cris. Fallait y penser.

Avec le peu de force qui semble me rester et à voir comment à ce jeu tu étais doué. Tous ces mots que je n’ai pu te dire non pas par manque de volonté ne valent plus rien. « Détache-toi de moi. » auront-été les derniers miens…

Source photo de couverture

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