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On s’est détruits

J’ai toujours été différente, on le savait. Mais ma façon de communiquer et ma manière de penser le sont d’autant plus. Ça, c’est toi qui me l’as appris. Je t’ai apporté ce dont tu avais besoin, tu as fait la même chose pour moi. J’ai cru que je pouvais avoir la chose dont je rêvais depuis toujours : ma petite utopie.

On était un peu comme deux petits morceaux de papier qui s’envolent au vent : juste un peu maganés, probablement un peu trop. Peut-être était-ce parce que nos blessures étaient trop semblables que nos Legos ne s’emboîtaient pas comme il faut. D’ailleurs, je les ai sûrement un peu trop forcés.

On s’amusait à s’arracher des petits bouts de cœurs qui se trouvaient en haut. On les redescendait et, tranquillement, on les piétinait. Moi, j’ai appris la résilience, mais toi, un peu moins. Ce n’est pas la première fois qu’on m’écorche au passage. Ce n’est pas la première fois qu’on me donne le poids d’un mal-être qui ne m’appartient pas. Nos deux cœurs pouvaient danser ensemble à nouveau, se faufilant à travers nos côtes et tombant aussi, des fois.

Mais les jours passent et on ne danse plus. On évite nos entrailles parce qu’elles nous coupent. On s’éloigne, mais je me rattache toujours. Je joue le jeu. Je te donne de mes lambeaux de peau pour t’aider à te reconstruire, mais je ne guéris pas aussi vite que je le voudrais. Je suis nue, sans défense et en rampant, je m’imagine danser avec toi, encore. Je veux encore profiter de ta peau au lieu de toujours te donner des lambeaux. J’essaie d’apprendre à aligner mes pas. J’apprends à me guérir sans tes doigts et j’essaie tant bien que mal de ne plus m’oublier.

Mais on s’est détruits. J’aurais préféré qu’on soit seulement un peu écorchés et qu’au lieu de tout faire exploser, on ait pris notre temps pour s’apprivoiser un peu mieux. J’aurais préféré qu’on en reste aux étincelles, sans qu’on y mette le feu. On a frappé sur les murs qu’on avait brillamment construits et ça a explosé. Nos corps essayent encore de s’aligner, mais on sait déjà comment cette histoire va se terminer.

Crédit photo: Karianne Martel

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