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Se dire les vraies choses

« Évidemment que la vérité sort de la bouche des enfants puisque les adultes ne se parlent même pas entre eux… »

Quand est-ce que ça arrive qu’on prenne le temps de se regarder dans le blanc des yeux pour se dire les vraies choses. Socialement. Collectivement. Ensemble. Sans faire de belles grandes phrases incompréhensibles renforçant le politiquement correct au profit de la désinformation. Nous sommes en dernière ligne droite de campagne électorale et ça me fascine de voir l’absence de vulgarisation de certaines informations. Visiblement, plein de mots circulent, mais si peu est dit. Les gens ont peur de parler directement. D’où vient notre besoin de cacher l’essentiel du contenu sous plusieurs couches d’adverbes et de compléments? Depuis quand on est plus à l’aise de partager nos opinions sur Facebook que de les exprimer à notre voisin?  Et si on se disait les vrais choses au lieu de toutes ces choses qui ne veulent rien dire?

On ne se parle plus

Vous pouvez dire ce que vous voulez, c’est vrai. Je suis de cette génération qui n’a jamais son cell bien loin pour ne pas dire trop près. Et puis, je vais le dire! J’ai moi aussi souvent mon cell dans la face. Arme redoutable quand on a pas envie de parler à la fille avec qui on a été au secondaire qui vient de rentrer dans le café. Moi aussi, il m’arrive de jouer à l’autruche. Réflexe 2018, déformation technologique. Préférable de swiper dans le vide que d’avoir une conversation. Le rétroéclairage dans mes pupilles est plus confortable que les yeux des autres. Les autres, on peut leur parler à distance, sur un autre continent même. Même pas capable de s’adresser la parole quand on est dans la même pièce, mais on s’envoie des textos. Pourquoi on n’ose pas abattre le mur que les gens érigent quand ils braquent leur téléphone pour éviter le contact humain?

Une chose?

Quand on utilise « chose » danse une phrase, on se comprend. Pourtant, une chose ça peut être ben des affaires. C’est pas clair, c’est flou.

C’est qui chose? La chose là là. Chose? Ben oui chose! C’est une bonne chose que chose pense ça.

Si on arrive à saisir le sens d’un mot si simple dans toute sa polyvalence, voulez-vous bien me dire pourquoi on s’efforce d’ajouter du fla-fla quand on pourrait aller droit au but? Comprenez-moi, j’adore la langue française et la richesse du vocabulaire. Je ne cesse de découvrir de nouveaux mots et cela me fascine. Ayez toutefois aussi de la compassion pour ma frustration quotidienne face au manque de vulgarisation présent dans les communiqués et les médias. Comme si certains contenus étaient exprimés pour qu’on zone out avant la fin ou réservés aux érudits. Dire ce qu’on a à dire et entendre ce qu’on doit entendre. Droit au but. Pas de niaisage. Avec des mots comme : Heille! Va voter!

Dans le blanc des yeux

Je pense qu’au-delà de parler la même langue et d’être disposé à mettre nos téléphones en mode silencieux, il faut prendre le temps de se parler en face. En face, à coté, en cercle, dans une configuration agréable. Faire des soirées entre amis pour discuter d’un enjeu social ou culturel, oser parler de politique, faire des débats. Je souhaite qu’on ose à nouveau participer activement à la conversation chez nous et ailleurs. Se réunir pour une activité spéciale et que l’activité spéciale se soit de PARLER. C’est précieux de pouvoir avoir des conversations qui vont au-delà du « Salut! Ça-va? Bonne journée! ». On devrait cultiver ça par chez nous.

C’est si simple. Prendre le temps de se regarder dans le blanc des yeux, se parler, se dire les vraies choses. Je le répète, c’est si simple.

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