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Les Crépus au théâtre : The dragonfly of Chicoutimi

Il fallait de l’audace pour présenter à Québec une pièce où la langue anglaise prime. Et la langue n’était que le premier des éléments déstabilisants qu’allait faire naître cette pièce pour les spectateurs. Mais comme le cran sourit à ceux qui savent s’en servir pour créer quelque chose d’absolument unique, The dragonfly of Chicoutimi a eu droit, à sa première, à l’une des plus longues et senties ovations qu’il m’ait été donné de voir à la Bordée.

Dans une mise en scène de Patric Saucier, le texte de Larry Tremblay, d’une richesse illimitée et s’attardant à des enjeux d’une grande profondeur, reprend vie sur les planches du beau théâtre de la rue Saint-Joseph. Au-devant de la scène, nous retrouvons Jack Robitaille, qui nous livre une performance absolument hypnotique, et nous découvrons l’étendue du talent – ou plutôt des talents – de Sarah Villeneuve-Desjardins.

dragonfly of chicoutimi

Il y a de ces œuvres qui nous donnent le vertige, qui bousculent nos habitudes de spectateur, qui demandent toute notre concentration, qui ne bercent pas mais nous déséquilibrent. The dragonfly of Chicoutimi est résolument ce genre de spectacle, alors que des jeux de partage entre mensonge et vérité, réel et rêve, passé et présent nous catapultent dans une fiction inquiétante. L’histoire est celle de Gaston Talbot, Chicoutimien qui porte en lui le trauma d’un événement violent. Il se réveille en ayant perdu l’usage de sa langue maternelle au profit de l’anglais.

La pièce porte bien son nom, alors que la libellule (dragonfly), symbole de sagesse dans la transformation et l’adaptation, conduit le personnage de Gaston Talbot d’un état à l’autre, d’un âge à l’autre et, surtout, d’une langue à l’autre. Dans un presque monologue nous laissant complètement abasourdis, nous reconstituons le fil d’une histoire fragmentée. Jack Robitaille est tout simplement magistral, nous faisant rire, nous inquiétant, nous interloquant avec un ton toujours juste. Pour lui donner la réplique, pour jouer de la guitare, pour chanter, pour monter très haut sur des échasses, bref, pour remplir tous les rôles auxiliaires, Villeneuve-Desjardins n’a pas son pareil. Elle est de tous les rôles, elle a toutes les voix et toutes les personnalités, comme quoi les métamorphoses sont partout dans l’heure et quart que dure la pièce.

dragonfly of chicoutimi

Finalement, il faut bien remarquer la pertinence d’une pièce comme celle-ci, qui explore le thème de la santé mentale en montrant bien l’importance de la langue dans la constitution d’une identité.

Bon spectacle à tous!

Source des photos : bordee.qc.ca

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