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J’ai peur de dater

Depuis la fin de mon secondaire, j’ai toujours été la fille en couple.

Était-ce avec les personnes qu’il me fallait pour être heureuse? Certainement pas. J’ai ces souvenirs de mon père qui n’était jamais vraiment à l’aise de rencontrer le nouveau prétendant que j’avais déniché.

En étant en couple, je n’avais pas besoin d’être plongée dans ce milieu fascinant du célibat et du dating. Je ne me rappelle pas d’avoir vécu la vie de célibataire à rencontrer plusieurs personnes et être libre de voir et faire ce que je veux. Une date et c’était réglé, il devenait mon amoureux quelques semaines ou quelques mois plus tard. (On apprend avec nos expériences et nos erreurs et même si écrire ce passage me rend un peu gênée, je ne changerais rien à mon parcours.)

J’étais assez étourdie, puis je ne me souciais pas vraiment de ma valeur comme femme et de l’importance de laisser quelqu’un prendre de mon temps.

Ça m’arrive parfois encore de m’ennuyer de cette époque où je ne me posais pas vraiment de questions et où j’étais plus naïve.

Le problème en arrêtant aussi longtemps est que comme après un accident de vélo, je n’arrive plus à recommencer à faire de la route. J’ai attendu un bon moment pour embarquer sur mon vélo et aujourd’hui, je suis assise sur le banc, je tiens le guidon, mais je n’avance plus.

Travailler sur soi, c’est un peu ça que ça fait.

Tu as tellement découvert sur toi, sur tes patterns, sur ta vie et tes choix que tu n’oses plus rien déplacer autour de toi pour ne rien abîmer.

Il faut le mentionner, j’ai développé une relation amour-haine avec Tinder et tous ces autres modes de rencontre. Je télécharge parfois l’application et 2 jours à swiper plus tard, je ressens un genre de mal-être intérieur qui me crie :

« QUESSÉ TU FAIS LÀ-DESSUS, TU NE VEUX PAS DATER ET TU LEUR DIS TOUS NON, SUPPRIMES TON COMPTE. AWAYE. »

Mon cauchemar est sans aucun doute le cliché d’une première sortie dans un restaurant du Mile-End avec les tables trop serrées, assis l’un en face de l’autre à devoir apprendre à se connaître en quelques heures, faire de petites blagues et être mal à l’aise en buvant un verre pour se dégourdir.

On va se l’avouer, une date est parfois un peu comme un oral en français. Tu sais que c’est à ton tour de parler, mais devant la classe, tu figes et tu te mets à avoir l’air awkward et à suer des mains.

Suis-je terrifiée par l’idée d’aimer?

– De vivre un possible rejet?

– Que ça se passe bien?

– De me retrouver dans un prochain article des pires dates ?

– Par la peur de me tromper?

– Par l’idée de penser que je ne suis simplement pas prête?

Ce sont des questions que je me pose bien souvent, surtout quand c’est la Xe invitation que je refuse en 2 ans. J’ai l’impression que c’est un passage obligé pour rencontrer quelqu’un, mais ça me met une pression. J’ai le rêve de rencontrer ma personne à moi dans mon entourage ou dans une soirée tout bonnement ou bien entre deux boîtes de céréales à l’épicerie et l’on finit par trouver ça bien séduisant de manger la même sorte.

T’sais, un miracle.

J’ai l’impression qu’on cherche tous un peu l’amour, mais en même temps, on la repousse et l’on repousse surtout le chemin pour s’y rendre.

Je me répète souvent pour me convaincre que je ne forcerai pas les choses et que je ne m’obligerai surtout pas à accepter une date simplement pour adhérer à une convention sociale qu’à mon âge, je devrais commencer à chercher plus fort ou pour enfin trouver « l’homme de ma vie ».

J’ai encore la naïveté de croire qu’une relation ne se force pas et que ça arrive tout simplement. Je me dis qu’un jour, quelqu’un m’aimera écorchée tout comme elle m’aimera à mon meilleur et ce, que ça débute d’une rencontre sur Tinder ou à plaisanter à la pharmacie pendant que tu t’achètes une boîte de Canesten.

À 28 ans, je peux enfin dire que j’ai commencé à prendre conscience de ma valeur et de la femme que je suis et que quelque part, un jour, quelqu’un me donnera envie de lui dire OUI tout de suite.

Aimes-tu ça dater toi?

Par Émilie Potvin

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