Menu

Matane, mon accalmie

Saint-René-de-Matane, cette petite ville à l’entrée de la Gaspésie où mes grands-parents ont grandi et où ils vivent encore aujourd’hui.

Saint-René-de-Matane, moi, je t’appelle Matane-tout-court parce que je t’ai toujours appelé Matane, du plus loin que je me souvienne. Ne m’en veux pas parce que je te trouve belle étendue-là, près du fleuve, avec tes longs chemins bordés de terres, tes grands espaces, tes arbres, ta rivière, tes saumons, tes caps de roches, tes campes dans le creux du bois, tes cabanes à sucre et… ton absence de réseau.

Tu me rendais folle, adolescente. Tu étais synonyme – et grande responsable – de ma coupure civilisationnelle, le temps de quelques jours, et je n’aimais pas ça. En gagnant quelques années, j’ai réussi à trouver des bons côtés à cette coupure qui me pesait jadis.

En pleine ville, on ne connaît pas cette paix dont tu nous gratifies. Non. En pleine ville, avec toutes ces ondes qui nous guettent partout, on se presse de répondre, on se presse de tout poster sur les z’Internets ; de partager, avec le monde entier, non-stop, nos états d’âme, nos plus belles photos, nos réussites grandioses. Chez toi, Matane, tout ralentit. C’est comme être en apnée : savoir que quelque chose se passe au-dessus de nous sans pourtant y prendre part, juste profiter de ce silence isolé.

Et j’aime particulièrement ça.

Parce qu’avec toi, je peux enfin mettre un point virgule au milieu de mon existence, le temps d’un long, long souffle… avant de repartir : en raquette, en quatre-roues, à pied ou à ski-doo. Oh! que oui : tu me donnes envie de prendre l’air – au moins, chez toi, il est pur. Tu me fais respirer mieux.

Tu ne m’offres pas vraiment le choix, on va se le dire. Mais c’est ce qui est bien, finalement. Parce que c’est devenu une rareté de pouvoir se débrancher de nos bidules électroniques, quels qu’ils soient, et de cette pression de réponse immédiate qui en découle.

Ainsi, quand je viens te voir, je l’annonce fièrement aux gens qui me côtoient : « Je m’en vais voir Matane, ses arbres multicolores, sa fraîcheur, ses montagnes et sa quiétude ! »

Matane, tu es mon exutoire, ma beauté, mon assouplisseur, ma douceur immobile. Tu me shines le dedans comme une chanson de Xavier Rudd, de Daniel Bélanger, des Sœurs Boulay, des Hay Babies. Tu me fais du bien!

Tu me manques, Matane.

J’ai hâte de te revoir.

Source photo de couverture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de