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Ça va tu, pour vrai?

J’ai pensé à me suicider pour le vrai il y a un an et demi à peu près. Je sortais d’un gros projet créatif qui avait plus ou moins bien été, qui avait été un désastre financier, qui avait eu peu d’échos, qui avait été éreintant dans tous les derniers mois de sa création. Un projet où, comme c’est souvent le cas, le créateur porte beaucoup de chapeaux, lourds à en crouler de la tête. Un projet qui s’est présenté par le siège et qui a déchiré ma noune artistique jusqu’au trou de cul, si l’on veut, qui a brimé ma créativité artistique, à tout jamais je le croyais, cette créativité qui était mon moteur de vie. Parce qu’après tout qu’est-ce que c’est la vie si on ne peut faire ce que l’on aime, ce dans quoi on est doué?

Des mois avant, je le voyais s’en venir, ce crash. Je ne me trouvais pas bonne, peu efficace, et je me le crachais chaque jour en esprit, avec moins d’euphémismes, gargarisée de violences pensées et crues à mon égard, du matin au soir, des nuits sans sommeil aux jours sans soleil (honnnn!). Je me regardais en train de me saboter tranquillement sans pouvoir le dire à personne, noyée dans mon silence, prise d’un tumulte où je n’avais jamais appris à demander de l’aide, où j’avais par réflexe et éducation appris à cacher mes troubles, mon besoin d’aide, de guérison, à ravaler des hémorragies pour sauver les apparences du tapis. Mes pires peurs s’étaient réalisées; je n’étais pas à l’épreuve de tout ni même de moi. J’avais de la peine. J’étais déçue. J’étais en crisse. Je n’aurais pas pu, dans ce temps, me sortir hors de moi et me dire de ne pas capoter : je voulais foncer dans le fleuve. Aller simple. Je voulais me poignarder dans face. Je voulais me crisser devant un char (qui roule). J’avais pris l’habitude de quêter ici et là des pilules à des amis prescriptionnés. Je les avais toutes accumulées en pensant secrètement me clencher quand j’en aurais un bon tapon. J’aurais peut-être juste eu mal au ventre comme une conne si j’en avais pas pris assez. Je voulais pas manquer mon coup. « Encore quelque chose que t’échoues! Bouhouhou! »  Reste que rapidement, j’ai perdu tout intérêt dans toute. Comme Andy Dwyer dans Parks and Recreations quand on lui demande comment il va et qu’il répond : « Oh, I’m fine. It’s just that life is pointless and nothing matters and I’m always tired. Also, I can’t sleep, I’m overeating and none of my old hobbies interest me. »

J’allais travailler et je rentrais me coucher peu importe l’heure qu’il était, et j’attendais que le soleil se couche puis j’attendais qu’il se relève et, le lendemain, c’était pareil. Si j’étais en congé je m’arrangeais pour ne pas sortir de chez nous, j’annulais des plans comme on « flicke » une crotte de nez sèche du bout de ses doigts. J’étais seule de chez seule. Pas de chien, pas de chat, pas d’enfant, pas de famille, pas de plantes vertes, pas de chum, pas d’amants, pas de denrées périssables, e-rien.

Ceux qui sont passés dans ma vie dans cette période et qui ne m’avaient pas connue avant on eu droit à une fille vulnérable comme une chaise à trois pattes, qui vire l’œil plein d’eau quand elle est en boisson, qui rumine des problèmes mais qui est incapable d’en parler, qui a besoin de se faire valider mais qui a l’estime personnelle d’un tapis de bain, dans une salle de bain où tout serait fait en marde pis en pisse. Fait que non, ça ne me courait pas après pour me fiancer. Mais au fond, j’étais bien mieux enroulée dans un grand lit noir. Un matelas creux pis frette où, pour éviter de me sentir coupable d’être incapable d’en sortir, j’ai écouté en boucle et parfois même à répétition Friends, The Office, Parks and Rec, des p’tits bonhommes pis bien du Netflix. Mais pas de danger que j’aie ouvert un livre. J’avais peur de lire, ou même d’écouter un film, un album que j’aurais jamais entendu ou vu auparavant. Je ne voulais pas me forcer à m’ouvrir sur rien. Du nouveau, c’est devoir faire face à de l’en-avant de nous. J’avais peur d’avoir des émotions. De réfléchir. J’étais devenue bien dans le brouillard mental dans lequel je vivais. Je ne rêvais plus, je ne crossais plus, je ne riais plus de mes jokes (et je me suis toujours été bon public). Mon petit crisse de bonheur secret, c’était de savoir que je pouvais décider d’en finir quand ça me le tenterait.

