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La dépendance affective en relation de couple

Je m’engouffre dans l’effluve érotique de ton corps je respire ton visage de trop près sur la pointe du nez écrasé, le ravin guette ma chute imminente. Je me laisse claquer toute entière sur ta chair précieuse me frappant à ta réalité de fresques délicieuses j’absorbe ton monde les yeux rivés vers le haut de ta stature lubrique (majestueux!) mes pores inhalent les bondissements soufflés de tes humeurs. Je me réjouis à faire des auréoles autour de toi, je danse hélicoïdal dans le sillage de tes désirs qui s’emmêlent à mes circonvolutions ramollies. J’usurpe je lance des feux stridents je me colle à toi je déballe mes mots trop vite mes questions affluent par saccades. Le matin englué de rayons en miel je gratte dans ton dos comme un raton sournois réveille-toi je veux profiter de chaque seconde en ta présence j’appréhende déjà le moment où nous devrons nous quitter. Je sens la séparation qui me rattrape encore trop vite, le passage du temps me martèle d’incompréhension totale abstraite vertigineuse, et s’évanouissant de lassitude en ton absence, à tes côtés il s’accélère d’une fulgurante insistance (peut-être est-ce parce que ton temps te glisse toujours des mains et dans ton élan à le rattraper il tombe par terre et se casse en mille morceaux), ainsi ma raison s’affole sous cette pression aride du détachement toujours hâtif… Nous nous quittons déjà.

Je suis si heureuse avec toi, mais sans toi je m’égare.

Qu’arrive-t-il à mon esprit qui ne reconnait plus son individualité?

Je suis tellement sensible à l’être chéri, à ses doutes et ses ambitions, je suis si curieuse, impliquée émotivement et viscéralement intéressée à ce qui tumulte dans sa tête, à ce qui surgit en ornements de mystère à chaque instant précis, que ses préoccupations deviennent inconsciemment plus importantes que les miennes. Dans cet état constant de magnification de l’autre, je commence à aimer plus sa vie que la mienne, à admirer son travail plus que le mien, à adopter ses goûts, à analyser sa beauté pendant des heures, je m’accroche aux bribes de son existence d’une fermeté implacable, je m’évente en lambeaux fantomatiques de neige folle, m’oubliant complètement. J’aurais toujours envie de le voir, je bâtis mon bonheur sur l’espoir des plans de notre prochaine rencontre que j’organise dans ma tête, mais si ces plans tombent malencontreusement à l’eau, je me retrouve frustrée, désemparée, rejetée, profondément triste.

J’observe à mes côtés une personne si complète et passionnée par ses occupations que je me vois aspirée, immergée à l’intérieur des eaux de sa vie qui me guident au rythme de leurs vagues tantôt foudroyantes tantôt rassurantes. Mon monde fusionne au sien si parfaitement que la délimitation qui les sépare m’apparaît flouée, je viens à en oublier ma véritable valeur et ce qu’il y a au fond de moi. Je n’existe qu’à travers l’autre.

C’est un oubli de soi qui s’installe tranquillement, ne laissant souvent paraître aucune trace dans sa foulée, il passe inaperçu lorsqu’on est éperdument plongée dans l’excitation des merveilleux moments partagés en compagnie de l’être qu’on aime.

Je consomme la vie de cet être si avidement qu’une fois seule, je ressens un manque, une impression de mal-être, une angoisse abyssale, un besoin vital de le revoir comme si sa présence immédiate était la solution à tous mes problèmes et la raison de mon ravissement. Cette solution n’est malheureusement pas permanente, elle camoufle la brèche pendant un instant pour la faire réapparaître plus imposante par après. Lorsque je suis seule, je cesse soudainement d’être alimentée par une source extérieure, par ce corps de chaleur de caresses, par sa voix feutrée ses mots veloutés, par cette bouche rougie de fougue cette langue douce, par ces regards complices cette présence si spéciale. Je dois donc puiser en moi pour dénicher ces quelques parcelles de bonheur vif, en cet endroit que j’ai ironiquement déserté par peur de solitude.

Lorsqu’il n’est pas près de moi, cet homme croqué (oui c’est moi qui lui croque les oreilles les aréoles les biceps), je me sens divisée, comme si mon cœur voulait être ailleurs, comme s’il m’était impossible de profiter pleinement du moment présent. Puis, le son d’une notification, c’est lui, le souffle reprend et la joie rejaillit.

Cette impression de dépendance me fout terriblement la trouille. Serait-ce la peur de ne plus pouvoir assister au film de sa vie que je trouve alors si captivant puisque je suis complètement folle de lui? Je ne voudrais pas manquer un sourire ni un rire! Ni un orage ni une accalmie. Je scrute attentivement les mouvements de son visage, à quoi il pense là maintenant? Je veux être à la première loge de ses iris bleu lune, je veux avoir l’exclusivité des grands élans de son âme.

C’est magnifique d’aimer et je pense que c’est normal pendant les premiers moments de s’abandonner à la seule ambition d’être amoureux, mais selon moi, cela peut devenir un réel problème de dépendance affective lorsqu’on commence à organiser notre vie en fonction de l’autre et qu’on s’adapte à son horaire comme si ça allait de soi, lorsque nos passions personnelles et activités deviennent moins fondamentales que le temps passé en couple et lorsqu’on en vient à négliger les autres sphères de notre vie (familiale, amicale, scolaire, professionnelle, personnelle) parce qu’on pourrait faire n’importe quoi pour profiter de plus de temps avec la personne pour qui on s’éprend!

Moi, quand je suis en amour, il m’arrive de me perdre dans l’autre malgré que je croie être une femme forte qui ait toujours lutté pour sa liberté absolue. Il ne faut pas se blâmer continuellement, mais il est primordial de prendre conscience de sa condition et d’établir des limites; c’est un travail sur soi permanent, un combat difficile et douloureux contre des forces naturelles. Pour que la relation ne s’étiole pas et qu’elle reste saine, il faut être fort et essayer du mieux qu’on le peut de ne pas envahir outre mesure l’autre de nos besoins affectifs et de nos insécurités.

Pour les compagnons\compagnes qui vivent avec des personnes dépendantes : soyez compréhensifs, ne vous sentez pas directement attaqués par leurs débordements d’instabilité émotionnels et surtout, sachez les rassurer de temps à autre si vous les aimez vraiment, ça pourrait tout sauver. Pour ceux\celles qui croient sombrer dans la dépendance affective : remplissez votre vie d’activités en solo qui vous rendent heureux\ses et fier\es, inscrivez-vous à ce cours de danse contemporaine auquel vous avez tant rêvé, défoulez-vous sur un ring de boxe Muay Thaï, aimez la vie que vous menez, prenez des décisions pour vous-même, allez à la librairie acheter des livres et submergez-vous d’idées fascinantes (la littérature est un bijou inestimable, un don de l’Histoire qui refoule en ses mots de grandes vérités!).

Faites un jogging la langue perchée sur les plus beaux flocons en admirant le spectacle idyllique des pixels de lumière, ressentez la gratitude des moments extatiques sans cultiver le morne regret que l’être aimé ne soit pas à vos côtés pour y assister également. Lorsqu’on est seul avec soi, la vie s’admire sous une perspective optimisée, les sens aux aguets sont dédiés à l’observation éclairante de détails essentiels.

Et pis toi surtout, aime-toi toute seule, dans ta tête il y a de si belles choses, une imagination fabuleuse une intelligence décapante, tu te complètes bien moi j’trouve.

Assume ton égoïsme.

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