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À toi, mon petit embryon

Allô, mon petit embryon.

Cela fait maintenant une semaine que je sais que tu existes. Que je sais que tu es en train de te développer, peu à peu, dans un monde tout douillet en moi, à l’abri de la tempête qui sévit à l’extérieur de ce doux cocon.

Tu es là, tout innocent, ne sachant pas que tu ne seras plus dans deux jours.

Ne sachant pas que celle qui aurait été ta maman a décidé de mettre fin à ce qui aurait été neuf mois de terrain inconnu, tant pour toi que pour elle.

Mon petit embryon, je veux que tu saches.

Je veux que tu saches que ce n’est rien contre toi.

Tu aurais peut-être hérité de mes yeux verts, de mes longues gambettes, des taches de rousseur de celui qui aurait été ton père. Tu aurais peut-être hérité de son sourire qui me fait encore chavirer le dedans, de mes cils interminables.

On ne le saura jamais.

Parce que celle qui aurait été ta mère n’était tout simplement pas prête à t’accueillir. Lorsque, enfermée dans la toilette d’un café de son quartier, elle a vu les deux lignes s’afficher sur le test de grossesse, les larmes de tristesse ont immédiatement commencé à tomber le long de ses joues. Deux minutes plus tard, elle appelait ses parents, ne sachant rien dire d’autre qu’un « Je m’excuse tellement. Je m’excuse tellement ».

Parce qu’elle savait déjà qu’elle allait être ta destinée.

Mon petit embryon, je veux que tu saches que ce n’est rien contre toi.

Tu es issu d’une relation encore remplie de papillons, où ceux qui auraient été tes parents continuent toujours de se découvrir, de s’aimer plus fort tous les jours, de réaliser comment tout est si facile entre eux. Mais, mon petit embryon, celui qui aurait été ton papa habite loin, bien loin de moi, de nous. Je ne pouvais m’imaginer passer les neuf prochains mois à le voir une semaine sur quatre. Ne pas être deux à passer à travers l’incroyable fatigue qui m’habite depuis deux semaines, à passer à travers ces nausées qui ne cessent d’augmenter jour après jour.

Je n’étais pas prête. Et je m’excuse de ne pas l’avoir été pour toi.

J’ai toujours été pro-choix. Toujours. Mais j’avoue qu’en ce moment, alors que j’ai ma main posée sur mon ventre, en train de combattre un autre élan de fatigue, je me sens cheap. Toute petite.

Mon petit embryon, je m’excuse. Je m’excuse tellement.

Ce n’est rien contre toi.

J’aime penser que celui qui aurait été ton papa est celui avec qui je ferai un très long bout de chemin. Si tu savais ce qu’il me fait vivre. Je n’en reviens toujours pas encore. J’aime penser que dans quelques années, lorsqu’on sera tous les deux exactement où nous le désirons dans nos carrières, nous allons décider de fonder une famille.

Je te promets, mon petit embryon, que je sourirai lorsque je verrai un autre test de grossesse positif. Je te promets que je penserai à toi, car tu resteras malgré tout mon premier. Celui qui m’a fait vivre pendant cinq petites semaines un avant-goût de ma future aventure de maman.

Je te promets que ce n’est rien contre toi. Et je te promets de te faire honneur lorsque je serai prête. Je te ferai honneur en étant la meilleure maman que je pourrai être.

Pour toi, et pour ce que tu aurais pu être.

ANONYME

Crédit photo couverture : insung yoon (Unsplash)

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