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J’ai surtout toujours trippé sur l’automne pour son côté « emo »

L’automne, enfin l’automne. Te revoilà ma belle.

J’ai toujours eu un solide kick sur l’automne.

Les feuilles qui changent de couleur, le manteau de jeans-col roulé-bottes de pluie, l’air qui sent bon la terre sucrée, l’envie qu’on se met à avoir de mettre ben trop de cannelle dans tout ce qu’on cuisine.

J’ai toujours aimé l’automne. La pluie, les journées grises où on se donne le droit de servir à rien, les joues qui sont froides en rentrant à la maison, les chapeaux qui décoiffent, les gants pratiques pour garder les mains un peu au chaud mais pour pas grand-chose d’autre.

Mais j’ai surtout toujours trippé sur l’automne pour son côté « emo ». (Quand personne la regarde, je suis persuadée qu’elle écoute du Evanescence dans son discman.)

C’est vrai, c’est triste souvent l’automne, même si on sait rarement pourquoi, ça reste triste quand même. C’est comme un bon film qui fait pleurer qu’on regarde parce qu’on sait qu’il va nous faire pleurer.

Parce que maudit que ça fait du bien de pas toujours aller bien.

Moi, quand les feuilles rougissent, on dirait que je tombe dans un genre de coma où j’ai à nouveau 15 ans, des émotions très intenses, l’envie de faire la grève de la douche, le désir de m’alimenter aux patates sourire et l’impulsion de lancer des pierres sur mon estime de moi. Sans joke.

Je me mets à avoir l’impression que tout ce que je fais mène à rien, que je tourne en rond, que jamais rien de bon va m’arriver un jour, que je suis la moins bonne amie, la moins bonne blonde, la moins bonne sœur-fille-connaissance du monde. Je roule plus souvent des yeux, tout me décourage et j’aurais envie de répondre des « persécutions » tellement bien sentis qu’ils rendraient Manolo fier à tous ceux moindrement en désaccord avec moi.

J’ai soudainement 15 ans, dans toute l’intensité que ça a, et heureusement, dans toute la beauté de l’émerveillement que ça a aussi.

Je pleure, émue, devant le troupeau de canards excités qui se suivent en rang dans l’étang verdâtre du parc La Fontaine. Je souris d’entendre les deux garçons parler d’amour pis de filles avec enthousiasme et respect à la sortie de l’épicerie. Je ferme les yeux pour mieux respirer, je marche moins vite pour mieux entendre craquer les feuilles, je savoure la chaleur des chandails de laine dont j’avais complètement oublié l’existence pendant l’été.

Mais je continue de me sentir triste, un peu, tout le temps.

« Qu’est-ce tu dirais si j’te disais que ça file pas fort, qu’j’ai l’impression d’aller nulle part? » (Kain c’était encore très à la mode quand j’avais 15 ans, pis c’est pas sous ma surveillance certain qu’on va se mettre à nier le fait qu’on était excités quand c’était eux le show à la Saint-Jean pis qu’on connait toutes leurs chansons par cœur!)

J’ai déjà dit ça à un bon ami « j’ai l’impression d’aller nulle part ». Et cet ami, cet ami précieux m’avait répondu la phrase suivante: « Le changement entraîne le changement. Si tu continues de faire les choses, tu bouges, tu rencontres des gens, tu accumules les expériences, tu avances. Si tu bouges pas, les choses peuvent pas tomber sur ta tête comme par magie. C’est pas grave si tu avances pas dans la direction précise que t’avais envisagée, en autant que t’avances. » Je paraphrase mais ça ressemblait vraiment à ça, et ça a changé ma vie.

Parce qu’au fond la vie, c’est comme un couple, c’est pas l’arrivée qui est cool, c’est le voyage. (À noter dans votre cahier le plus quétaine possible sous les paroles des chansons de Kain que vous avez retranscrites.)

Non mais c’est vrai, c’est pas grave de pas tout de suite avoir sa job de rêve, sa maison de rêve, son salaire de rêve, c’est pas grave de cocher tous nos objectifs de vie « drette » en finissant l’université, c’est correct de se donner le temps de faire des détours.

Pis vous savez quoi, peut-être même que les détours en seront même pas des vrais, et seront plutôt des raccourcis. Pis ça, ça me rassure dans mon coma d’automne d’ado « emo » qui aurait tendance à se décourager plus vite que l’éclair, ça m’abrille les doutes mieux que n’importe quel chandail de laine.

« Le changement entraîne le changement. »

C’est encore plus catchy que « aweille embarques ma belle », vous trouvez pas?

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