Fait qu’un moment donné, c’était rendu Noël et j’étais home alone dans mon deux et demi. J’ai décidé de prendre rendez-vous avec une clinique de psychologues. C’était complet. Mais déjà là, j’avais un petit peu moins le goût de me tuer. J’étais comme devenue curieuse. Je me suis servie de mon imagination (j’ai soufflé dessus avant, pour ôter la poussière), et je me suis projetée pour la première fois depuis longtemps dans le futur. Je m’imaginais genre, avec un cocktail de crevettes dans une main en train de rire avec des amis. En train de faire de quoi, respirer, avoir la crisse de paix. Arrêter de m’excuser de vivre à chaque bouffée d’air. À un moment donné, mon rendez-vous est arrivé, et j’ai déballé de la marde, oh. my. god. que j’en avais long et large et brun sur le cœur. La madame psychologue a pas essayé de me briser pour me reconstruire, rien, mais a juste posé les bonnes questions pis écouté en échange de dollars, et pis ça l’a faite pour moi. J’ai vécu comme un déclic.

De parler, je connaissais ça, la yeule ne m’arrête jamais quand je me tiens trop proche d’un Muscadet ou d’un Sauvignon, mais de dire. Dire des choses qui me font de la peine. Confronter celles qui m’en ont faite. Dénoncer ceux qui en ont abusé. Reconnaître que j’avais besoin d’aide. Dire quand je suis triste ou je suis fâchée. Toutes les émotions négatives que je ne répandais pas sur mon entourage, avec tort ou avec raison, je les renvoyais vers moi. Toute la violence que je ressentais face aux situations qui m’accablaient, je la renvoyais en moi. Apprendre à se traiter comme on traiterait sa meilleure amie. Ne pas tolérer l’abus, des autres, de soi. Décâlisser des endroits qui nous rendent malheureux. Changer de cadre, trouver son décor. Ne pas se tuer. Esti de bon move, pareil. Je le recommanderais à chacun. J’aurais pu en lire des poignées de p’tits textes qui disent de pas se tuer et sans grand émoi. Mais si y en a qui sont déjà passés par là, je crois qu’y faut le dire, de plus en plus, sacrament. Et de se donner le droit d’être faillible, je ne suis pas à l’abri de chuter dans un abysse de déroute et d’effroi, mais juste de se donner le droit d’aller chercher de l’aide, ou de le dire, crisse : « Eille, je va pas ben! » Pis d’avoir de la compassion pour nos proches, collègues, amis, voisins, visages familiers inconnus mais qu’on croise tous les jours. On a le droit de se demander « Ça va tu? » Pis on a le droit de se répondre, pour vrai.

Source photo de couverture

One thought on “Ça va tu, pour vrai?

  1. Le suicide… une solution permanente à un problème temporaire.
    ton père disait là-dessus qu’avant de tourner l’arme contre lui il aimerait bien en éliminer quelques uns! je crois que tout le monde a un jour ou l’autre envisagé cette option peu séduisante car tannés de souffrir… mais on sait tous que… TOUT PASSE. le bon comme le mauvais.
    est-ce que le peintre s’enlève la vie parce qu’il n’aime pas sa toile? non il recommence change de toile de couleurs et il repart.
    les gens passionnés vivent tout intensément et ils ne connaissent pas le mot patience.
    quand ça va pas assez rapidement à leur goût ils ont le goût de tout détruire. et ça se comprend quesse tu veux ils ont du FEU dans les veines pas de la flotte!
    quand la vie ne tourne pas assez rond inutile de s’obstiner il faut attendre un peu, le soleil revient toujours , d’ailleurs il n’est jamais parti.
    une personne qui te veut du bien. xx

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