Menu

Noël dans un cocon

Le temps des fêtes, quand j’étais jeune, c’était relax. Ben relax.

Je suis enfant semi-unique. C’est-à-dire que j’ai un frère, un demi-frère, plus vieux, de qui je suis très proche aujourd’hui, mais on n’a jamais habité ensemble. À l’époque, on ne se voyait pas souvent, malheureusement. D’où le « semi-unique ». Pas dans les faits, mais en pratique.

On n’avait pas une grande famille non plus. La moitié était en France pis l’autre moitié était… vieille! Mon père m’a eue à 44 ans, je n’ai donc pas tellement connu mes grands-parents paternels ni le frère aîné de mon père, qui est mort relativement jeune.

Donc, pas de gros party de famille élargie, pas de multiples matantes et mononcles qui sentent trop le parfum, qui prennent des nouvelles de façon superficielle, pas de marathon de réveillons, « le 24 on est d’un bord, le 25 de l’autre, le 26 on est tannés », pas de grande tablée festive comme on voit dans les publicités.

On était juste les 3 ensemble. Papa. Maman. Enfant. Tout le temps.

Sauf le 31 décembre. Le 31, on avait un gros party avec la ribambelle de cousins de mon père. C’était intensément typique : les cachettes dans les tas de manteaux de fourrure sur le lit, les sets carrés endiablés dans le salon, le Bye Bye sur la minuscule télé cathodique dans le sous-sol pour ceux et celles qui veulent rien savoir de se trémousser, les petits verres de crème de menthe qui trainent un peu partout, les overdoses de sucre à’ crème. Toute. Un vrai de vrai réveillon.

Mais un moment donné, comme dans toute famille, des gens nous ont quittés, des membres-piliers qui tenaient le monde ensemble. La tradition du 31 s’est effritée tranquillement. Fini les sets carrés, l’odeur de boules à mites des manteaux, les piges de cadeaux pis les chansons à répondre.

J’étais trop jeune pour comprendre les vraies raisons du pourquoi.

Mais j’y avais pris goût.

Plus de party à Noël. Plus de party au jour de l’an.

Pour que je ne ressente pas trop le vide, peut-être, mes parents ont commencé une nouvelle tradition de Noël : on allait passer 2 jours à l’hôtel. Un hôtel pas trop loin, juste pour changer d’air. Juste pour que ça fasse « spécial ».

C’est peut-être pour ça que j’aime autant aller à l’hôtel aujourd’hui. C’est toujours un peu Noël.
L’odeur de chlore concentré des piscines intérieures me rend festive.
Pis les draps trop blancs à force d’être bleachés quotidiennement m’apaisent.

Mes parents transformaient la chambre d’hôtel en vaste aire de jeu et organisaient une chasse aux trésors!
Ils emballaient plein de petits cadeaux individuellement et les cachaient partout.

Une barrette à cheveux dans un paquet.
Un petit bas dans l’autre.
Un calendrier de chats.
Un bibelot de chien (j’aimais beaucoup les animaux)
Un Polly-Pocket
Une barre de chocolat
Ah ben, le deuxième petit bas!

Des multiples petites surprises que je me plaisais à déballer lentement.
Pas pantoute zéro-déchet, j’en conviens, mais on parle des années 90, on n’était pas rendu là.

Mes parents me guidaient dans la pièce avec des « c’est chaud, c’est froid » plus je m’éloignais ou me rapprochais des trésors enfouis.

Des fois, mon père oubliait où il avait caché un cadeau. Il échangeait un regard complice avec ma mère. Ils finissaient toujours par s’en souvenir. Me semble.

Ou peut-être qu’un jour, une femme de ménage a trouvé un lipsil aux fraises ou une pince papillon suremballée dans un coin de la pièce.

Aujourd’hui, quand je vois un enfant développer beaucoup trop rapidement un gros cadeau et passer immédiatement au prochain, sans dire vraiment merci, sans avoir l’air heureux, ça me rend mal à l’aise, ou triste, je sais pas.

Il est où le plaisir? L’attente exaltée?
Elle est où la chasse aux trésors?

Ça fait longtemps qu’on ne va plus à l’hôtel. Le cocon s’est élargi, les traditions ont bougé.

Mais cette année encore, on va s’offrir de petits cadeaux. Des livres usagés qu’on a choisis avec soin. De la musique québécoise. Des trucs faits maison, avec amour. Du caramel salé, des noix épicées. On va discuter entre chaque ouverture. Rire. Boire un verre. Profiter du moment. Ouvrir un autre cadeau et recommencer. Ça va durer longtemps, probablement, et ce sera nettement moins suremballé qu’à l’époque!

Grâce aux efforts de mes parents, je ne me suis jamais sentie seule à Noël.
J’espère qu’eux non plus ne se sentiront jamais seuls à Noël.
Je vais tout faire pour ça.

Joyeuses fêtes!

Source photo couverture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de