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Les fées ont soif

Je ne suis ni Mère, ni Pute, ni Vierge. Je suis bien plus. Je suis tout cela et son opposé. C’est ce que je peux retenir de la pièce de théâtre Les fées ont soif.

La pièce de Denise Boucher est présentée au Rideau Vert cet automne, exactement 40 ans après sa première représentation au TNM.

Il faut savoir qu’à l’époque de sa création, en 1978, la pièce crée un tel tollé qu’elle passe près de ne jamais être présentée au public. Le Conseil des arts de Montréal refuse de la subventionner. S’ensuit une violente protestation du peuple québécois : les intellectuels contre les fervents catholiques, représentés par les Jeunes Canadiens pour une civilisation chrétienne. Denise Boucher est accusée de désacraliser des images religieuses. En effet, elle dénonce la religion, le règne du patriarcat, des institutions qui ont toutes aliéné la femme.

Et pourtant, cette pièce est toujours d’actualité. Elle montre la tendance sociétale à vouloir enfermer la femme dans une case. Une femme doit correspondre à tels et tels critères. Les fées ont soif montre les peurs de la femme : celle de marcher seule le soir, celle de devoir être un objet de désir pour plaire, celle d’être traitée de pute ou de soumise le moindrement qu’elle quitte le rang de Vierge.

Dans sa pièce, l’auteure Denise Boucher met en scène trois archétypes féminins : la Mère, la Putain et la Vierge. Toutes dénoncent leurs insatisfactions, leurs problèmes en tant que femmes de leur époque, toutes veulent sortir de leur condition, de leur isolement.

Je me reconnais dans les problèmes de la Mère, de la Putain et de la Vierge.

Je ne veux pas être la Putain et être vue comme un simple « trou à fourrer ».

Je ne veux pas être la Mère et être vue comme une « machine reproductrice soumise ».

Je ne veux pas être la Vierge et être idéalisée par l’homme avec un grand H, tout en étant incapable d’accéder à la place qui me revient dans la société, dans la vie.

Les fées ont soif est une pièce qui a pour but d’abolir le mythe de la Vierge, de la Mère, de la Putain — de la femme fragmentée —  et réunit en une seule personne toutes ces femmes aux multiples personnalités, aux multiples problèmes, victimes de la même aliénation de la société. Oui, cette pièce est encore d’actualité; elle ne fait qu’éveiller les consciences aux combats que la femme a dû mener pour enfin être entendue.

Source photo de couverture : Pixabay

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