Menu

Lumières

« Le feu enfermé dans le foyer fut sans doute pour l’homme le premier sujet de rêverie, le symbole du repos. On ne conçoit guère une philosophie du repos sans une rêverie devant les bûches qui flambent. Aussi, d’après nous, manquer à la rêverie devant le feu, c’est perdre l’usage vraiment humain et premier du feu. »

– Gaston Bachelard

amis feu
Source

Comme Gaston Bachelard, j’aime le feu qui crépite, qui hypnotise et qui rassemble. Mais par-dessus tout, je chéris le feu pour sa lumière rougeoyante et instable. Le cuivré des teintes court sur les murs des chalets, fait chatoyer les visages réunis autour du foyer et attire vers soi les âmes isolées. Le feu est non seulement la plus belle, la plus noble et la plus ancienne des lumières, mais elle est spécifiquement celle de l’homme. Alors que l’animal la fuit d’instinct, l’homme la reçoit comme un appel. Elle attise son humanité profonde, l’incite au partage, à déployer sa voix, à se raconter. Voilà une lumière de chaleur, de réconfort, de repos.

Si, lorsque je ferme les yeux et m’imagine la flamme du foyer, je vois à mes côtés se dessiner les visages de mes amis et de ma famille, c’est le doux visage de ma blonde que fait naître la lueur discrète d’une chandelle. Le scintillement contenu de la chandelle ne peut se propager bien loin, il convient aux tête-à-tête, il est gage d’intimité. La chandelle allumée est un petit halo qui se débat avec l’obscurité. Elle révèle en préservant le mystère, elle est lumière autant qu’ombre, elle est la couleur chaude du souffle ardent de celle qui enflamme mes nuits. Au cœur de ces dernières, les rites amoureux se célèbrent dans le nimbe des bougies qui se consument lentement.

vin chandelles table souper romantique
Source

Les soirs de solitude ont également leur propre nitescence. Que l’on brise tous les néons et toutes les agressantes lumières des magasins à grandes surface ou des cafétérias. Le salut est dans le raffinement des lampes qui feutrent, tamisent et dosent leur éclat avec délicatesse. Alors la lumière se recueille et se penche pour éclairer les pages du lecteur, elle se diffuse pour réserver un espace de solitude où il fait bon se retrouver. Un bel abat-jour, une lampe dégotée chez l’antiquaire ou adroitement sculptée ; voilà le gage de merveilleuses heures de rêveries ou d’une douce mélancolie. On peut déduire de la finesse d’une personne à l’élégance de ses lampes.

Et aux lumières si caractéristiques et réconfortantes du soir succède celle mordorée du soleil qui se faufile si adroitement à travers le filtre des stores et entre les rideaux. Quoi de plus poétique qu’un rayon qui vient lécher nos couvertures encore bien hautes sur nos corps alourdis? À cet instant, il importe de secouer le sommeil et de se dépêcher de sortir. L’astre du jour se réfléchit alors dans les perles de bruine fraîchement posées sur l’herbe et dans les feuilles par la rosée du matin. Mais il faut patienter pour avoir droit au vrai bonheur. Les dernières traces du crépuscule ont toujours représenté le moment que je préfère de la journée. De manière subtile, mais néanmoins perceptible, s’achève, dans chacune des particules flottant dans l’air, un basculement dans lequel la densité de l’air se dilate. La constitution même de l’atmosphère semble différente. Quelle caressante mélancolie!

soleil champ lumière dorée
Source

La beauté est par définition illumination, éclat, brillance. L’amour de la vie exige d’en savourer chaque goutte, de peser le poids du miracle qu’est la lumière.

Source

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de