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Un jour tu vas mourir, mais en attendant, c’est pas si pire

Vérité troublante, vérité fondée, vérité vraie de vrai.
Sage parole que mio Nonno m’avait lancée à un souper de Noël.
Juste comme ça, sans crier gare, mon gosier ben rempli de dinde sèche et lui, couvert de vino rosso.
« Stephania, un jour, tu vas mourir! »

Je me souviens à quel point ses paroles ont passé dans le beurre. Personne n’a réagi, ma mère a continué à crier après mon p’tit frère, ma sœur a continué à chialer après son chum et mon grand frère a continué à faire des jokes de cul avec mon beau-père pis ma tante.
Pourtant, Nonno avait une voix portante, surtout après trois-quatre bouteilles.

Ça fait que je suis restée là, avec ma dinde à moitié mâchée dans’ yeule, sans savoir trop quoi répondre à cette prophétie italienne remplie de tendresse passive-agressive. Le repas a poursuivi son chemin, un dessert de Ricardo, une partie de Cranium, une chicane générale et Nonno est parti, pis moi aussi, mais lui un peu plus loin que moi, t’sais.

Mais bon, voilà, un jour toi, moi, lui et elle. Nous, vous, they and them, allons mourir.
Un jour comme les autres, un jour avec ou sans dinde.

L’hiver me rappelle toujours cette histoire, et cette vérité vraie.
Alors que la nature nous montre jusqu’à la toute fin à quel point elle est belle;
Du plus rouge des oranges à l’odeur réconfortante de ses feuilles mortes.
Et que dans son dernier souffle, elle nous balance en pleine gueule de la neige.
De la maudite belle neige.

Ça me rappelle qu’un jour, moi aussi, je vais mourir, mais pour de vrai.
Je ne reviendrai pas dans un bourgeon de pommier, ni dans un moustique dégelé trop tôt.
Je ne reviendrai pas aussi vite que le printemps revient après l’hiver.

Je vais juste m’éteindre.

Pis je pense que mon grand-père voulait me le rappeler dans ses grands mots coup de poing su’a gueule, car trop souvent, je trouve qu’on l’oublie. On oublie de vivre, on oublie d’apprécier le jour et le ciel, autant que le soir. On oublie d’apprécier le fait qu’on peut respirer par le nez quand on est pas malade. On oublie d’apprécier chaque petite conversation avec nos amies, chaque reproche de nos parents, chaque rupture et chaque nouvelle rencontre. Je ne sais pas comment le dire sans sonner complètement quétaine, pis je m’écœure en ce moment.

Mais la vie, ça passe vite, criss.

Dans un café de Saint-Joseph, je réalise qu’un jour je vais mourir, peut-être d’une crise cardiaque dans mon sommeil, seule avec un connard de chat, peut-être bouffée par un requin, ou peut-être de maladie, main dans la main avec la personne que j’aime. J’espère que d’ici là, j’aurai profité de la vraie vie. Celle dont j’ai envie, pas celle qu’on voit dans les magazines Ikea.

J’espère que je serai bien, et peut-être même que j’aurai trouvé quelqu’un avec qui passer à travers ce temps effréné, et avec qui j’aurai des minis-moi.

Parce qu’au fond, ce n’est pas de constater à quel point la vie va vite qui me dérange, c’est plutôt la rapidité avec laquelle elle prend fin.

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