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L’audace des cheveux courts

Je veux vous parler d’une idée qui m’a prise et qui ne m’a pas lâchée depuis.

Il m’est venu une envie un peu folle de me raser la tête.

Probablement d’abord parce que j’ai les cheveux très longs et que je rage de plus en plus souvent de devoir gérer cette tignasse qui s’emmêle en moins de temps qu’il en faut pour dire brosse à cheveux.

Aussi, je me suis rappelée une des raisons qui m’a poussée(!) à les laisser s’allonger. C’était pour moi une façon d’affirmer ma féminité. Je l’ai toujours un peu cherchée, cette féminité.

Je me rappelle les crises que je faisais à ma mère pour ne pas porter de rose ou de dentelle quand j’étais petite.

En vieillissant, j’ai retrouvé le goût de la dentelle, mais je me tiens encore loin du rose.

Adolescente, je résistais au maquillage, je ne sais pas exactement pourquoi. Je portais des souliers plats, des pantalons. Puis, je me suis de plus en plus laissée tenter par des talons, des robes et… des cheveux longs. J’ai commencé à sentir le regard des garçons différents sur moi. Et j’ai continué dans cette voie qui semblait les attirer.

Maintenant, je me demande à quel point j’ai fait tout ça juste pour eux.

Je veux déconstruire ma tendance à vouloir plaire (surtout aux hommes). Je veux agir en fonction de moi, en fonction de ce qui me plaît, dans ce que je crois être bon pour moi. Et je réalise que je ne sais pas vraiment ce que je veux. J’ai longtemps mis en sourdine la voix qui me disait ce qui m’importait. Elle ne parle plus aussi fort, il me semble. Elle a dû se fatiguer à force de ne pas être écoutée.

J’essaie de tendre plus l’oreille et, quand je pestais contre mes cheveux, elle m’a chuchoté : « Pourquoi ne les coupes-tu pas? »

Je n’ai pas su quoi répondre. J’ai surtout eu un peu peur. Et je crois que j’ai surtout eu peur d’être laide.

Comment allais-je continuer à attirer les regards, sans ma longue chevelure?

J’ai croisé plusieurs amies qui se sont rasé le coco. Je les ai toutes trouvées magnifiques. Je crois que j’aime surtout leur audace qui transparaît maintenant, clairement assumée dans leur visage qui ne se cache plus derrière des mèches de cheveux.

Il y en a une en particulier, qui m’a dit à quel point c’était confrontant. Effectivement, le regard des autres change. Des autres, des hommes surtout. Elle m’a dit qu’on l’associe plus souvent aux lesbiennes.

C’est un préjugé que j’ai beaucoup rencontré : les lesbiennes aux cheveux courts, parfois qualifiées de « butch ». Et j’ai pensé au féminisme lesbien et aux lesbiennes séparatistes qui ne voulaient pas « coucher avec l’ennemi », qui voulaient s’affranchir de l’homme en se libérant des attaches hétérosexuelles. Ces femmes, certaines qui ne se considéraient plus femme, mais lesbienne, ces lesbiennes, donc, qui ne cherchaient plus à plaire aux hommes, mais à défendre leurs droits, à se battre pour une reconnaissance complète d’égalité. Elles s’en sont mis beaucoup à dos. Beaucoup d’hommes, sans surprise, mais aussi beaucoup de femmes. Ces amazones modernes ont fait peur et leur rage était palpable. De nombreux préjugés associés au féminisme radical ont pris leur source dans l’indépendance farouche de ces lesbiennes radicales.

« Radical » vient d’ailleurs du mot « racine ». Ces féministes ont cherché la racine de leur oppression, la racine du mal. Je ne suis pas surprise qu’elles aient conclu que les hommes sont à la racine du patriarcat.

Elles n’ont pas complètement tort. Elles se sont faites attribuer toutes sortes d’injures, elles se sont faites qualifier d’extrémistes. Il y a effectivement quelque chose d’effrayant dans la position qu’elles prenaient pour être cohérentes avec leurs réflexions.

Malgré la quantité d’encre qu’elles ont fait couler, ce mouvement a finalement été plutôt restreint. Mais je crois fermement qu’en peu de temps, leur audace a donné la permission à d’autres de se battre, n’en déplaise aux hommes.

Si elles n’avaient pas été là, je crois que je ne considérerais même pas me libérer de mes cheveux.

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