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Entre condoléances et vidéos de chats

Partager un avis de décès sur Facebook, liker une photo d’échographie, commenter un statut de divorce avec un bonhomme triste, lire des détails un peu trop détaillés sur une frustration individuelle suite à un licenciement, un vidéo live du mariage de gens qu’on ne connait même pas et l’annonce d’une nouvelle tragique qui circule parmi des vidéos de chats sur mon timeline.

Voguer sur les réseaux sociaux est devenu une source intarissable de malaise chez moi. Comme si ce mélange hétérogène de vie privée et de faits divers créait un inconfort face à mes habitudes de consommation d’informations sociales divulguées sur internet. À mon avis, certaines choses ne méritent pas le même degré de temps et d’attention, certains moments de nos vies ne sont pas faits pour être commentés publiquement. J’ose croire que je ne suis pas la seule à plisser des yeux face à des selfies dans un salon funéraire ou à toute ses photos post-accouchement publiées une minute après la naissance de l’enfant.

Il me semble que plus rien n’est privé. Plus rien n’est sacré. Les médias sociaux sont un livre ouvert sur nos vies et notre intimité. Volontairement et sans limites. Est-ce qu’en 2018 on devrait tout publier sur internet en mode public? Je ne crois pas non.

Un choix personnel, une réalité collective

Ce que tu choisis d’exposer de ta vie privée et sur quelle plateforme, ça t’appartient. Et ce, jusqu’à un certain point. Je tiens toutefois à exprimer le danger de la culture de l’instantané et de l’empreinte à long terme que cela laisse sur le web ainsi que l’accessibilité à notre intimité que cela donne à la planète en entier. Et je dis ça de même mais : « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». Ce fameux adage AKA la base de l’application du respect et du « gros bon sens » indiquerait que publier une photo de tes amis sans autorisation, un vidéo d’un enfant mineur ou un screenshot d’une conversation personnelle n’est pas permis. Permission accordée par la société puisque les géants de l’industrie des médias sociaux ne s’en mêleront certainement pas. C’est donc à nous d’indiquer jusqu’où nous sommes prêts à numériser notre humanité. Jusqu’où publierons-nous nos plus grands moments de bonheur et de vulnérabilité sur la même échelle que les faits divers et insignifiants. Faudrait se décider gang. Rapidement. Collectivement.

Oui, mais non

Voici une liste de ce qui, selon moi, n’a pas sa place en ligne. Une fois de plus, les réseaux sociaux font aussi office de lieu privilégié pour la liberté d’expression. Le cas par cas mérite sont propre jugement, mais idéalement, j’éviterais ce qui suit :

  • Des images de soirées bien arrosées qui ne mette personne en valeur.
  • Je questionne encore la mode de poster sa première photo d’échographie sur Intagram avec le hashtag #thatswassup.
  • Une photo de ta grand-mère quelques heures avant ou après sa mort.
  • Ton numéro de téléphone et ton adresse.
  • Chialer à propos de ton boss en ligne.
  • Tes mots de passes, à moins que tu ne sois vraiment riche.
  • Photos et vidéos de nouveaux nées en mode public.
  • Si tu n’es pas confortable dans une situation, la partager en ligne n’est sans doute pas une bonne idée. (Just sayin’)
  • Du « drama » entre amis ou en couple. Si vous avez des histoires à régler, appelez-vous donc. Je vous jure c’est plus efficace de vive voix.
  • Des images inappropriées. (Je vous laisse imaginer tout ce que cela englobe)
  • Des propos racistes ou intolérants.
  • Placer trop d’informations personnelles dans une publication destinée à tous. (On ne veut juste pas savoir comment tu as attrapé la gastro et la couleur des grumeaux de ton vomi. Merci.)
  • Si tu ne veux pas que ça te revienne en pleine face dans 10 ans. Ne le publie pas sur le web.

J’ai beau être de cette génération qui jongle instinctivement entre Instagram et Facebook et qui ne sait aucun numéro de téléphone par cœur… Je comprends la nécessité, voire le réflexe de partager notre vie en ligne. Je suis aussi de ceux qui décrient l’absence de sensibilisation et d’éducation face à cette réalité. Quand je mourrai, je ne veux pas de publication sur ma page Facebook ou les gens partageront leur tristesse encore moins qu’on like des photos d’arrangements funéraires. Et surtout, pas de selfie avec ma tombe s’il-vous-plaît. Je trouve ahurissant d’être obligée de rajouter ça à mon testament.  Pas question qu’on banalise ma vie au point de me publier morte entre deux vidéos de chats.

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