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Entretien avec Gabrielle Boulianne-Tremblay pour Québec en toutes lettres

Alors que le mois d’octobre fait tout juste son entrée, on vous parle aujourd’hui du festival littéraire Québec en toutes lettres qui fera irruption dans la capitale du 20 au 28 octobre prochain. Ce festival, qui fête déjà sa 9e programmation annuelle, a pour but de faire rayonner la littérature au travers de contextes audacieux.

Le festival se fait aussi pour mission d’investir les lieux les plus variés possibles, de l’Impérial à la bibliothèque en passant par le parvis de l’église, St-Roch sera à découvrir sous un nouvel angle cet automne. Pour les curieux, les amoureux de la littérature ou des arts vivants, Québec en toutes lettres sait rassembler comme pas un, surtout par les temps froids qui courent en octobre.

Cette semaine, on a la chance de vous présenter Gabrielle Boulianne-Tremblay dans une entrevue au sujet du Cabaret désobéissant, un spectacle regroupant les principaux thèmes de l’édition 2018 du festival, c’est-à-dire la désobéissance, le vertige et l’insoumission propre à Refus global, présenté le 23 octobre prochain.

Québec en toutes lettres

Crédit: istock

S’entretenir avec Gabrielle, c’est comme reprendre contact avec une vieille amie; son naturel désarme et, même au téléphone, son enthousiasme est contagieux.

« On peut jaser de tout pis rien en attendant que j’arrive chez nous, comme ça t’entendra pu mes talons sur le trottoir pendant les vraies questions! »

C’est vers le milieu de l’été que l’écrivaine-poétesse-actrice se fait inviter à participer au Cabaret par Isabelle Forest. Isabelle et elles sont amies depuis longtemps, les deux artistes se sont en fait rencontrées presque 8 ans plus tôt lors de soirées de poésie du Tam-Tam Café. C’est d’ailleurs durant ces soirées que Gabrielle a été initiée à la scène et a tenu ses premières prestations d’open mic.

La commande d’Isabelle se présente comme étant simple : produire et présenter un texte inédit inspiré par la thématique du festival, c’est-à-dire la désobéissance créatrice des signataires de Refus global.

Gabrielle est très inspirée par l’aspect révolte de la thématique. Elle a tout de suite envie de présenter un numéro basé sur ce qu’elle a trouvé le plus révoltant depuis sa transition : le regard des autres et leur façon d’exprimer leur inconfort.

En effet, le manque de délicatesse des gens face aux choix de Gabrielle et à son corps qu’elle ne veut pas passer sous le bistouri, et qui ne correspond donc pas aux standards de la société, est la source même de sa révolte. Elle sait rapidement que c’est ce qui guidera son numéro, que c’est ce qui lui donnera accès à la désobéissance.

Même si son objectif est cerné, Gabrielle fait vite face au syndrome de la page blanche. Aborder ce sujet, c’est aussi replonger 7 ans plus tôt, retraverser ses épreuves pour arriver ensuite à les écrire.

« J’ai eu la page blanche pendant deux semaines, comme une plongée en apnée, je savais pas par quel angle aborder ça. Puis, j’ai décidé que mon numéro allait s’appeler Le manifeste de la femme trans. J’ai hâte, j’ai des frissons! » Je vous garantis qu’elle était pas la seule!

Aujourd’hui, syndrome de la page blanche surmonté, Gabrielle décrit son numéro comme « entre la poésie et la politique et la biographie ». Pour elle, le geste politique faisant écho à Refus global, il est là, dans le « this is who I am, faites-en ce que vous voulez après ».

Quand je lui ai demandé si elle savait un peu si les numéros des autres artistes participant au cabaret allaient aborder des sujets un peu similaires, ou sous le même angle biographique, l’écrivaine m’a répondu : « Personne est au courant de ce que les autres vont faire. Les artistes vont découvrir le spectacle en même temps que le public! »

On peut s’attendre à quelque chose « de très éclectique mais enrichissant » et à de « belles surprises ».

L’enthousiasme de Gabrielle pour le projet est palpable, elle est persuasive sans essayer de l’être, tellement que si j’avais pas déjà mon billet, elle m’aurait convaincue de me dépêcher d’en prendre un!

Avec un nom de spectacle comme Cabaret désobéissant, j’ai demandé à Gabrielle si on devait s’attendre à ce que son numéro soit désobéissant ou choquant, ce à quoi elle m’a répondu avec une simplicité désarmante : « Ce qui est choquant est tellement relatif d’une personne à une autre. T’sais, pour certains, mon existence même est choquante, alors… »

– Penses-tu que pour un artiste c’est un « devoir » d’être désobéissant?

