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Si je perds ton cœur

Hier encore, je déambulais dans les rues de la ville immaculée de sa blancheur hivernale. La prose commençait à faire sa place derrière mes yeux clos; tu sais, je connais chaque détour par cœur, c’est d’ailleurs la seule chose qu’il se permet encore.  

Pendant que le vent soufflait la neige à travers le faubourg, que les lampadaires commençaient à étinceler dans la tombée du soir, et je refermai ma main sur la tienne, espérant lui transmettre un peu de la chaleur de ce cœur qui battait encore pour un rêve qui s’y était enfoui et qui jaillirait peut-être un jour dans une pluie d’étoiles filantes, l’annonce d’un amour retrouvé dans l’iris de tes yeux, comme l’étoile polaire qui guide le voyageur égaré.

Hier encore, j’arpentais le dédale de ces ruelles tortueuses dans la foulée d’un amour tout aussi passionné qu’improbable, immuable dans le clair de lune qui te rendait si belle que je l’enviais de pouvoir en être témoin; que j’eusse attendu des nuits entières dans l’espoir d’y voir poindre ce reflet, qu’un seul instant suffisse à mes yeux pour l’y contempler une autre fois, dusse être la dernière.

Hier encore, je m’asseyais près de la fenêtre de givre couverte pour t’y écrire la prose naissante que mon cœur conservait bien à l’abri dans les braises d’un feu autrefois étincelant, et que je te demanderais de poursuivre, d’autant qu’elle n’y existerait que si cette faveur m’était accordée.  

Aujourd’hui, je suis toujours près de cette fenêtre et j’observe la lune qui apparaît entre la noirceur de la nuit et le clair du jour, entre la courte existence des ténèbres dont mon regard s’est drapé, dans le givre dont mon cœur s’est laissé emporté, et je continue de t’écrire cette prose dans le clair-obscur, puis d’attendre que la lune me gracie de ce reflet que j’attends patiemment, un mot à la fois.

Ce n’est que lorsque tu poses ta main sur ma nuque pour venir te blottir dans mes bras, emmitouflés dans notre catalogne chaude et réconfortante que je te lis ces phrases dans le crépitement du feu qui brûle dans le foyer du salon, car j’eusse été exaucé, et que si je devais perdre ton cœur, je perdrais aussi le mien.

Par Simon Guérard

Source photo de couverture: Unsplash

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