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La peur : ma pire ennemie, mon meilleur moteur

« J’ai peur », trois mots, trois tout petits mots pour porter une émotion au poids pourtant si lourd. L’une des plus douloureuses, des plus saisissantes, des plus complexes et des plus mensongères, parfois, qu’il m’ait été donné de rencontrer dans ce vaste champ émotionnel que ressent l’être humain. Elle sait se glisser insidieusement en nous, tapie, elle attend, elle se manifeste en sursauts, se cache de nouveau. Puis par moments, elle frappe, violemment. Et là, c’est tout le corps qui parle. La gorge se serre, la tête tourne, les jambes flanchent, les paupières s’alourdissent, le cœur bat vite, trop vite, fort, trop fort. Le voilà qui semble vouloir exploser sous la poitrine.

Cette émotion est vitale, elle avertit d’une menace, elle nous met aux aguets, nous prépare à agir en conséquence du danger qui se profile. Mais que faire lorsque ce dernier n’est pas perceptible? N’est plus un fait tangible, visible, réel, mais qui se manifeste au plus profond de nous-mêmes? Lui est flou, inaccessible, incompréhensible… Et pourtant, la peur est là. C’est précisément celle-ci qui me tétanise, que je redoute sans cesse. Comment puis-je lui répondre et fuir un danger que je ne perçois pas? Je suis bloquée dans un face à face avec elle et c’est alors que nous nous toisons. Je tente de l’observer, de l’interroger, de lui tenir tête et je la hais, je la hais plus que tout. Je serre les dents, j’essaie de me raisonner, de m’en tenir aux faits, de taire cette panique qui prend possession de tout mon être, de toutes mes pensées. J’en veux à mon cerveau de me donner l’impression de perdre pied, de m’envoyer en cascade des scénarios catastrophes qui n’arriveront pas et de m’entraîner dans une dévalorisation dont je ne vois plus la fin. Alors j’ai envie de crier, de lui crier : « Tais-toi, arrête d’imaginer le pire, je ne t’ai rien demandé, laisse-moi. Laisse-moi respirer, laisse-moi m’ouvrir, laisse-moi essayer, laisse-moi me faire confiance, laisse-moi me tromper, laisse-moi vivre, laisse-moi être. »

Difficile de croire qu’il est possible de se mentir à soi même avec tant de véracité, et pourtant. La peur survient, la panique suit, l’angoisse te crispe et tout ce que tu regardais en couleurs s’assombrit, se ternit. Tout ce que tu considérais comme familier, comme étant ta sécurité, se recouvre d’un voile dangereux, opaque. Ton corps ne fait plus qu’un avec la peur et voilà qu’elle te murmure à l’oreille que tu ne seras pas capable, que tu n’y arriveras pas, que tu es trop fragile, que c’est trop ambitieux pour toi. Quoi? Tout. L’amour, la réussite, l’échec, la rencontre, la rupture, les pleurs, les rires, les doutes, la vie…

Fuis, prends tes jambes à ton cou, va vite te cacher du monde. Pourquoi? Parce que le monde est hostile? Peut-être, mais c’est surtout la vie qui est follement risquée. C’est bien là que réside sa qualité principale. Sans prise de risques, tu ne vis pas. Et, à cette tétanie si douloureuse, je refuse de céder, de me plier. Je ne veux pas me figer. Voilà qu’elle se transforme en hargne, en rage de vivre. J’essaie de m’accrocher à cet espoir que je ressens viscéral, à cette volonté de persévérer, de continuer à résister à cette foutue peur. Plus qu’un danger, elle devient un combat, laborieux, épuisant, acharné. Et quand elle déclare forfait, quand le souffle se fait plus calme, que l’étau autour du cou se desserre, que les yeux s’ouvrent à nouveau, alors je sais. Je sais que j’ai vaincu. Je sais qu’elle n’était que mensonge, qu’elle ne me contrôle pas, qu’elle ne me définit pas. Et je tente d’ancrer en moi cette nouvelle émotion que j’ai du mal à définir. Serait-ce du soulagement? Sans doute. De la fierté? Je l’espère. Oui, j’espère pouvoir faire de nouveau un face à face, avec moi-même cette fois, et me féliciter. Me laisser accueillir cette nouvelle bouffée d’air qui permet à mon cerveau de murmurer qu’en réalité, si, je suis capable. Continuer à puiser de la force dans cette expérience introspective pour m’autoriser à croire en moi, un peu plus chaque jour.

A toi, ma plus grande peur, celle qui me laisse penser que je redoute la vie alors que c’est ton extrême opposé qui m’oppresse. Qui? La mort. Je pourrais presque te dire merci. Merci de me faire mal à m’en donner la rage de rester en mouvement, toujours. Car oui, vivre c’est bouger, changer, évoluer, trébucher, se relever, avancer. Se figer, s’arrêter c’est mourir à moitié.

Alors, prends le risque. Même si la peur te tire par le bras, te pousse parfois de toutes ses forces vers cet immobilisme, résiste. Tu n’es pas elle, tu es toi et tu peux, tu peux tout. Apprivoise-la, dépasse-la pour aller découvrir ce trésor immense qu’elle cache derrière son dos : la vie.

Ne laisse pas ta peur être un frein, fais-en ton tremplin.

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