Menu

Les menstruations : ton tabou?

Âmes sensibles s’abstenir. Ou peut-être pas.

J’ai eu mes règles pour la première fois quelques jours après mon treizième anniversaire. Je me souviens de la date exacte, même après près de six ans. J’ai eu la chance de grandir à une époque où la majorité des petites filles savaient assez tôt ce qu’étaient les « menstruations ». On nous en parlait à l’école. J’ai eu aussi la chance de grandir dans une famille où on m’a dit ce que c’était et où mon frère et moi avons eu le temps d’appeler ça des « monstruations » avant que ça devienne important de comprendre qu’on dit « menstruations ». Malgré ça, je me souviens que je n’ai pas tout de suite compris ce qui se passait dans mon corps à ce moment-là. J’ai paniqué un peu et j’ai eu besoin de la confirmation maternelle.

Ça a été un événement plutôt banal. Avec mes amies, ça a toujours été un sujet vraiment « normal ». J’ai eu cette chance-là, de vivre dans mon petit monde où avoir mes règles ce n’était ni gênant, ni anormal. J’ai eu cette chance, contrairement à d’autres, d’avoir droit à l’éducation, et ce, même quand un ovule non fécondé et certains tissus sont évacués par mon corps. On ne m’a pas traitée comme si j’étais contagieuse, ce que je ne suis évidemment pas, en me rejetant de chez moi pendant cette période du mois. Je n’ai pas eu besoin, en cachette, de coudre dans le fond de mes sous-vêtements des tissus ou matériaux absolument inadaptés et pouvant favoriser chez moi le développement d’infections et de maladies.

Je vivais ma chance, mais sans naïveté. Puis, le 9 décembre, mon fil d’actualité Facebook m’a lancé au visage un article parlant de la coupe menstruelle… et les commentaires qui venaient avec. Une excellente manière de se réveiller le matin et de réaliser que ta société qui se croit « moderne » devrait peut-être arrêter de se regarder en se disant qu’elle est ouverte d’esprit et se rendre compte qu’il lui manque un peu d’ouverture encore, de respect… On parle souvent des comportements inadéquats qu’adoptent certains hommes face aux menstruations, il y avait de charmants exemples dans ce que j’ai lu. Sauf que, honnêtement, ce qui m’a le plus fait mal au cœur ce sont les commentaires de certaines femmes. Ark. Ça m’a dégoûtée et en même temps ça m’a rendue triste. J’ai trouvé ça triste de voir des femmes avec autant de véhémence qui, après 10, 20, 30 ans à avoir leurs règles, sont toujours aussi dégoûtées par quelque chose de complètement naturel qui sort de leur corps. Je me suis dit que maudit qu’elles devaient être malheureuses si elles étaient autant dégoûtées d’elles-mêmes et mal dans leur intimité.

J’ai lu des choses comme : « […] j’en reviens pas qu’il y ait des épaisses qui tripent sur l’environnement et qui font ça. […] si vous voulez jouer là-dedans c’est votre problème ». Comment s’attendre à ce que des gens qui ne sauront jamais ce que c’est que d’avoir ses règles nous respectent et cessent d’agir comme si c’était répugnant alors que nous ne nous respectons même pas entre nous? Quelqu’un demandait à pouvoir lire son journal sans « s’autopuker » dans la bouche. Un autre parlait des femmes « pas capables d’endurer le fait qu’elles saignent une fois par mois ». Oui, c’est beau venant de quelqu’un qui n’aura jamais à « endurer » ça. Je cherche toujours le lien avec le commentaire et le fait d’utiliser la coupe menstruelle. Ah, et quelqu’un disait : « Parlez donc de mort ou de massacre ça va être moins dégueulasse ». Ma féminité, le fait que je puisse donner et porter la vie, est plus « dégueulasse » que la mort et la souffrance d’individus? Wow. Pour de vrai, est-ce qu’il est possible de réfléchir deux petites secondes avant d’écrire ce genre de monstruosité? Je ne peux pas passer sous silence le fait que l’entête de cet article du Journal de Montréal disait : « Quitte à se salir les mains, des femmes […] ». Je trouve ça tellement important de prendre la peine de parler de ce genre d’alternative écologique, mais je dois avouer avoir un petit bémol quant à cette manière d’amener le sujet. Disons que l’utilisation du mot « salir » encourage plus ou moins à l’acceptation.

Même dans mon petit monde de chanceuse, j’ai quand même pu sentir à répétition qu’on peut avoir le droit de parler d’excréments et même de vomi à table, mais les menstruations semblaient être de l’autre côté de la limite à ne pas dépasser. Comme si le sang menstruel était nettement plus répugnant que le reste. C’est le genre de situations qui me mettent hors de moi. Parce que non, ce n’est pas « pire ».

Sérieusement, on a la chance de pouvoir bien faire les choses, même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Est-ce que nous avons réellement envie d’enseigner aux jeunes filles que ce qui sort de leur corps doit d’être caché, est invalide, est dégoûtant? Si j’ai une fille un jour, j’espère que j’aurai la grandeur d’âme de la serrer dans mes bras quand elle aura ses premières menstruations, que je lui dirai que ça ne sera probablement pas toujours agréable, mais qu’on est une petite gang derrière elle à passer par-dessus ça aussi, que ça veut dire qu’elle est une femme et qu’il y a de quoi marcher la tête haute. Ce n’est pas la manière qu’à son corps d’expulser ce qui aurait pu donner la vie qui devrait lui faire regarder le sol, jamais.

Crédit photo de couverture : Claude Baillargeon

One thought on “Les menstruations : ton tabou?

  1. Superbe article ! Inspirant et plein de bonnes ondes !
    D’ailleurs pour se reconcilier encore plus avec les menstruations, on recommande a tout le monde – filles, femmes, hommes, de tout âge – le visionnage du super documentaire 28 jours ludique et utile sur le sujet (encore) tabou des règles : http://lesvaillantes.com/28-jours-le-documentaire-ludique-et-utile-sur-le-sujet-encore-tabou-des-regles/
    Les Vaillantes,
    http://www.lesvaillantes.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de