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Club de lecture : la beauté de l’antithèse

Je m’enfonce dans mon fauteuil, les jambes par-dessus l’appui-bras. Une doudou complète ma bulle moelleuse à l’abri des distractions pour laisser toute la place au livre que je serre dans mes mains. Ou en mangeant sur mon balcon, assise à ma table de patio, tentant de ne pas trop salir les pages (ce qui arrive trop souvent). Ou encore dans ce temple sacré de la lecture que représente la bibliothèque.

Autant d’endroits et de contextes différents qui ont en commun la solitude et le calme. Car lire est avant tout une activité solitaire, un voyage seul à l’autre bout du monde, une cachette secrète pour échapper à tout le reste. Enrobés ainsi de silence, les mots vibrent sous mes doigts, résonnent de toute leur force. Comme plusieurs personnes introverties, lire me permet aussi de me cacher des autres sans avoir à me sentir mal, étrange ou tout simplement rejet (est-ce que ça se dit encore?).

Jusqu’à ce que je découvre les clubs de lecture.

Le principe relève un peu de l’antithèse comme le fait d’être seul en groupe. Une belle antithèse, on s’entend. Il faut sortir de notre bulle de lecteur, faire craquer nos membres ankylosés et sortir dans le monde à la rencontre d’autres personnes de notre espèce.

Différentes formules existent. La plupart du temps, tous les participants lisent le même livre et en discutent. D’autres fois, il suffit de partager avec le groupe une de nos lectures, aimée ou non. Plusieurs sites internet, bibliothèques et librairies (clin d’œil à Gabrielle et Maud de la Librairie du Quartier) proposent leur formule du club de lecture dont le but ultime est de parler de livres.

Oui, j’ai étudié en littérature. Non, cela ne fait pas de moi une experte. Quand je me présente à une réunion, livre pressé sur mon cœur tel un bouclier, je ne sais jamais précisément ce que je vais dire, ce que je veux dire. Mon défi personnel : parler, donner mon avis. Et j’y arrive, un mot à la fois (après avoir laissé les autres commencer bien sûr!). Je m’exprime parfois maladroitement, mes paroles dépassant ma pensée. Je m’emmêle souvent, surtout quand la discussion se corse. Car oui, il arrive que certaines rencontres soient plus tendues que d’autres. Les avis divergent, on a interprété un passage différemment, on adore ou on déteste. Dans ces moments, il m’arrive de me laisser emporter de la même façon que lorsqu’on parle en mal de ceux que j’aime.

Malgré tout, les clubs de lecture restent un lieu d’échanges et de dialogues. Ces réunions m’en apprennent toujours un peu plus sur le livre achevé. Je le considère sous un autre angle, remarque un détail qui m’avait échappé, prends du recul ou me fais la promesse de lui donner une deuxième chance.

Lorsque le temps est écoulé, je repars chez moi avec le sentiment d’avoir partagé ma passion avec d’autres. Bien vite, je replonge dans mon fauteuil, dans de nouvelles pages, avec l’impression d’être moins seule dans ma solitude.

Par Fauve Jutras

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