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Ode aux lunatiques

Sur mon acte de naissance, on peut bel et bien voir que je suis née à La Malbaie, Québec. Pourtant, à voir à quel point je me perds dans mes rêveries tous les jours, on pourrait croire que je viens plutôt de la Lune. Ça expliquerait peut-être pourquoi je m’y rends toujours dans mes pensées. Et puis, c’est peut-être aussi pour cela que je me dis que c’est ennuyant de se limiter à la Terre quand on peut avoir la Lune à portée de rêves.

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours eu un côté très lunatique. Je suis une distraite de nature. Il ne m’en faut pas beaucoup pour me perdre dans mon monde intérieur, à me poser toute sorte de questions existentielles, à imaginer des scénarios impossibles, à m’inventer des histoires passionnées ou à penser à tous mes petits tracas. Je peux être à l’épicerie devant la rangée des céréales pendant 5 minutes et tu te diras : « Ah, elle porte une attention particulière à ce qu’elle veut acheter et manger. » Vraiment, je suis probablement juste en train de me demander si les pingouins ont des genoux ou bien pourquoi l’alphabet est dans l’ordre qu’on connait et pas un autre (non mais, sérieux, qui a décidé ça?).

Les lunatiques comme toi et moi, ça se repère en un clin d’œil.

Parce qu’un.e lunatique va toujours s’asseoir à côté de la fenêtre (s’il a cette chance) dans sa salle de cours à l’école.

Un lunatique, ça a souvent le regard fixé sur… ben, tu ne le sais pas trop, il regarde, mais il ne voit pas vraiment; c’est juste le dernier endroit où ses yeux se sont posés avant de partir dans une série de réflexions.

Un lunatique, ça rentre dans tout en marchant (un mur, une plante, une poubelle, un humain) parce qu’il était perdu dans sa tête plutôt que de regarder où il met les pieds. D’ailleurs, ses pieds, plus souvent qu’autrement, ils ne sont définitivement pas sur Terre.

Un lunatique n’a pas peur des longues attentes en voiture ou dans un lieu quelconque : ça lui laisse plus de temps pour penser.

Un lunatique, ça commence ses histoires et ses phrases, mais ça s’arrête en plein milieu pour te dire : « Je disais quoi déjà? Ah, je m’en souviens plus pourquoi je te raconte ça…» Un lunatique, ça rend les conversations étrangement divertissantes, parce que ça saute du coq à l’âne : ça te parle un instant de politique étrangère, puis la minute d’après, ça te demande où t’as mangé la meilleure poutine de ta vie, pis tu ne comprends pas trop le lien entre les deux. D’ailleurs, y’en a probablement juste pas, ça lui a simplement traversé l’esprit.

Difficile donc de dire si ce trait de personnalité est une bénédiction ou un fléau. D’un côté, pour mon entourage, je comprends très bien que ça puisse devenir exaspérant quand on me parle et que ça me prend deux ou trois fois pour réaliser qu’on s’adresse à moi, ou bien quand mon esprit décroche pendant une discussion même si j’essaie fort, fort, fort d’être présente de corps et de tête. Faut pas le prendre mal, c’est juste que parfois, pendant que toi tu continues à parler, moi je suis restée accrochée à un mot de ta deuxième phrase, qui m’a fait penser à un autre truc, puis cette chose en entraîne une autre, et ainsi de suite. Mais d’une autre manière, être lunatique, c’est aussi à quelque part avoir de l’imagination, de la créativité. Moi, mes meilleures idées, c’est toujours dans ces balades mentales que je les trouve.

Alors, la prochaine fois que tu me surprends l’air un peu absent, ne t’inquiète pas, tout va bien, je suis peut-être seulement un peu dans la Lune. Même que parfois, j’ai l’impression que mes pensées m’emmènent bien plus loin, peut-être quelque part entre Mars ou Jupiter. Et puis ne t’en fais pas, quand je suis tannée, je reviens, les coins des lèvres légèrement retroussés parce que je sais qu’intérieurement je viens de faire un maudit beau voyage; même pas besoin de fusée.

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