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Dater à l’ère d’Internet : journal d’une introvertie

Je suis introvertie… et célibataire. Il y quelques mois, cédant à un élan d’optimisme peu commun, je me suis inscrite sur des réseaux de rencontres. J’aime bien la vie que je me suis bâtie, mais parfois je me dis que ce serait bien de la partager avec quelqu’un. C’est à partir de ce moment-là que j’ai découvert que 1) je suis introvertie et que 2) dater sur Internet quand on est introvertie, c’est tough.

L’introversion, c’est quoi?

On associe souvent « introversion » et « gêne ». C’est probablement vrai qu’une personne introvertie est gênée, mais c’est beaucoup plus profond que juste « être gêné ».  Être introvertie, ça veut dire avoir besoin de se retirer du monde de temps en temps. Genre que quand j’étais petite et qu’on revenait de la corvée biannuelle de magasinage, je restais assise toute seule dans l’auto, pour me donner un break entre la foule de Place Laurier et ma famille de six. Genre que pendant que mes amies allaient dans des partys, moi, je restais terrée dans ma chambre, à lire et à écouter de la musique. Genre que je suis déjà revenue d’un événement très, très tard, et même si j’étais très, très fatiguée, la seule chose à laquelle je pensais, c’est : « Oh my God, y’avait tellement de monde, faut que je prenne une douche. » Genre que quand je reviens d’une grosse journée au bureau, ça arrive que je rentre chez moi pis que je me roule en boule sur le divan. Avec pas de télé. Pis avec pas de musique. Être introvertie, ça vient aussi avec une bulle qu’on n’aime pas trop voir être franchie.

Les attentes #desgens VS ma réalité

En m’inscrivant sur ces sites, j’étais consciente que je devrais faire des efforts pour laisser ces hommes entrer dans ma bulle, mais de toute évidence, j’avais sous-estimé ce qu’on attendrait de moi.

Tu peux me le dire si t’es pas intéressée, tsé!

Ça, c’est le message que j’ai reçu la fois où j’ai pris plus de 36h pour répondre à un message. Ce que j’aurais aimé répondre : Je ne suis pas « pas intéressée », c’est juste qu’en dehors du travail, des fois, j’ai pas envie d’essayer d’entretenir une conversation avec une personne que je connais fuckall pour l’instant. Quand je me suis inscrite ici, j’avais pas l’intention que ça devienne une job à temps plein, pis quand j’ai rien à dire de pertinent, ben je dis rien.

Ajoute-moi sur Skype!

Non. Juste… non. J’ai pas envie de te faire entrer chez moi, même si c’est juste à travers une caméra.

Donne-moi ton numéro de cell pour que je texte.

J’ai répondu poliment que je n’étais pas très à l’aise de donner mon numéro de cellulaire. On vient juste de s’accepter comme contact, ça me semble légitime d’échanger quelques messages avec lui, juste pour voir si je le feel? Apparemment, non, parce que j’ai reçu cette réponse :

Euuh, en passant, je peux pas connaître ton adresse avec ton numéro de cell!

Oui, merci, je suis au courant, pis j’apprécie pas tant que ça de me faire prendre pour une conne.

J’aime pas les courriels, on peut trop interpréter, je préfère les textos. Si c’est ça ta vision d’une relation pas compliqué, j’aime mieux passer à un autre appel.

C’est vrai que les textos, c’est vraiiiiment moins sujet à interprétation! #not

Dans le même ordre d’idées, y’a ce gars à qui j’avais donné mon numéro de cellulaire et qui s’est mis à me texter. Tout. Le. Temps. Alors qu’on ne s’était encore jamais vu, ni parlé.

Bon matin! xxx Bonne nuit! xxx

Après trois jours de réflexion, je me suis dit que j’étais mieux d’être honnête : dans la vraie vie, je ne texte pas Bon matin xxx et Bonne nuit xxx. Je me suis dit que ça ne servait à rien de jouer le jeu. Pleine de tact, je lui ai écrit que je n’étais pas très habitué à ça, que je ne savais pas trop comment le gérer et je lui ai demandé si on pouvait juste ramener ça une coche en-dessous. Le gars a boudé pendant trois jours, puis il est revenu me dire « Salut ça va? » sur le site où on s’était rencontrés. Quand je lui ai répondu, il m’a unfriend et j’ai juste pu jamais entendu parler de lui. Ça m’a fâchée, je lui ai récrit pour lui demander s’il pensait vraiment que c’était une façon correcte d’agir envers un autre être humain; j’ai pas plus eu de réponse. Comme quoi c’est ben ben dérangeant, une femme qui exprime des besoins ou des envies.

Ceux qui touchent sans crier gare

C’était notre troisième date, donc on avait passé à peu près trois heures de notre vie ensemble. J’étais debout à côté de lui, peinarde, quand j’ai senti son index frotter ma joue.

– Qu’est-ce que tu fais là?!

– Je voulais voir si ta peau est douce.

Mon moi intérieur s’est recroquevillé comme le dernier horcruxe de Voldemort. Je me demandais si on était en train de vivre un moment romantique pis que j’avais pas reçu le mémo. Rien dans mon corps ne pouvait laisser penser que j’avais envie d’être touchée à ce moment-là pis je me suis ben trop sentie envahie.

Et donc…

… je doute. Est-ce que je suis trop? Pas assez? Pourquoi ai-je autant de mal à m’ouvrir à l’autre, à dépasser ce stade du « Voyons toé, j’te connais pas! »? Peut-être que je ne suis juste pas faite pour rencontrer des gens sur Internet. Peut-être que je suis faite pour rencontrer quelqu’un par hasard à l’épicerie, puis au resto libanais du coin, puis à la pharmacie, puis « Heille, qu’est-ce que tu dirais qu’on aille prendre un chocolat chaud? », puis qu’on reste attablés à boire notre chocolat chaud… tout le reste de notre vie.

Source de la couverture : Ryan Holloway on Unsplash

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