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Il est temps qu’on parle de « genre »

Il est temps qu’on parle de « genre ».

On mélange souvent les concepts de sexe et de genre. On associe à tort nos parties génitales à une conception du genre binaire, comme si le genre était aussi inné que notre sexe. Eh bien, ce n’est pas le cas. Comme le soutiennent les articles de la sociologue britannique Ann Oakley, avec des recherches psychologiques, biologiques, médicales, psychiatriques et anthropologiques à l’appui1, les différences entre les sexes « sont dues au conditionnement et à l’apprentissage plutôt qu’aux facteurs innés et préculturels »2. Le sexe est donc un concept biologique, alors que le genre est un concept psychologique et culturel.

D’autres chercheurs, tels Robert Stoller et John Money, défendent l’idée que l’identité sexuelle n’est pas innée, mais se développe durant l’enfance. De ce fait, la manière dont on choisit d’élever notre enfant va l’inciter à entrer dans un moule ou non. C’est pourquoi on peut se demander aujourd’hui s’il est encore pertinent d’élever notre différemment en conséquence du sexe qu’il a entre les jambes. En effet, comment on va l’habiller, comment on va le ou la traiter, les jouets qu’on va lui acheter, l’avenir qu’on va lui souhaiter, les valeurs qu’on va lui partager, tout cela sera influencé par l’organe génital avec lequel l’enfant est né.

Quand on sait qu’aujourd’hui, les genres sont beaucoup plus variés que cette vieille conception homme/femme, et que certaines personnes ne s’identifient pas au genre avec lequel elles ont été élevées, ne serait-il pas temps que nous changions nos manières d’agir et de penser pour le bien-être de nos enfants? Trop de suicides et de dépressions sont liés à cette binarité des genres (homme/femme) pour qu’on refuse d’en parler ou de changer les choses. De plus, cette conception binaire ne reflète pas la réalité. Beaucoup trop de personnes ne s’identifient ni homme ni femme. Que faire quand on te force à entrer dans un moule qui ne te correspond pas? D’associer ainsi le sexe et le genre ne devrait pas être une attitude de facto. Et si ton enfant naît avec les deux sexes? Ou qu’il ou elle naît avec le mauvais? Ou qu’il ou elle ne s’associe à aucun des deux?

Cet enfant n’a pas un mot à dire sur le sujet. Il ou elle va grandir dans un monde qui lui assure que les genres sont binaires, et si jamais il ou elle ose sortir de cette conception du genre, il ou elle va être traité.e en exclus.e, en marginal.e.

On s’obstine encore à agencer le monde en rose ou en bleu, alors que le genre est un spectre de mille couleurs. Et cette genrification du monde ne fait qu’engendrer de l’incompréhension, de la peur, de la tristesse et des suicides. On devrait pouvoir s’identifier au genre qu’on veut, ou encore, ne s’identifier à aucun genre, si c’est ce qui nous rend heureux.se.

C’est correct si on s’identifie au genre qu’on nous a attribué à la naissance. Mais ça devrait être un choix personnel de le faire, et non une imposition. Je rêve du jour où on va cesser de forcer notre vision genrée du monde à nos nouveau-nés, où on va comprendre que notre vagin ou notre pénis ne nous définit pas en tant qu’être humain. Ce sera le jour où on va arrêter de rendre la vie infernale aux trans, aux non-binaires ou aux agenrés de ce monde.

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Pour plus d’informations sur le déterminisme socio-culturel et le genre, voir Judith Butler, Défaire le genre.

Références

1 https://journals.openedition.org/lectures/19627
2 Idem

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