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Je me sens mal de ne rien faire

Ne rien faire. Pour ne pas dire que j’en suis incapable. Comme si je n’avais pas reçu l’autorisation pour m’asseoir dans un petit coin afin respirer en silence. Comme si ralentir n’était pas une option en 2018.

Un art presque perdu selon Laferrière… Un besoin vital et sain qui me semble inaccessible. C’est déjà tout un défi de repousser l’hyperstimulation proposée par nos environnements, lâcher-prise et prendre le temps par les cornes. Cela accompli, comment décrocher suffisamment pour ne pas ressentir la culpabilité de l’absence de productivité? Comment s’offrir le luxe de ne rien faire pour ne rien faire? Et ce, sans se sentir mal… pour son propre bien.

Vitesse lumière

Cette sensation présente dans le corps quand on se tient debout sur le quai et qu’un train passe à vive allure. Notre immobilité contrastant la force et la vitalité mouvante des wagons qui s’enchaînent. Ça! Je n’aime pas ça. Je préfère de loin être dans le train ou encore mieux conduire la locomotive. Je me sens en contrôle quand ça bouge, quand ça accélère. La rapidité et l’action sont ma zone de confort et je pensais pouvoir y rester indéfiniment sans prendre de pause. Récemment, j’ai eu le mal des transports. Une envie soudaine d’être chez nous, en forêt, immobile. Je me suis écoutée.

En nature, au chalet, j’ai fermé mon cell pour me donner une chance.

J’ai passé 48 h à me détester. Culpabiliser et sur-culpabiliser. Me sentir mal de ne rien faire et me sentir encore plus mal de ne même pas être en mesure de ne RIEN faire sans me sentir mal.

Désagréable.

Mais comment ne plus voyager quand c’est tout ce qu’on connait?

Le break à bras

Lâcher-prise est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à accomplir. Ce n’est pas avec des vidéos Youtube sur la respiration et des #breathein qu’on va y arriver. Cela prend d’abord de la volonté et beaucoup de force. Je vous laisse ci-dessous les étapes qui m’aident grandement à déculpabiliser sur mon cheminement de « j’aimerais ben ça rien faire et me sentir bien » :

  • Dire non.

En faire moins pour avoir plus de temps. Dire non aux autres, mais à soi aussi. C’est impossible de ralentir, encore moins d’arrêter, si ton Google Agenda ressemble à une partie avancée de Tetris.

  • Hors-ligne.

Déconnecter. Ne jamais se lever ou s’endormir avec son cellulaire. Éteindre son Wi-Fi et sa sonnerie de temps en temps. Réhabituer son corps à ne pas subir la pression et l’anxiété liées au fait d’être joignable et disponible 24h/7j.

  • En nature.

La nature sait nous ramener naturellement à l’essence de la vie. À ralentir et utiliser nos sens aux antipodes de l’habileté à texter plus vite que son ombre ou à faire plus de 3 choses en même temps. Écouter le vent, ressentir le vent, voir le vent, apprécier le vent, perdre la notion du temps.

  • Manger lentement.

Bizarre à faire au début. On se sent comme une tortue qui mastique de la salade. Efficace cependant de goûter pour vrai chaque bouché et de ne pas engloutir avant de mastiquer. Agréable même, de déjeuner sans presse. C’est presque comme ne rien faire, mais avec des œufs et du bacon.

  • Les gens.

Se concentrer sur les gens plutôt que les machines. Écouter les conversations dans l’autobus, sourire aux inconnus, dire bonjour, regarder dans les yeux ceux qui nous adressent la parole. Ramener mon attention sur les humains qui m’entourent me fait réaliser à quel point on va vite et mon besoin de saisir le temps devient encore plus vital.

Je me sens mal de ne rien faire la plupart du temps, mais je n’ai pas le choix d’essayer. C’est ce que mon corps veut et c’est pourquoi ma tête grogne. Ne rien faire est un art subtil encore plus nourrissant que la surproductivité dont nous avons fait coutume. Ne rien faire c’est aussi s’écouter soi, se reconnecter, s’enraciner… c’est réaliser que culpabiliser ne sert à rien dans la situation présente. Que dans la vie, il faut parfois être capable de juste vivre… et rien d’autre.

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