– Oui, oui! Sans hésitation! Sans art dans ma vie, je veux dire, si je m’exprimais pas comme actrice, écrivaine ou poète, j’pense que je serais morte. C’est salvateur, l’art. Je pense que l’art doit éveiller les consciences. Aussitôt que j’ai l’occasion de partager un message, je le fais. Pour moi, la désobéissance, c’est dans ce message-là qu’on peut partager, c’est dans la création. Et pour le spectateur, la désobéissance, c’est d’assister à ces événements artistiques-là qui les sortent du 9 à 5. »

Le festival Québec en toutes lettres compte aussi « le vertige » parmi ses thèmes. J’ai donc demandé à Gabrielle quel était le plus grand vertige de sa vie artistique.

« Sans hésitation, mais j’espère qu’il va y en avoir d’autres parce ce que j’aime ça avoir le vertige, c’est pour le film Ceux qui font les révolutions que j’ai vécu le plus grand vertige artistique. Je sortais d’une rupture d’une relation de 7 ans, et ma thématique d’écriture est souvent la dépendance à l’autre, le « où est-ce que je m’en vais maintenant que je suis pu avec quelqu’un », et quand ce projet-là est arrivé, je me suis dit, c’est moi, y faut que je le fasse. J’ai toujours rêvé d’être artiste, alors là, je saute même si je sais même pas si mon parachute va s’ouvrir! Il y avait beaucoup de nudité dans le film, je le savais, mais je devais faire face à ‘’toute la vie, tu t’es cachée, pis là tout le monde va te voir’’. Mais le personnage me parlait vraiment, c’était un personnage qui était beaucoup dans la révolte. »

Gabrielle maintient que peu importe l’artiste, le cinéaste ou le metteur en scène avec qui elle rêverait de travailler, il faudrait d’abord que le projet lui parle et que le projet véhicule un message qui lui parle aussi.

Un jour, elle rêve secrètement d’avoir l’opportunité de faire du mannequinat, « en autant que ça ait une valeur artistique ». Elle aimerait aussi continuer de travailler avec des cinéastes d’ici parce que, selon elle, « il se fait des affaires extraordinaires dans le cinéma québécois malgré le manque de financement. C’est comme si, en étant obligés de se débrouiller, on prenait des détours pis que ça nous faisait trouver des bijoux. » Sébastien Pilote (La disparition des lucioles), Stéphane Lafleur (Tu dors Nicole) et Anne Fontaine (Adore), pour ne nommer que ceux-là, interpellent particulièrement Gabrielle par leur façon de dépeindre aussi habilement la poésie de l’adolescence, ces moments où tout bascule et où les silences parlent plus fort que tout le reste.

En terminant notre échange, j’ai demandé à Gabrielle ce qu’elle dirait à quelqu’un qui n’a pas l’habitude d’aller voir de l’art vivant ou du théâtre pour l’encourager à venir voir Cabaret désobéissant?

« J’y paierais le billet! », s’est-elle empressée de répondre, nous faisant éclater de rire toutes les deux. « Non mais, c’est vraiment important d’aller au théâtre, de voir des prestations, ne serait-ce que pour se sensibiliser à d’autres formes d’art. C’est très organique, on vit une expérience en direct avec les gens sur scène, on est dans l’échange d’énergie, l’échange de nos blessures, de nos cicatrices. On est impliqués, plus qu’au cinéma où on est plus passifs. Le théâtre, la performance, c’est une activité, c’est déstabilisant, c’est enrichissant. Tu sors de là changé, différent. Et c’est pas important si t’aimes ça ou pas, l’important c’est que tu vas être changé pis que tu vas avoir échangé, contrairement au cinéma. Tu influences ce à quoi tu assistes. J’aimerais bien en faire plus souvent, mais c’est un vertige ça aussi : le théâtre. »

Au cours de cette entrevue, au-delà de découvrir l’artiste, j’ai découvert une personne tellement entière que c’en est inspirant, ça recentre. J’ai pour mon dire que des gens comme ça, ça aide à respirer mieux. Gabrielle est une artiste qui donne l’illusion de la légèreté et de la familiarité, mais ses mots, tout ce qu’elle a à raconter, qu’on lui donne la parole ou qu’elle la prenne, ses expériences sont captivantes et s’inscrivent de façon indélébile dans la mémoire de celui ou celle qui a l’oreille tendue.

J’ai très très hâte de la retrouver le 23 octobre.

Le Cabaret désobéissant sera présenté mardi le 23 octobre prochain à 20 h à l’Impérial. Gabrielle sera accompagnée des artistes suivants : AnatoleMathieu ArsenaultÉrika Hagen-VeilleuxMarc-Antoine K. PhaneufCatherine Lalonde, Thomas LangloisHélène MatteMaxime-Olivier Moutier et Gab Paquet en duo avec Claudia Gagné.

De plus, le 12 novembre prochain, Gabrielle Boulianne-Tremblay, présentée dans l’article, publiera aussi un nouveau recueil de poésie intitulé Les secrets de l’origami chez Del Busso Éditeur.

Crédit photo de couverture: Alex Paillon, Magma, 2018

*Cet article est commandité par le Festival Québec en toutes lettres

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