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La mélancolie des jours de pluie

L’été collant et humide s’en va comme il est arrivé. Sans prévenir.

Pourtant, il y a quelques jours seulement, il était encore là, pavanant fièrement ses 37 degrés ressentis. Comme d’la visite dans l’cadre de porte qui veut pas partir.

Après quelques : « Ok, bye là! Merci d’être passé », il est revenu à la charge. « Hey, j’t’ai pas dit! J’ai oublié! Savais-tu que? »

Mais pour l’instant, l’été finit bel et bien par embarquer dans son char. Car oui, l’été se déplace en char. Un vieux char qui consomme full pis qui pollue!

Mollement, tu lui fais un tata de la main, un peu épuisée. Tu penses à ce que tu vas pouvoir faire maintenant :

– Prendre une marche sans scrapper tes pauvres cuisses qui frottent ensemble.

-Recommencer à te mettre du déo juste une fois par jour.

-Reporter certaines bagues que tes doigts enflés ne toléraient plus.

-Courir autour du parc sans penser faire un arrêt cardiaque.

-Ranger tes multiples ventilateurs et circuler librement dans ta chambre sans te cogner les orteils.

-Prendre des bains. Osti que t’aimes ça, prendre des bains.

Tu sors sur ton balcon, une p’tite laine sur le dos. Tes fines herbes sont laites. En fait, elles ont été laites tout l’été. Elles ont littéralement cuit sur le revêtement de tôle brûlant pendant 3 mois. Du jour au lendemain, elles sont sur le bord de geler. Elles sont mêlées. Pas de pesto cette année.

Tu rentres et t’attables. Tu dois écrire, mais à chaque 2 minutes, la pluie qui cogne sur la vitre de ta cuisine te distrait. Tu regardes dehors. Trop longtemps. Tout semble bouger lentement.

-Le chat noir sur le toit du cabanon.

-La voisine d’en arrière qui débarre son vélo, vêtue de son suit de pluie.

-Le pigeon mort dans la cour. ARK, Y’A UN PIGEON MORT DANS LA COUR!

Tu te dis que tu devrais le ramasser, mais il est très gros, très mort et très plein de petits vers. T’espères que la pluie va le laver, l’emporter dans l’au-delà des pigeons morts. Un monde plein de touristes et de croûtes de pain sec.

Tu reviens à ta page Word. Tu écris : La mélancolie des jours de pluie.

Tu te dis que ça doit déjà exister. Que ça doit être le titre d’un film français que tu connais pas. Ou d’un recueil de nouvelles de Monique Proulx.

Tu cherches sommairement sur Google.

Ah ben non, ça existe pas!

En tout cas, pas sur les 5 premières pages de recherche.

Ben coudonc!

Tu sauvegardes ton document, regardes ton titre.

Tu penses au pigeon mort.

On dit que les oiseaux se cachent pour mourir.

Ben lui, y’a manqué sa shot en tabarouette!

Évaché en plein milieu du gazon, sur le dos, les ailes ouvertes.

Tu sors un sac poubelle et des gants de plastique pas écologiques pantoute.

Pas le temps de penser décroissance quand il est question d’animaux en putréfaction.

Tu les laisses sur le comptoir. Tu iras plus tard.

La pluie cogne.

Tu te refais un café.

T’as envie d’aller te recoucher. Avec ton café. Ça s’annule.

Lire tous les livres du monde en buvant tous les cafés possibles.

Jusqu’à ce que la pluie arrête de cogner.

(Ou jusqu’à ce que tu te mettes à shaker. C’est pas bon pour toi, trop de café)

Ton esprit embrouillé se met à divaguer.

La mélancolie se transforme en nostalgie.

Tu te rappelles…

Les journées de pluie de ton enfance.

Ton père qui peint au sous-sol.

L’odeur de la peinture à l’huile décuplée par l’humidité.

La musique classique, toujours présente en background.

Les jeux de société avec ta mère.

Les fous-rires.

La simplicité, tsé.

Les effluves de la tarte au sucre, ultime récompense d’une journée morne passée à l’intérieur.

Tu te souviens de ton ingrate adolescence et de ton état semi-dépressif constant, amplifié par la température maussade.

Tu te remémores les nombreuses minutes gaspillées à chanter une version très torturée de Wish you were here, seule dans ta chambre, en pensant à je ne sais quel dude dont on se câlisse.

Tu te juges un peu.

Mais tu souris.

Tu penses à tous les films de répertoire obscurs, visionnés juste pour être cool, que tu as complètement oubliés.

De tous les livres lus que tu devras relire.

Tout est flou.

Tu te demandes si c’est normal d’avoir oublié tant de choses.

Tu te souviens, par contre, du désir ardent de devenir comédienne, musicienne, chanteuse, écrivaine, auteure (tu ne connaissais pas le terme autrice à l’époque).

Tu te souviens des déceptions qui ont suivi, mais aussi des petites et grandes victoires.

Tu te rassois devant l’ordi.

« La mélancolie des jours de pluie. »

C’est fucking puissant comme feeling, quand même.

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Ça se met-tu dans le compost, un pigeon mort?

Source photo couverture

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