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Câline de blues, faut que j’me bouge

Selon Facebook, j’assiste en moyenne à 20 événements par semaine. La vérité, c’est que je garde mon steak assis sur le divan devant la télé une bonne partie de mes soirées. Je suis intéressée par la culture, j’aime aller voir des shows, sortir dans les musées, boire un verre dans un bar, prendre des marches, jaser avec des amis. Pourtant, ce sont des choses que je ne fais pas, parce que je ne m’en donne pas la peine, parce que j’aime être auprès de mon chum et ne rien faire avec lui.

Je dis que j’aime ça, mais en même temps, c’est dit d’une manière amère. Non, je n’assisterai jamais à 20 événements par semaine, mais je devrais sortir de chez nous et faire quelque chose. Quand on est deux à glander, je me sens moins coupable, mais quand mon chum sort pour faire du sport, voir des amis ou juste des fois, travailler de soir, c’est comme si je lui en voulais de me faire sentir comme une glue. Mais tout cet aspect gluant de ma personne ne vient que de moi.

Je ne bouge pas et, en quelque sorte, je ne suis plus. Mon être inactif ne fait que penser au fait qu’il ne fait rien, et je divague, et je me morfonds, et je pense au fait que mon chum a du fun sans moi, et au lieu de me dire que je suis contente pour lui qu’il fasse quelque chose – je devrais faire quelque chose, eh bien, je suis jalouse.

C’est un pattern. Dans le sens que ça revient. Ça va, ça vient, c’est comme un requin.

Tout ça arrive quand je suis inactive, quand ma vie semble fort bien étalée sur les réseaux sociaux, mais qu’au fond, je ne vis rien. Ou alors je vis par procuration. Dixit : je vis ma vie à travers la sienne. Je tombe souvent dans ce panneau-là. J’ai le front plat à ce qu’il paraît, à force de foncer tête première dedans.

Je suis un être unique. J’aime des tas de choses. J’adore écouter des films, lire, écrire, discuter, cuisiner, jardiner, m’éduquer, nager, et même courir depuis peu. Pourtant, quand mon chum sort de la maison, je pense au fait que j’aimerais faire ces choses-là en sa compagnie, et je m’empêche de les faire toute seule. C’est si con, je l’écris, et c’est comme une thérapie parce que je m’en vais drette-là me pousser à sortir de mon antre pour vivre. Pas besoin de me shamer non plus, je le fais assez moi-même. Et dieu sait qu’on est plusieurs à vivre comme ça. Plusieurs malheureux. Je me shame parce que je ne veux pas être une fille qui a besoin de son chum pour se sentir épanouie, parce que je veux avoir besoin de personne d’autre que de moi. C’est lourd en esti à porter pour l’autre, le rôle de la béquille. Je le comprends, je l’ai déjà été en couple et en amitié, et je n’ai jamais aimé ça. Pourquoi je le fais alors? Je dois avoir la mémoire courte, à force de trop écouter la télévision.

J’écris à mon bureau, oui j’en ai un, un endroit de choix, une chambre à soi, et pourtant, il est si souvent laissé à lui-même. Mon babillard regorge d’idées de sorties, tiens, je voulais aller voir cette pièce d’Evelyne de la Chenelière, pas fait. Je voulais aller me baigner à la piscine, je possède les horaires de toutes les piscines du Plateau, pas fait. Des billets gratuits pour le Centre d’histoire de Montréal, pas fait. Un cours de danse, pas fait. Reprendre le théâtre, pas fait. Écrire une nouvelle en retard, toujours pas fait. Écrire des lettres à mes amis à l’étranger, pas fait. Me coudre un kimono, fait à moitié…

Je me déçois. C’est ça que je fais. J’en prends toute la conscience en écrivant. Je me l’avoue, je suis une patate. Une patate qui ne veut pas pourrir dans le fond du sac.

L’invitation est lancée, je m’invite à sortir.

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