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M.I.L.F. : Être mère et femme

L’autofiction et la poésie occupent une place de choix sur la scène littéraire ces temps-ci. Avec sa pièce M.I.L.F., présentée au Périscope du 27 novembre au 1erdécembre, l’autrice Marjolaine Beauchamp s’inscrit parfaitement dans cette mouvance. Elle propose un texte inspiré de ses expériences personnelles et de témoignages recueillis auprès de femmes ayant accepté de lui confier une partie de leur vécu. Un texte écrit avec la plume crue, mais sensible qu’on lui connaît.

M.I.L.F, c’est trois femmes. Trois mères. Trois femmes qui essaient d’être mères, mais de rester femmes en même temps. Trois mères qui tentent de comprendre comment vivre leur sexualité malgré leur maternité, qui souhaitent être plus que des corps qui ont donné la vie. À l’aide de mots percutants et d’images qui le sont tout autant, on saisit totalement les désirs, les peurs, les doutes, les frustrations et les blessures qui habitent les personnages interprétés par Marjolaine Beauchamp, Geneviève Dufour et Stéphanie-Kym Tougas. On les retrouve dans leur quête d’émancipation et de réappropriation d’elles-mêmes à travers différents tableaux qui s’enchaînent, des fragments d’existence livrés par des monologues tantôt drôles, tantôt bouleversants. Dès les premiers instants, on a cette impression d’être mis devant le fait accompli, comme si chaque scène était le morceau d’une grande histoire dont on ne connaîtra jamais vraiment la fin, ni le début.

Avec M.I.L.F, on oscille constamment entre deux extrêmes : les murmures et les cris, les larmes et les rires, les orgasmes et les pleurs, la tendresse et la violence. Ces ruptures de ton, d’émotion, peuvent parfois désorienter le spectateur en recherche de repères, lui qui ne peut se raccrocher à un réel fil narratif. C’est que, par un dispositif scénique ingénieux, la pièce semble se construire sous nos yeux. L’espace noir et presque vide se transforme et s’anime grâce à des éclairages et à quelques accessoires qui façonnent les lieux, changent les ambiances. L’enrobage musical joue également un rôle d’importance dans l’écriture du spectacle. Composée, entre autres, de chansons françaises trafiquées et d’un intermède aux accents punk, la trame sonore, jouée live, vient en effet moduler le propos du texte, lui ajouter une couche de sens. Alors qu’on se retrouve face à une esthétique somme toute assez minimaliste, on sourcille un peu devant le « gaspillage » fait durant la représentation (bol de céréales qui déborde et dégouline, orgie d’essuie-tout pour ramasser le dégât). Mais on comprendra, au fond, que ce gâchis ne fait qu’illustrer les excès des femmes de la pièce, le trop-plein qu’elles ressentent.

M.I.L.F. est une oeuvre très « in your face», aussi belle que dérangeante. Au final, il s’agit surtout d’une prise de parole féminine forte, d’un appel au rassemblement, d’une ode à l’imperfection fort libératrice.

Une production du Théâtre du Trillium
Texte : Marjolaine Beauchamp
Interprétation : Marjolaine Beauchamp, Geneviève Dufour et Stéphanie-Kym Tougas
Mise en scène : Pierre Antoine Lafon Simard
Lumière : Guillaume Houët
Musique : Pierre-Luc Clément

Source photo de couverture : Théâtre Périscope

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