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Le mutisme communicationnel

La communication. Cet aspect si important d’une relation, de quelque nature qu’elle soit. Cet aspect si important, mais tellement négligé à la fois. Et c’est vrai! J’avais terminé cet article. J’en étais à lui trouver une image de couverture qui pourrait lui correspondre et, en tapant « communication » dans la barre de recherche, sur quoi suis-je tombée? Sur des photographies d’individus tenant, au bout de leurs doigts, leur cellulaire.

Ben maudit, j’ai tout remis en question!

Quand on tape « communication », sur Antidote, la première définition qui apparaît est : « […] le fait d’établir une relation avec quelqu’un ou quelque chose ». Pourtant, en tant qu’être humain, on a si peur de se parler ou de se dire les vraies affaires que, trop souvent, on se cache derrière nos écrans pour atténuer ce sentiment d’angoisse qui nous serre le ventre. On s’écrit à travers un réseau électronique insensible au lieu de se parler dans le blanc des yeux, d’établir un vrai contact. Après, on s’étonne de devoir s’expliquer, quelques dizaines de fois, pour que l’autre moitié de la relation comprenne que, finalement, on s’étendait sur un long malentendu naissant de l’absence de ponctuation juste ou d’emoji quelconque.

Faut le faire!

Moi, je préfère parler vrai. Parler ensemble, face à face. Ressentir les gestes de l’autre, son regard, son timbre de voix. Même si ça peut augmenter le niveau de stress à son maximum, il n’y a rien de mieux que le tangible.

Je sais, je sais : derrière l’écran, avec notre clavier comme seule compagnie, c’est plus simple. On a le temps de réfléchir à ce qu’on va écrire. D’entreprendre une phrase pour l’effacer et la recommencer autant de fois qu’on le veut. En personne, on a cette propension à tourner autour du pot parce qu’on cherche la bonne tournure de phrase avec les bons termes aux bons endroits. D’ailleurs, face à face, ça arrive souvent qu’on choisisse les mauvais mots parce qu’on n’a pas le temps de les réfléchir et qu’on n’a pas accès à notre touche delete; qu’on choisisse les mauvais moments ou qu’on floute ce qu’on veut vraiment dire par de longues phrases qu’on masque avec des gants blancs, en plus. Tout ça parce qu’il faut improviser. L’impro, ce n’est pas easy-peasy, comme on dit. Pas pour tout le monde, en tout cas.

Ça m’est souvent arrivé d’écouter sans parler, de rester dans mes points d’interrogation et mes hésitations, de chercher à deviner les intentions de mes interlocuteurs plutôt qu’à demander. Je suis souvent restée derrière mon écran, moi aussi, et j’ai souvent essayé de mettre ma propre lueur dans les zones grises qui m’entouraient, même si ce n’était pas le bon « wattage ». Et je sais qu’on l’a tous fait, qu’on en a tous, des réticences communicationnelles.

Mais pourquoi?

Parce qu’on a peur d’être rejeté? De dévoiler notre vulnérabilité aux autres ou de ne pas aimer la réponse en devenir? Parce qu’on aime se faire des idées? Laisser les autres porter les culottes qu’on trouve trop grandes pour nous ou qui nous étouffent?

Ne trouvez-vous pas que le poids de tout ce silence, de toutes ces questions qui nous grugent par en dedans en rapport à telles situations, telles actions, tels échanges – présents, passés, futurs – c’est pire que de se faire fixer les idées par une réponse qui nous déplairait, mais qui, au moins, nous permettrait d’avancer ou de passer à autre chose?

Pour ma part, je le dis tout le temps aux gens autour de moi : pose-les tes questions, si tu veux une réponse, au lieu de tout overthink. Pose-les, parles-en, mais pas par texto. Ce n’est pas le bon média. Ça mène souvent au cul-de-sac et à l’interprétation subjective des mots qui se trouvent sous nos yeux.

Parler, questionner, mettre nos sentiments sur la table, communiquer face à face… ça peut faire grandement de bien, même si, aux premiers abords, ça nous troue le cœur et nous empêche de respirer normalement. Au pire, nos sempiternelles appréhensions seront fondées… au mieux, elles pourront prendre le chemin de la poubelle ! Dans les deux cas, on se sentira plus légers, à un certain moment.

Je dis tout ça comme si c’était tellement facile. Toutefois, j’ai pleinement conscience que ce n’est pas du tout le cas. Il reste tout de même que, pour évoluer, on doit avoir la vision claire, mais que ces questions sans réponses, ces sentiments qu’on n’expose pas, notre imagination fertile et notre tendance à analyser chaque détail sont les ingrédients parfaits pour semer le fouillis et nous empêcher de voir de l’avant. Et le cellulaire dans tout ça? Il n’aide pas à clarifier les choses, mais seulement à gagner un peu de temps.

Donc, que ce soit en prenant le temps de tourner notre langue mille fois pour formuler, du mieux qu’on le peut et en phrases concrètes, les pensées qui se pointent à travers les nuages dans notre tête ; en organisant sur papier nos états d’âme, nos inquiétudes, le discours qu’on cherche à prononcer tout haut ; ou en allant prendre une bonne bouffée d’air pour oxygéner nos cellules stressées avant de passer aux aveux, je suis certaine qu’on peut trouver plein de façons de communiquer plus sainement avec les gens qui nous entourent, qu’en se cachant la face en arrière de notre nouveau iPhone.

Prenons le pouls de ce qu’on veut vraiment dire au lieu de se précipiter dans des dialogues qui ne mèneront nulle part et qui nous laisseront confus. Prenons le pouls de nos relations et, surtout, prenons donc notre courage à deux mains…

…mais pour ça, il faut le laisser tomber, le téléphone.

Source : Unsplash 

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