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Je ne suis peut-être pas faite pour la petite vie

Alors qu’on parlait d’astrologie et que je disais comment je ne me reconnaissais pas dans l’exubérance du Lion, ma coloc m’a fait remarquer qu’être Lion, c’est aussi être intense, avoir une vie intense pleine de péripéties incroyables. Vu de même, oui, je suis Lion. Les dernières années, ma vie a été tout sauf un long fleuve tranquille. Je vis des choses intenses et je n’ai pas réellement eu de break. Ajoute à cela l’ouverture, la curiosité et le non-conformisme de mon ascendant Verseau et tu comprendras vite que la petite vie préconisée par la société, ça m’étouffe. Je ne suis pas faite pour la petite vie dans laquelle on suit le chemin tracé sans se poser de questions. Dans laquelle on calme nos angoisses en écoutant Netflix plutôt que les écouter, elles. Dans laquelle on évite notre regard dans le miroir par peur d’y lire notre désarroi ou, pire, de ne pas nous y reconnaître. Peut-être que finalement je suis faite pour les défis, les folies, les voyages et le cheminement spirituel. Et tout ça, je me vois mal le faire depuis un bungalow à Brossard*. Adolescente, le simple fait d’avoir un bon emploi, une maison et une famille me semblait être l’ultimate dream. Pis finalement, plus je vieillis, plus je réalise que c’est pas ça que je veux.

Je préfère vivre dans un appart simple, mais au centre de l’action et investir dans mes passions plus que dans le matériel. J’ai jadis eu le confort de la vie de banlieue, mais plutôt que d’y trouver le bonheur tranquille que j’espérais, j’y ai trouvé l’angoisse existentielle et la solitude. Mais pas la belle solitude que je chéris aujourd’hui. Je parle de celle qui te ronge par en dedans entre tes beaux grands murs, tes armoires en mélamine pis ton bois franc frais verni. Bref, une sensation de vide m’habitait. Puis, ce vide est disparu au fur et à mesure que j’ouvrais mes œillères pour sortir des sentiers battus. Et c’est là que j’ai commencé à construire une vie qui correspond davantage à mes valeurs profondes. Parallèlement, j’ai découvert ce que c’était d’être passionnée par son travail et d’être entourée de gens allumés venus profiter de l’ouverture et des possibilités qu’offre la grande ville.

Les dernières années ont donc été un peu folles. En perpétuelle évolution, j’ai découvert des parties de moi dont j’ignorais l’existence auparavant. J’ai repoussé mes limites et essayé 1001 choses. Je suis passée à travers plusieurs tempêtes. J’ai vu noir, puis j’ai enfin vu la vie en bleu. Je suis tombée en amour plus d’une fois, j’ai eu le cœur brisé au moins une fois de plus. Puis, j’ai appris à apprécier la solitude et le célibat. J’ai découvert que j’aimais les femmes pour ensuite découvrir que j’aimais toujours les hommes. Je suis partie, un sac sur le dos, sans travail au retour. J’ai quitté mon nid douillet pour la colocation. J’ai vécu à l’étranger. J’ai commencé à écrire pour la Fabrique Crépue et j’ai gagné une retraite de yoga en Tunisie. J’ai entrepris une thérapie et je me suis ouverte à mon petit côté « sorcière ». J’ai trouvé ma voie professionnelle et eu une promotion inespérée. T’sais, quand la vie tourne enfin de ton bord… Ou est-ce plutôt moi qui me suis tournée du sien?

Peu importe le pourquoi du comment, après tout ça, plus jamais je ne vais me contenter d’une petite vie où ma seule motivation est le jour de paie pis les prochaines vacances. Je veux faire de mon quotidien une aventure, où je relève de petits et grands défis tant personnellement que professionnellement. Une vie où je plonge loin en moi-même, même si ça fait mal pis que c’est pas beau à voir. Car je suis faite pour l’aventure. L’aventure des voyages, des randonnées, des méditations profondes, mais aussi celles du dépassement de soi, de la créativité, de l’amitié pis de l’amour. La vie est beaucoup trop belle pour ne pas la vivre. Pour la gaspiller avec les mauvaises personnes et les mauvaises jobs, paralysée par la peur de l’inconnu.

J’en conviens, c’est pas reposant tout ça. Mais si j’arrête d’apprendre et d’évoluer, je meurs à petit feu. Maintenant que j’ai retrouvé l’étincelle dans mes yeux, celle que j’avais quand, à 4 ans, je m’exclamais « Oh si c’est beau! », je ne laisserai plus jamais quoi que ce soit, ni personne, ni moi-même l’éteindre. Tant pis si ça signifie que pour ça je dois fuir le « bonheur tranquille ». Tant pis si c’est inconfortable, pourvu que ça me permette d’être vivante et fidèle à ma nouvelle meilleure amie… moi-même.

Je termine sur les vers du cousin de mon arrière-grand-père (je sais, c’est loin, mais laisse-moi savourer mon semi-lien de parenté) dans lesquels je me retrouve tellement 90 ans plus tard.

C’est un bungalow qui loin de la ville
Érige, au milieu d’un parterre en fleurs,
Sa forme trapue et d’aspect tranquille
Ignorant le rire, ignorant les pleurs

Alfred Desrochers, 1928

*Ne le prends pas mal si tu as un bungalow, c’est peut-être parfait pour toi, mais moi, j’ai besoin d’autre chose. No judgement, darling.

Source photo de couverture : Pixabay

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